COMPARAISON
ne saurait y avoir d'attention exercée sans un acte quelconque de comparaison.
Après avoir dit que l'attention n'est qu'une sensation qui devient exclusive de toute autre, Condillae définit la comparaison une double attention, c'est-à-dire qu'elle consiste dans deux sensations exclusives, simultanément présentes, sans se confondre. Mais s'il peut y avoir deux sensations simultanées, distinctes l'une de l'autre^ et qui ne s'excluent pas, pourquoi n'y en aurait-il pas trois ou quatre ? et que devient alors le caractère exclusif ou un de l'attention elle-même ? D'ailleurs, comment l'être qui ne fait que sentir pourrait-il distinguer ses deux sensations et savoir qu'elles sont deux ? Pourquoi des impsessions sensibles, simultanées, ne se confondentelles pas, comme des odeurs de fleui^ différentes renfermées dans im sachet se confondent en une seule odeur, ou comme le jamie et le bleu mélangés forment une seule couleur verte ?
La faculté, par laquelle deux sensations sont distinguées l'une de l'autre et reconnues comme étant deux, est bien la même par laquelle chacune d'elles est reconnue à part comme étant une-, la comparaison n'est donc pas absolument différente de l'attention, et n'est qu'une circonstance ou un résultat immédiat de son exercice. Si cet exercice est une action proprement dite, toute action se passant dans un temps, il n'y a donc point acte d'attention double, quoiqu'il puisse y avoir sensation double ou multiple. D'où il suit que, si la simultanéité des sensations ou des modes présents à la conscience dans le même instant indivisible, est une condition essentielle pour qu'ils puissent être comparés, l'attention ne donne point les deux termes de cette comparaison à la fois et par im setil et même acte, mais par
deux actes dont la succession, quelque rapide qu'elle puisse être, ne saurait équivaloir à une véritable simultanéité absolue. Si, au même instant oii l'attention cesse d'agir, ses résultats sensibles s'évanouissaient sans qu'il en restât de traces, il n'y aurait aucune comparaison possible entre les modes successifs de notre activité, aucune perception distinguée de toute autre.
Prenons, par exemple, l'exercice d'un toucher actif, tel que le toucher dont nous avons analysé les conditions et les circonstances. Toucher, pour l'aveugle, c'est mesurer, et mesurer, c'est comparer. La main qui est aux ordres de la volonté est ici l'unité de mesure ou le terme fixe de comparaison. Cet instrument mobile et sensible étant appliqué à un objet solide, figuré, chaud ou froid, poli ou rude, etc., la première sensation pourra envelopper, comme dit Condillac, plusieurs éléments différents, parmi lesquels nous en distinguerons trois qui constituent le phénomène complet de la perception : effort et résistance simple unis dans le même rapport fondamental; affections de tact rapportées à l'organe; qualités tactiles non affectives attribuées à l'objet résistant.
Un seul acte d'attention embrassera au premier instant ces éléments intimement unis dans la même perception; mais ce n'est pas cette faculté qui pourra voir, pour ainsi dire, dans l'intérieur d'un groupe tout ce qui y est compris. Au second instant, la main se trouve^ sur une partie du solide contiguë à la première, mais différente d'elle. Les sensations ou les qualités tactiles peuvent varier dans ce passage, mais c'est toujours la même résistance continue {resistentis continuatio). De même dans un troisième et quatrième instant, jusqu'à ce que, tout le solide étant parcouru par la succession des mouvements volontaires, il y ait à la fin per-