COMPARAISON
ception totale ou idée complète, une, de l'objet tangible.
Cîomme la même main ne peut se trouver à la fois sur deux parties du solide, le même acte d'attention présente n'a pu évidemment embrasser en un seul instant les impressions qui correspondent à des mouvements successifs. Cependant, l'individu sent ou aperçoit qu'il y a dans chaque sensation partielle quelque chose qui varie de l'une à l'autre, et quelque chose qui reste le même dans toutes. Donc il les compare, mais il ne sent pas deux perceptions actuelles qu'il peut comparer, puisqu'au même instant qu'il éprouve l'une, l'autre n'est déjà plus. Donc c'est la trace de la perception antérieure qui, seule, peut être comparée avec la perception que l'attention actuelle rend présente. Ainsi une corde de harpe vibre encore, lorsqu'elle n'est plus pincée, et ses ondulations sonores rentrent dans celles que le doigt tire de la corde à laquelle il s'applique.
Cet exemple nous retrace ce qui doit ari'iver dans tout exercice de l'attention, accompagné ou suivi d'actes de comparaison, quels que soient d'ailleurs les termes comparés, ces termes étant toujours deux, présents à la même conscience, l'un comme acte de l'attention toujours unique, l'autre comme résultat ou trace que cet act«, toujours un, vient de laisser après lui. De cette analyse un peu minutieuse en apparence, nous déduirons quelques résultats importants,
•Lorsqu'on dit que le jugement consiste dans la comparaison de deux idées, ou l'on confond l'idée avec limage, pu on établit quelque distinction entre elles. Dans le premier cas, en supposant qu'il fût possible de comparer immédiatement deux images comme deux intuitions, ou deux affections simultanée et non confondues, il est bien évident que nous ne parviendrions
à connaître par là que de simples rapports entre les représentations ou les modes de notre sensibilité qui ne sortent pas des limites de notre propre conscience, et ne sauraient jamais rien nous apprendre de ce qui existe hors de nous. C'est là que l'idéalisme triomphe. Mais il est de fait que nous ne pouvons comparer nos impressions entre elles qu'autant qu'elles sont déjà rapportées à nos organes ou à des corps étrangers, c'est-à-dire associées avec le premier rapport simple et fondamental de l'existence, dont l^ sujet, un, permanent, est celui de l'effort et le second terme constant une inertie organique ou étrangère (1). Ce sont donc des rapports d'attribution, ou des sensations composées, dans lesquelles ces rapports entrent comme éléments primitifs essentiels, que nous comparons et non point les images simples. Et, en effet, PQur qu'il y ait quelques relations immédiates établies entre ces images, eqmine entre les iptuitions ou les affections, il faudrait, d'après ce que nous avons dit tout à l'heure, qu'il en restât des traces persistantes dans le souvenir ou la réminiscence, ce qui suppose que l'actir vite de l'attention est appliquée antérieurement et, par suite, que, contre la supposition première, ce ne sont pas de simples images.
En disant donc que le jugement est la comparaison de deux idées, on considère l'idée comme étant quelque
(1) On a dit quelquefois que des sensations agréables, pénibles ou indifférentes, ne sont telles que par comparaison ; que si nous sentons plus vivement, par exemple, le froid ou le chaud en passant d'un degré de température à un autre, c'est parce que la sensation actuelle se compare avec celle qui la précède, etc.; mais il y a une grande confusipn de signes et d'idées. Nous verrons bientôt qu'il y a en effet des sentiments vifs qui unissent à la comparaison de l'esprit des perceptions de contracte; mais ces sentiments ne sont pas des affections immédiates; celles-ci sont bien indépendantes de tout jugement de l'esprit, subordonnées comme elles le sont à un simple jeu de l'organisation matérielle. (Voyez la première Section de cette partie.)
chose de plu§ que l'image. Pour que la définition (iu jugement softe du percle vicieux oii elle paraît se renfermer, quand on clistingue l'idée de l'image, il faudra donc dire que le jugement composé consiste dans la comparaison de deux idées, ou dune perception et d'une idée, dont char cune comprend un premier jugement ou rapport simple : ce qui met ce rapport, et l'existence réelle donnée en lui ou par lui, à Tabri de toutes les chicanes de l'idéalisme.
Prenons deux intuitions ou d^ux images qnelconqnes, deux couleurs, par exemple, attribuées à un piême objet solide ou à deux solides différents. Chacune de ces idées se compose de trois éléments étroitement miis dans le même rapport, savoir : 1° le sujet moi qui perçoit; 2° le mode perçu; 3° le terme extérieur oii ce mode est rapporté. Les deux couleurs étant perçues dans le V(ié\Re objet et comparées l'une à l'autre, comme nous venpn^ de le dire, par des actes successifs de l'attention, les de^uf termes du rapport fondamental resteront les mêmes puisqu'ils sont indépendants de tous les modes attfibués. C'est comme l'unité qui sert de mqdulp cornmun à tous les nombres composés; chacun de ces nombres exprime un rapport à une unité fixe, et les relations de ces nombres comparés les uns aux autres sont dp véritables proportions dont l'unité sous-entendue est l'antécédent commun. Or ce rapport simple, invariable, miiversel, puisqu'il entre dans tous les modes, est coimne l'unité numérique, supposée implicitement par l'esprit, mais dont il ne s'occupe pas lorsqu'il établit les diverses relations de^ nombres.
Le résultat de cette comparaison d'images est la perception de quelque analogie de ressemblance ou de dissemblance, qui détermine à les ranger dans la même classe ou à les comprendre spus le même signe.
Si l'on pouvait être fondé à attribuer avec les kantistes certaines formes à la sensibilité humaine, comme étant naturelles ou inhérentes à son exercice, le rapport de ressemblance serait sans doute la première de ces formes. En effet, une multitude d'associations par analogie ou ressemblance se trouvent déjà établies dans l'imagination ou subordonnées à la sensibilité; elles précèdent l'exercice de nos facultés actives et leur donnent des lois plutôt qu'elles n'en reçoivent. Ainsi l'enfant, séduit par quelques ressemblances imparfaites, transporte à l'étranger le nom de père; et dans l'origine des langues, des noms propres ou individuels se transforment immédiatement en signes de l'espèce, en noms communs ou appellatifs, applicables à une multitude d'objets qui viennent se grouper, pour ainsi dire, autour de quelques images ou souvenirs confus que la moindre analogie sensible suffit pour y associer.
Les animaux eux-mêmes sont affectés par ces ressemblances des sensations; leur instinct les dirige d'après elles, et l'homme s'en sert souvent pour les faire tomber dans ses pièges.
Ajoutez, comme remarque très importante, que toute ressemblance perçue entre des sensations ou des images leur est inhérente ou dépend de leur nature, de manière que, si celles-ci viennent à changer par quelques causes organiques, la ressemblance change aussi et s'évanouit. Ainsi certaines couleurs ou nuances qui se ressemblent et se confondent même pour tels yeux, sont absolument différentes pour tels autres. On rapporte à ce sujet des exemples qui présentent les anomalies les plus singulières (1),
(1) M. Prévost cite à ce sujet des expériences très curieuses faites sur une famille anglaise dont tous les individus avaient la faculté de voir l'étendue éclairée sans distinguer les couleurs autrement que comme un mélange d'ombre et de lumière.
IDEES r.KVFRALES 11''
et il n'y a point de doute qu ii n'en soit à peu jjies cie même pour tous les sens externes. Nous éprouvons tous, à chaque instant, que dans toutes les espèces de perceptions il y a des ressemblances qui frappent certains individus, et que d'autres nient absolument ou regardent comme chimériques.
En vertu de cette pente natiu-elle qiû entraîne l'imaiination et les sens à associer tout ce qui se représente -()iLS quelque apparence semblable, les objets particidiers d'intuition ou les signes, qui les représentent à l'esprit, ont tme sorte de caractère commun ou spécifique plutôt que propre ou individuel. La comparaison et l'abstraction qtu nous servent ultérie.m-ement à remonter des espèces aux genres et aux classes, ne servent donc point dans l'origine pour nous élever de l'individu à l'espèce; car ce qui constitue lindividualité, comme dit Leibnitz, d'une chose ou d'un être est le dernier connu, puisque pom* obtenir cette connaissance, il faut regarder la chose en elle-même. « Pour juger », dit ce philosophe,
que l'enfant n'a point de précise idée de l'individu, il -uffit de considérer qu'une ressemblance médiocre le tromperait aisément et lui ferait prendre pour sa mère ime autre femme qui ne l'est point (1). »
C'est de ce commencement de généralisation imparfaite, ou de quelques signes ou idées vagues d'espèce, que ]mrt d'abord la faculté d'attention, pour arriver, par une suite d'abstractions, de comparaisons, à la formation régulière des genres, des classes infiniment étendues, qui semblent embrasser tous les phénomènes de la nature >ous un certain nombre de titres généraux.
Pour exécuter ce grand travail, deux voies sont ouvertes
(1) Nouveaux essais sur F entendement humainy lir. HE, chap. vi, p. 57.
420 ESSAI SXTB LES rONC|lMENTS D,^ LA PSYCHOLOGIE
à nos f^ci;J[tés : Vunç, qui ps^t ppjips^e ^ ^peutq jQîitui-eUe dq riinaglnatipn ^t par là inêiup p|us difficile, lïiqi^^ att^-ayt^^te et aussi inoi^s pratiquée, consiste à s'ei^p^rer d'un composé sensible, à l'analyspr Jusqu'à seg dprnlfsr^ Ql^napîitis, en pliant des n^qde.s accidentels e^ Y.^xist\>\G)^, jusqu'à ces propriétés essentipHç^s ou per:piane^te^ ç^^i resjipn* toujours les mênies. C'est là/ que la réflqxion s'att^çl^e cqniine! au fondement vpe] et cpni^nun de tous les genres et espèces de mpd^^, p,u à ce qv^'il y a de j|lu^ uniyergel en eux. Elans chaque seiisation affective, pa:|: qxei^ple, la réflexion ne s'attacl^er^ pas à pes ïf|oc|^s Yariq,t^les qui Q&i^Gut au sens interne certaines resseinbl^nces, plus ou moii^s vagues, d'après lesquelles ils sont rangés, distribués en espèces et en genres, mais à l'unité sutïjective, invariable, qui ne fait que s'ajouter ^ t^ut??» reste qu^n^ plies passent, pt ^ans laquelle toutes |es classes de sensations n'a]iyaie,nt rien de fixe ni de réel. Be mpn^e, dans chaque perception, cpmme celle des cpuleiirs, p^r e:^emple, l'abstraction réfiexive Içiissera de côté ces modes qxii varient incessainmei^t'' PP^^ sajsir ce fond permanerit commun aux couleurs les plus différentes (1^ Ipr^e d'espace) qui reste quand eflps passent, et n'est pas seulement semblable, înais le nap^p pu identique dans Iputes, le même aussi dans les qualités tactiles qui ^e trpuvent p^r cela seul si intimement associées avec celles df Idf Y^f' P'e^t ainsi qu'en s'arrêtant à un seul ql:)jpt, l'espqt pesut p^f\^pn|ç à cpncevpir certaines formes 4e copçdi^atipn fixe, distinctement des modes variables coordonnés, et qu'jl j^e^^^ découvrir le un dans le inultiple, rindivi(|upl ^^-^^ Ifi commun, l'abstrait dans le coficret.
Cette opération, qui consiste à réfléchir, et qui constitue l'individualité ou l'unité réelle et substantielle, dans
ridéq ^p g^ur^, nappaient pqint au système actuel, t npvis qe l'indiquons iç\ que pour l'opposer à cette autre opération qui consiste à comparer et à classer des phénomènes multiples, dont les ressemblances variables viennent se réunir sous un §igne, comme sous une sqrtç? d'unité artificielle. Dans ce dernier travail, l'att^ntioi^ prejid son point de départ dans les composés sensibles, (i^n^ ces images yagues de l'espèce dont npus avons parlé, plutôt que dans l'idée précise de l'individu. Eu se fixant tour à tour sur chaque mode ou apparence semblable qu'offrent des objets diye^-s, l'attention les fait ressortir des groupes naturels dont i\s font partie, ])our en former un nouveau tout artificiel, dont un signe de convention est la base imiquf! et fait toute la valeur. D'une part, les modes abstraits par ressemblance ommune conservent encore la forme ou le caractère -ensible qu'ils avaient dans le sujet d'où ils ont été séparés, et auquel ils tendent tpujours à se rejoindre. D'autr^ jîart, rabstractioq sera ou paraîtra complète, e$n ce (^nçi chaque collection de ces modes analogues, séparés de leuf propre sujet d'inhérence, ue se réfère qu'au signe artificiel qui en fait tout le lien, et non plus à aucune unité réelle conçue ou permanente hors de l'esprit; la résistance et les qualités premières essentielles, commîmes à tous les objets comparés et identiques dans tous, n'ayant pu être comprises dans ces rapports de resçemblanpe qui ne se composent que d'éléments variables et excluent, du moins par hj-pothèse, ce qui reste le même.
AiDsi, soit que l'attention s'attache aux ressemblances des qualités secondaires attribuées aux divers objets, pu aux substances permanentes hors de nous, soit qu'elle saisisse des rapports semblables pntre des phénomènes transitoires, qui apparaissent dans im point ^e l'espace
OU du temps pour disparaître subitement aux regards, elle s'appuie sur un même fond d'apparences sensibles. Pour elle, tout est également phénomène, il n'y a pas plus d'unité de cause que de substance. Toujours guidée par quelques analogies sensibles, elle parcourt une échelle de comparaisons qui l'élève successivement des espèces aux familles, et de celles-ci aux genres et aux classes plus étendues, fondées sur un seul caractère sensible qui, étant abstrait ou séparé de toutes les circonstances particulières de lieu et de temps, embrasse une multitude indéfinie de phénomènes.
Si, par une telle suite de comparaisons et d'abstractions, l'esprit se trouve enfin conduit jusqu'à ces rapports très généraux appelés lois, qui planent sur les classes entières de phénomènes, il y voit encore, non la cause une ou identique productive des effets similaires, mais réellement la ressemblance de ces effets, ou un seul phénomène généralisé. De même qu'il voit la substance proprement dite du corps dans le mode sensible le plus permanent, et le moi dans un assemblage de sensations, ainsi l'unité réelle toujours enveloppée sous la forme du multiple n'est plus qu'une unité collective; sa valeur se réduit à celle d'une abstraction; toute abstraction est une idée générale; toute idée générale n'est qu'un signe, une pure dénomination.
En opposant l'attention qui compare et perçoit des rapports de ressemblance à la réflexion qui abstrait et saisit des rapports d'identité, je viens d'indiquer la grande ligne de démarcation qui sépare les sciences physiques ou naturelles des sciences méphysiques et mathématiques. En effet, l'esprit, qui remonte parla chaîne des abstractions réflexives jusqu'au fait primitif, qui sert de principe commun à toutes nos idées de genres et de
classes, laissant de côté tout ce qui varie, pour ne s'attacher qu'à ce qui reste, trouve : d'une part, ces qualités premières essentielles à ce que nous appelons corps, qui font l'objet de la physique générale, de la science du mouvement, de l'étendue et des nombres, modes permanents et inséparables de cette unité de force résistante qui est l'élément, le terme nécessaire du rapport fondamental de l'existence ; d'autre part, ces facultés ou idées de cause, d'un, de même, inséparables du sujet de l'effort, qui est l'antécédent unique du même rapport. Quel que soit celui des deux termes auquel il s'arrête, l'esprit pourra construire une science propre à lui, avec des éléments fixes, homogènes, indépendants des impressions de la sensibilité et affranchis de toutes ses anomalies et vicissitudes. En transportant au monde des phénomènes les relations immobiles déduites de cette source pi^e, le métaphysicien et le géomètre pourront seuls embrasser la grande chaîne des êtres, coordonnés suivant leurs rapports les plus fixes, les plus uns, comme ils le sont peut-être dans la pensée de celui qui les créa. Etranger à ces relations étemelles, le physicien qui s'attacherait uniquement aux rapports passagers de ressemblance phénoménale, n'atteindrait pas au delà des limites d'une science incomplète par elle-même, qui n'aurait pas plus de fixité que les modes ou qualités sensibles dont elle se compose, pas plus de certitude que les ressemblances si souvent illusoires, pas plus de réalité objective que les termes de genres ou de classes artificiels sur lesquels elle s'appuie, alors qu'elle prétendait réduire en effet l'idée de cause, de force, à la simple représentation de tel effet généralisé ; celle de substance aux réunions de modes ou de sensations variables. Mais ce qui la constitue science de vérités absolues,
comme on l'appelle, c'est précisément ce dont elle ne tient aucun compte, et qu'elle croit devoir toujours soigneusement écarter, c'fest, outre la constance des lois de la nature qu'elle admet comme une donnée première infaillible, cette liaison nécessaire de la cause efficace et une, aux divers phénomènes produits, fondée sur le fait primitif de la conscience, et dont la conception réflfexive est aussi essentiellement distincte de celle de tOut l'effet généralisé que l'idée du moi l'est de tout assemblage d'impressioils sensibles (1); c'est cette relation, aussi essentielle, que conservent toujours les niodes les plus abstraits avec l'unité réelle de la substance d'où ils ont été tirés, et dont l'unité artificielle de signe n'est qii'un symbole; c'est tout ce que le physicien ne peut sentir ni imaginer, et dont par là même il est porté à nier la réalité, mais qui n'en dirige pas moins, malgré lui ou à son insu, toutes ses conceptions, donne un fondement solide à toutes ses classes artificielles, et imprime le sceau de l'unité à ses expériences isolées, un caractère immuable à tous ses points de vue phéhorhéniques.
(1) Lorec^ue nos métaphysiciens modernes ont transformé autant que possible toute la valeur des causes ou facultés occultes en une simple expression de phénomènes sagement généralisés, ils ont fait sans doute , une chose très utile à la science, en la restreignant à son véritable objet, et en y appliquant la seule bonne méthode dont elle soit susceptible; mais quand ils ont réduit (et quelquefois au delà des bornes) le nombre de ces causes, quand ils ont affirmé surtout et sans restriction que les termes dont ils les désignent ne comportent pour eux rien de plus que l'idée de faits généraux, ils se sont, je crois, fait illusion, et leurs assertions me semblent contredites par les efforts mêines qu'ils sont constamment forcés à faire, soit pour éUminer les inconnues qu'ils sentent devoir toujours rester telles, soit pour en écarter ou en échanger les notions. Malgré eux, le signe indéterminé qui énonce un agent ou force productive, quoique logiquement identique avec le terrne général et soinmatoire d'une série d'effets, ii'en conserve pas moins, réellement sa fonction propre; et ces deux valeurs, l'une individuelle, l'autre générale et abstraite, n'en demeurent pas iiioins distinctes dans l'esprit.
IDÉES GÉNÉItAtJSS 425
Un des plus gtànds abus de cette tendance à générâli- 8fer, celui qui me sétiible avoir le plus ifetàrdé les pr6grès de la philosophie, à été dé bonfondiie les idées de genres et de classes fondées éùr les rapports dé ressemblance phénoméniqué avec Tes idées abstraites de la réflexion, stir lesquélléà fee fonde toute la certitude des existences que nous ne VoJ'ohs ni n'imaginons, mais dont lioiis né sommes pas moins fer nie ment assurés.
Les caractères dé distinction que notls véiioiis de riecbnnàître hous conduisent à jeter un couji d'oeil sur une question agitée dans les écoles depuis plusiem^ siècles, souvent reproduite jusqu'à hos joUrs, sans être encore, je crois, entièrement résolue, de ttiaUière à ne jilus laisser aucun doute.
On demande quel est le véritable objet de iiôtre pensée lorsqu'elle emploie des termes généraux. Leâ niis soutiennent, avec ràncienne secte dès réalistes, que ces termes emportent at^ec eux la conception d'iin objet réel, tandis que d'autres soutiennent avec les nominaux qu'il n'y a dâ<ns la jiensée rieh que le signe, sahs lequel cette idée générale n'àiitait aucun fondement hors de nous ni dans notre esprit. Cette dernière opinion, accréditée par Condillac, (|ui eh a fait la basé de sa doctrine, est assez généralement adoptée parhii nous; et restreinte ou niée dahs les écoles étrangères. Je crois qu'il y aurait un moj-en de mettre enfin un terme à ses dissidences, si Ton voulait s'arrêter à constater les bases de la distîiib"tion précédemment établie entre les ûlees alustràifeè réftexives et les idées générales fotidéés sur les rapports d^ ressemblance.
En ayant égard aux premières idées, on peut soutenir jusqu'à un certain point la doctrine des réalistes; en ne considérant que les secondes, on ne saurait contester les
principaux points de la doctrine des nominaux. Le défaut commun aux deux, c'est de considérer d'abord d'une manière exclusive l'un ou l'autre mode de procéder de l'esprit, soit par réflexion et abstraction, soit par comparaison et classification, et d'étendre ensuite par induction ou analogie les propriétés qui ne conviennent qu'à un système d'idées abstraites à un système tout différent dont ils ne tiennent aucun compte.
En partant de l'idée d'un composé sensible, et abstrayant toutes les qualités accidentelles de couleurs, de formes, etc., on arrive à l'idée des propriétés essentielles, ou à la seule propriété qui le constitue pour nous objet. Qu'on donne un nom à cette unité séparée, et qu'on applique ce nom à tous les objets considérés sous le même rapport, comme participant à la même propriété essentielle, invariable et identique dans tous, dira-t-on que cette idée universelle n'est qu'un nom et n'a aucune réalité hors du signe de convention qui l'exprime ? Ne serait-ce pas ôter tout fondement réel à nos idées de substance, de cause, de force, pour attribuer exclusivement la réalité à des phénomènes variables, passagers et sans consistance ? On saperait ainsi par sa base toute la science humaine et l'on assurerait le triomphe de l'idé^-liame le plus absolu.
D'un autre côté, en partant de cette faculté de généralisation qui se dirige sur plusieurs objets à la fois, pour saisir les qualités sensibles, communes ou analogues; en supposant que ces qualités communes, d'abord entièrement séparées ou abstraites de leur sujet d'inhérence, soient réunies de nouveau dans une sorte d'unité collective artificielle, dont un signe fait tout le lien, comment attribuer quelque réalité objective à une telle idée ? De quel droit notre esprit croirait-il pouvoir conférer
l'existence à ses créations ? Qui pourrait croire qu'il y a autant de substances ou d'entités réelles qu'il y a de genres ou de qualités abstraites, substantifiées par la forme du langage, comme une humanité existante, indépendamment de ce qui constitue chaque individu de notre espèce, une animalité réelle, indépendante de ce qui fait tel animal en particulier, etc. Assurément, lorsque nous abstrayons toutes les qualités sensibles reconnues semblables dans Pierre et Paul, pour en former l'idée du genre exprimée par le terme homme, il n'y a lîoint d'être réel à qui cette idée corresponde. Mais n'est-ce pas la manière dont l'idée a été formée, savoir, j)ar comparaison et généralisation d'un certain nombre de qualités sensibles qui n'ont aucune existence hors de leur sujet, n'est-ce pas, dis-je, ce procédé même de classification qui exclut toute la réalité qu'on pourrait attribuer à l'idée générale d'homme ? Au lieu de suivre ce procédé, supposez qu'écartant de l'idée complexe exprimée par ce signe homme toutes les qualités ou les formes -ensibles sous lesquelles je me représente un homme, je concentre ma vue intérieure sur ce qui me constitue moi, être sentant et peiLsant, organisé et doué de sensibilité, ayant la conscience de mon individualité personnelle et de l'action ou de l'effort constant que j'exerce au moyen de certains organes que ma volonté met en jeu, et que j'étende cette idée abstraite réflexive à tous les individus auxquels j'attribue aussi un wioi, est-ce qu'une telle idée n'enfermera aucune réalité et n'est-elle qu'un pur signe ? Observez qu'il ne s'agit pas de l'homme en général, dont l'idée factice est le résultat de plasiem"s omparaisons et abstractions, mais d'un sujet individuel «lont l'idée m'est donnée par l'acte de réflexion. Nierat-on la réalité de cette idée pour cette seule raison que je
428 ESSAI SFR LES t'ÔNDEMÈNTS l)i3 LA PSYCHOLOGIE
lie puis rilè représenter sôlis une image le moi, l'être pensaiit ? Mais est-ce donc dians les imagies ou dans les ressemblances de phênonièiiiBs que gît toiit ce (J^ti'll y a dé réel ? Pourquoi les espèces variables sous lesquelles je iiié représiente Pierre ou Paul, etc., aUraient-èlles seules le privilège d'atteindre des ëxistéiices téelles, jiéhdànt que l'idée réflexive sous laquelle je conçois litie essence, Uii'e personnalité, un moi identique et cbmmuh à tbut ce que j'à,ppelle bOmme, iie set-ait qù'iin pur sigiie ? (1)
Sans pouvoir m'éteiidre ici davantage siir cette question fondamentale en pliîlosophie, je conclurai de l'exeniplë iqiie je viens de rapporter et de tout ce qui pi-écède :
1° Qu'il entré bien moins de réel dans nos idées abstraites générales que ne le supposaient les réalistes, mais aussi bien plus qUe n'en admettaient les nominaux, depuis Roscelin jusqu'à Coiidillac; que, si lés essences, etitîtés, quiddités de l'école, tant ridiculisées, n'étaient peut-être qu'une exagération du vrai, en tant qu'on préteiidait attachei' une réalité substantielle à chaque giem-e ou terme générique, oh tombe dans Un autre extrême en prétendant que toutes les idées abstraites universelles; confondues avec les idées géiiéralès, ne sOÛt que de simples dénbininations ou dé piirs signeis;
20 Qu'il y a ilUe différence ëssentîèlie eiitre lés idées abstraites réfléxivés qui tious font cbUéeVoir l'Un, le simple dans le multiple, et les idées géiietalés "qUi comprennent toujours le multiple sbUS l'Uiiité artificiellb 'du
,(1) Une chose universelle, dit Reid; n'est l'objet d'aucun sen^ex,terne, et par conséquent elle ne peut être imaginée; mais elle peut néaîdm'oins être conçue distinctement. Je piiîs concevoir et non pas imaginer Fentendemeiit et la volonté et tous les autres attributs de resj)rit; de même, je puis distinctement concevoir les universaux, inais je ne piûs les imaginer. [Essais sûr les facultés de V esprit humaifi.)
IDéES GÉNÉRALES 429
signe, et que ces deux sortes d'idées se réfèrent à des opérations d'esprit ou des facultés différentes ; que l'unité réelle, celle de résistance, par exemple, séparée par la réflexion de tous les modes ou qualités sensibles, ne faisant que se répéter ou se joindre à différentes apparences variables; en restant toujours identiique, toujours la même, ou universelle, embrassé plusieurs genres, et peut se trouver dans tous (1) : d'oîi il suit qii'il faut plutôt chercher à restreindre le nombre de ces réalités qu'à les multiplier sans nécessite, comme les anciens nominaux le reprochaient à leurs adversaires (2);
30 Qu'on n'est pas fondé à nier la réalité de l'objet d'une idée abstraite, par cela seul que cet objet ne peut se manifester aux sens ou se concevoir par l'imagination; qu'ainsi, de ce qu'un peintre ne pourrait absolument crayonner le portrait de l'homme en général, on ne peut pas en conclure que ce qu'on appelle l'essence de l'homme ne soit qu'un pur signe; car nous avons une idée très
(1) Comme le même principe de vie dans tous les genres du règne animal, la même cause ou force d'attraction dsais tous les phénomènes de la physique céleste, etc.
(2) Entia rion stuit midti'plicanda prœter necessitatem. Je trouve à ce sujet dans l'Encyclopédie, au mot Universel, un passage qui m'a frappé en ce qu'il rentre assez bien dans ma manière de considérer les idées abstraites de la réflexion, par opposition aux idées artificielles de genres ou de classes :
« Ce qui a occasionné tous les débats », dit très bien l'auteur de cet article, à Toccasion des deux sectes théologiques qm faisaient revivre l'ancienne querelle des réalistes et des nominaux, « c'est la difficulté de concib'er l'unité avec la multiplicité, deux choses qui ne doivent point être séparées quand il est question des tiniversaux. Les Thomistes disent des Scotistes qu'ils donnent trop à la muItipUcité et pas assez à l'unité, et les Scotistes à leur tour leur reprochent de sacrifier la multiplicité à l'unité. 3ïais, pour bien entendre le sujet de leur dispute, il faut observer qu'il y a deux sortes d'imités : l'une d'indisiih' 'ion, autrement numérique, et une unité d' indiversité où de résamblance. »
L'auteur n'explique pas assez sa pensée sur le fondement de ces deux sortes d'unités, auxquelles il paraît attribuer ou refuser également
claire de cette essence, en tant qu'elle constitue le moi ou l'individualité de chaque homme, pour la réflexion ou le sens intime, quoique nous ne puissions nous représenter cette individualité essentielle sous aucune image, et ainsi des autres.
4P Que dans l'emploi des signes d'idées abstraites universelles, comme ceux de substance, de cause, de force, d'unité, du même, etc., il y a toujours une existence réelle présente à l'esprit, indépendamment du signe conventionnel, quoique celui-ci nous en facilite la conception nette et séparée, ou qu'il l'empêche de se confondre avec les images;
50 Que l'institution des signes suppose elle-même la faculté d'apercevoir ou de concevoir par réflexion le multiple dans l'unité, comme divers modes dans une seule substance, divers phénomènes ou effets dans une seule cause productive, diverses qualités sous une même forme de coordination (1), c'est-à-dire d'avoir des idées
la réalité. Il suit de ma manière de voir, que l'unité de ressemblance est purement artificielle et consiste dans le signe, et que toute la réalité appartient à l'unité numérique, celle de la substance, dont le double type est dans le sujet un de l'effort, et dans le terme aussi un qui lui résiste; c'est de cette unité réelle que l'esprit ne tient aucun compte dans la classification des phénomènes, parce qu'elle est identique dans tous; il s'en détourne par suite aussi dans l'emploi des noms généraux, quoiqu'elle y entre toujours malgré lui. C'est que dans les idées générales, l'unité est sacrifiée à la multiplicité, tandis que c'est la multiplicité qui est sacrifiée à l'unité dans les idées abstraites. Le physicien s'appuie sur celles-là, le géomètre s'appuie sur celles-ci. Le métaphysicien doit se placer entre les deux, rendre compte de la formation de ces deux classes d'idées et chercher les lois de l'appUcation des unes aux autres. C'est ainsi qu'il détermine en quoi consistent les conditions et les caractères les plus fixes des deux classes de phénomènes, caractères qui se trouvent toujours pris parmi les idées abstraites réflexives, par exemple, les rapports de nombre, d'étendue, de position.
(1) Voilà pourquoi toutes les langues, même les plus imparfaites, ont des signes pour leisujet distingué des attributs; elles sont toutes ietées dans le même moule, et ce moule, c'est l'esprit humain.
abstraites universelles; les signes développent, étendent, \iiltiplient ces idées, mais ne les constituent pas, puisqu'ils n'existeraient pas même sans elles;
60 Que, dans la formation des classes ou des genres artificiels qui sont notre ouvrage, l'esprit se conforme nécessairement à ce premier modèle donné par sa propre constitution; qu'ainsi il ne parvient à réunir plusieurs apparences semblables ou analogues sous l'unité artificielle du signe, que parce qu'il a présente l'unité réelle de la substance, dont il porte le type en lui-même, et dont ce signe est une sorte de symbole intellectuel ;
70 Que, dans l'emploi des signes de genres les plus artificiels, il y a toujours dans la pensée une sorte de retoiu: forcé vers l'unité réelle, et de là vient la tendance invinible que nous avons tous pour réaliser, comme on dit, nos propres abstractions, tout ce qui se trouve substantifié sous la forme d'un nom conventionnel. En effet, < omment réaliserions-nous ainsi les geni'es, les classes des -pèces fixes, s'il n'y avait pas en nous ou hors de nous aelque type réel et constant auquel nous sommes enclins t comme nécessités à rapporter les idées générales de notre création ? Il est vrai que nous transportons cette léalité là où elle n'est pas ; donc, conclut-on, elle n'est nulle part, et l'idée n'est pas différente du signe; je dis, au contraire : donc, elle est quelque part, et le igné s'y réfère, puisqu'il nous y fait penser malgré nous ;
8° Il ne faut donc pas dire que dans l'emploi de tous les termes abstraits, sur lesquels se fondent nos raisonnements développés, l'objet de la pensée se réduit aux -ignés. Pour que cette maxime adoptée par plusieurs , liilosophes fût vraie sans restriction, il faudrait dire qu'il n'y a d'objet de la i)ensée que ce qui se représente
432 ESSAI SUB LES FQNREMEISrTS HM l-A PSCYHOLOGIE
à rimagination. Il est bieri vrai que, dans les procédés des classifications, l'esprit s'arrête là o\i il cesse d'apercevoir des rapports de yessenxblanpe entre les phénomènes, c'est-à-dire là pu l^s images l'abandonnent, pendant que l'abstr^-çtion réflpxive s'étend bien au delà et reraoï^te jusqu'à cet universel, cet identique qui existe caché in concr^to sous les phénomènes comparés, alors mêni§ que l'esprit ne l'aperçoit pas, ou qu'il s'qii détourne pq^ se fixer siir ces phénomènes. De là vient qu'à l'instant niême où les images de ceux-ci disparaissent, comme cela est nécessaire ppur que les déductions du raisonnement prennent une forme générale, on dit qu'il ne reste plus qup de^ signes, parce qu'on ne tient aucun compte de pe qui çpristitue le caraptère universel de l'idée, savoir: de l'être, de l'Uft» du mêmP, etc., qui fait toujours l'objet de la pensée et donne au signe toute sa valeur intpllectuellp.
Toutes ces remarques ne contredisent nullement les résultat^ des belles théories connues de nos jours sur Ips fonctions essentielles que les signes remplissent dans la formation des idées générales, et, par suite, dan^ les opérations du raisonnement. Elles tendent seulement à limiter ces résultats pour les approprier à la science des principes, qui demande qu'on tienne compte de ce qui est avaiit l'emplpi de§ signes artificiels, et peut servir de base à leur institution.
Les mêmes remarques ne contredisent point non plus les préceptes d'une sage philosophie qui assigne les phénomènes particuliers ou les idées singulières les plus composées, comme devant servir de point de départ à la science, lîlles étendent plutôt ce précepte en nous faisant sentir combien nptre science sprait plus pxaçte, plus complète, plus urie dans toutes ses parties, si les
IDÉES gén^ra;^ 433
])rocédés de la réflexion qui analyse chaque idée individuelle jusque dans ses premiers éléments identiques dans tous les composés, pouvaient précéder ceux d'une généralisation presque toujours trop rapide des phénomènes qui nous présentent quelque degré d'analogie se^isible. Mais cet ordre est contraire à celui qui paraît être assigné par la natiy^e piême au développement progrès;^ de nos facultés, ordre suivant lequel l'imagination, qui associe d'après des ressemblances apparentes, est ^'^ujours et malgré nous avant l'attention qui perçoit, mjjare et juge 4'après les analogies vraies et communes pliisipurs objets, et celles-ci ayaiit la réflexipïi qui, se concentrant sur chaque idée, en abstrait ce qu'il y a d'identique et de proprement un dans tous les individus que la même idée peut représenter.
Telles sont les opérations dont les remarques précédentes ont pour objet principal de constater les différences, en montrant combien une méthode de générali- ! tipn et d,f classification de^ phénomèi^es qui s'apj)uie sur aes rappoi-ts de ressemblance, toujours dépendants de la natui'e des modificç>tions comparées, et, par co^iséqueut, des lois de notre sensibilité, est éloignée essentiellement de ce qui convient aux sciences fondées sur l'abstraptioi; et la réflexion, qui n'admettent que des relations immuables, indépendantes de toutes les variations dps modes ou qualités sensibles ; ce qui tend à mieux tracer les lignes de démarcation, entr^ les domaines de ces sciences, comme entre les systèmes de faits psychologiques dont nous nous occupons. J^ coniparaison et la classification appartiennent au système actuel, Tabstraction et la réflexion appartieipient à celui qui va suivre : mais il était nécessaire d'anticiper sur ce dernier, pour mieux rnarquer les limites dp l'i^ntre.
III. — De LA FACULTÉ DE COMBINER ET DE CONCEVOIR. ET DE SES RAPPORTS AVEC LES SENTIMENTS QUI ACCOM- PAGNENT OU SUIVENT SON EXERCICE (1).
L'esprit humain tend incessamment à ramener à l'unité d'idée toute la variété de ses modes, toute la multiplicité des objets de ses représentations; c'est par là seulement qu'il les pense ou les conçoit.
La même loi s'applique aux perceptions directes de nos sens, et aux idées les plus élaborées de notre intelligence.
Nous avons observé comment, dans l'exercice actit de la vue et surtout du toucher, l'attention, procédant par une suite d'actes ou de mouvements volontaires, réunit plusieurs impressions ou images partielles dans une seule perception ou idée de l'objet visible et tangible. En pre-
(1) J'appelle combinaison, ou faculté de combiner les idées, cette faculté que les métaphysiciens nomment plus communément imagination. J'écarte ce dernier mot parce qu'il est ambigu et qu'il exprime également une simple capacité passive, inhérente à l'organe matériel des intuitions et des images, et qui consiste à recevoir, conserver et reproduire des fantômes, tels que ceux qui apparaissent tlans les rêves; et cette faculté active qui consiste vraiment à combiner des idées, ou en former différents groupes réguliers, à les réunir dans certains tableaux de choix, de manière à produire quelque effet donné, ou à atteindre un certain but d'agrément ou d'utilité, que l'esprit a en vue quand il fait telle combinaison.
La combinaison tient dans le système actuel la place qu'occupe dans le système sensitif cette sorte d'agrégation f orf uite et spontanée des fantômes à laquelle on pourrait mieux conserver le titre d'imagination, parce qu'elle est toute en images spontanément reproduites.
La faculté que nous appelons combinaison s'exerce sur des idées de plusieurs espèces, des éléments de diverses natures; on pourrait dire qu'elle n'est point une faculté spéciale, md generis, mais un mode particulier d'exercice des facultés dont nous avons déjà parlé : de l'attention, de la comparaison et de l'abstraction. Toutes ces facultés concourent en effet à la combinaison volontaire des idées; mais le mode de leiu- exercice y est marqué par des effets si particuliers, son influence est si frappante dans les découvertes et inventions humaines,