‹ uvres de Maine de BiranChapitre 42 sur 63 · DE LA FACULTÉ DE COMBINER · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ DE COMBINER

iitiiii <iiii.-i .1 .Cl -wiuce cette faculté de combinaison, et de rappel à l'unité des impressions diverses, successives ou simultanées, nous nous sommes assurés que nos premières idée:> sensibles, loin de découler toutes faites du monde extérieur, par le canal des sens, sont les produits lune véritable activité, et que nous ne concevons ces idées qu'autant que nous avons nous-mêmes contribué à les former par des mouvements dont nous disposons : résultat très général et qui s'applique à nos conceptions de tout ordre.

Quelle que soit en effet la nature ou l'espèce des idées, il sera toujours vrai de dire que nous ne concevons bien que ce que nous avons combiné ou arrangé nous-mêmes. Voilà pourquoi l'homme conçoit si nettement les ouvrages d'art, toutes les machines qu'il invente, et toujours si imparfaitement les ouvrages de la nature.

qui tendent soit à agrandir, soit à embellir notre existence, qu'il est impossible de ne pas donner une place à cette facilité mixte dans le tableau complet des phénomènes de notre intelligence. D'ailleurs, elle se distingue de toutes les autres par la manière dont elle entre en exercice et l'espèce des ressorts qui la mettent en jeu.

Elle ne dépend pas absolument de la volonté; eÙe n'est pas non plus /tordonnée à la sensibilité passive; mais elle se forme d'un juste mélange de ce qu'il y a de plus actif et de plus passif dans notre nature. Toutes nos autres facultés s'exercent dans le vaste champ des phénomènes extérieurs ou intérieurs, où elles prennent leur modèle; la faculté de combinaison se crée elle-même ses modèles tout intérieurs, avec des éléments qui, au lieu de se conformer aux objets du monde sensible, semblent leur servir de règle et subsistent au fond de la pensée, comme des archét^-pes vivants, sur lesquels tout ce qui est perçu ou senti vient en quelque sorte se modeler.

On pourrait comparer ici, comme dans l'article précédent, les combinaisons d'idées par ressemblance avec les déductions abstraites, l'auteur qui construit un système, ou une hypothèse propre à expUquer un certain nombre de phénomènes, avec celui qui fait un poème ou un roman. Dans les deux cas, c'est la même faculté de combiner ce qui est en jeu, et peut-être fallait- il autant de ce qu'on appelle imagination à Kepler et à Copernic, qu'à Racine pour créer le plan d'une tragédie, ou à Richardson pour composer un de ses admirables romans.

Pour concevoir le mécanisme du monde, il a fallu que le génie parvînt à le combiner en système, ou à comprendre la variété des phénomènes sous l'unité de force.

L'être sentant obéit à des lois d'association ou d'agrégation passive, qu'il ne fait pas et ne peut connaître; l'être intelligent se prescrit à lui-même des lois d'association dont il se rend compte; il choisit librement les éléments qu'il veut réunir, tire de son sein les modèles de ses propres combinaisons, forme ainsi ces idées archétypes d'ensemble, d'harmonie, de beauté, sous lesquelles l'esprit humain contemple les phénomènes d'une nature extérieure, qu'il a souvent pressentis et devinés par la pensée, avant de les avoir perçus par les sens. La faculté de se créer des idées archétypes, qui porte l'unité dans le vaste champ des idées, est l'attribut le plus éminent de l'intelligence.

Dans le sommeil de la pensée, lorsque toute faculté activé de combinaison est suspendue, diverses images ou fantômes viennent assiéger le sens intérieur, s'y succèdent, s*y remplacent et s'y agrègent de toutes les manières, et forment des tableaux mobiles, irréguliers, disparates dans toutes leurs parties, sans plan, sans liaison, sans unité de sujet ni d'objet. On peut observer seulement dans cet exercice de l'imagination passive, qui fait le rêve de l'homme endormi ou même éveillé, que l'espèce des images ou que leurs couleurs sombres ou gracieuses, dépendent toujours d'un certain ton sur lequel se trouve montée actuellement la sensibilité intérieure, par la prédominance de tels organes intérieurs disposés de telle manière. Tels sont les rêves pénibles occasionnés par la plénitude de l'estomac, les embarras dans la circulation, ces songes erotiques qu'amène l'excitation spontanée du sixième sens, etc.

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