DE L'OUIE ET DE LA VOIX
Dans la perception qui résulte dun déploiement d'activité sur l'objet sensible, il y a, comme nous l'avons VU dans toutes les analyses antérieures, une partie variable et une partie qui ne l'est pas. La pfemière est inhérente aux impressions de la sensibilité, ou dépend de conditions organiques, tellement que si ces conditions étaient changées, ou si les formes de notre organisation étalent autres qu'elles ne sont, cette partie variable de la perception et tous les rapports, toutes les combinaisons otl elle entre seraient nécessairement changés. Ainsi, par exemple, les espèces ou genres artificiels sous lesquels nous rangeons nos sensations de couleur fougès, vertes, etc., et de saveurs, douces ou amères, de corps chaiir'*' ou froids, polis ou rudes au toucher, etc., ne seraient plus
les mêmes, et il y am'ait de nouveaux gem-es fondés sur de nouveaux rapports, aperçus entre d'autres modifications. Mais ce qui demeurerait identique dans toutes les formes possibles d'organisation, c'est ce qui reste constamment le même dans toutes les variétés de nos sensations actuelles, quelles que soient lem's différences spécifiques. C'est, dans l'exercice du toucher actif en particulier, le rapport commun d'attribution à l'unité de résistance ; rapport invariable, puisqu'il ne dépend en aucune manière des formes de l'organisation ni des modes de la sensibilité, et qu'il subsisterait identique, comme nous l'avons vu, quand même le toucher se trouverait réduit à un ongle mobile qui ne s'appliquerait que par un point aux objets solides. Ce serait, dans toutes les sensations localisées, l'attribution à un siège organique; dans toutes les intuitions, le rapport à un même espace; enfin, ce qui est très notable, dans tous les modes qui dépendent d'un mouvement, d'un effort que la volonté commence et qu'elle seule détermine, le rapport d'attribution à la cause moi, force productive unique. Ces rapports, et le dernier surtout, qui constituent la forme de nos aperceptions, ou le un dans le multiple, tendent sans cesse à se confondre avec les impressions passives de la sensibilité, et pour ainsi dire à s'absorber en elles. A peine concevons -nous maintenant qu'il y ait quelque unité constante dans la variété des sensations; à peine distinguons-nous ce qui est perçu et jugé de ce qui est senti ou de ce qui affecte simplement la sensibilité. De là cette assertion générale adoptée par plusieurs philosophes de différentes écoles, que les premières idées venues des sens sont purement passives ou réduites à des modes de réceptivité, et que, par suite, l'entendement est passif. De là aussi l'aveuglement où l'on est sur la nature
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et l'origine de l'idée de cause et de force, à laquelle on prétend substituer la simple liaison des images ou des phénomènes qui se succèdent dans un temps, sans s'informer d'où nous vient Tidée de temps.
Je dis que nous concevons à peine l'unité du moi, de cause, de sujet et d'objet dans la variété des sensations; niais si nous n'en avons pas la conception distincte et -éparée, cette unité ne nous est pas moins donnée nécessairement dans le concret, avec toute représentation ou perception distincte dont nous avons la conscience. Par cela seul en effet que nous existons comme personne individuelle, nous avons, je ne dis pas l'idée ou la conception, mais un sentiment de notre unité personnelle, de l'imité, de la durée continuée du même moi, de notre causalité dans les actes ou mouvements volontaires, et aussi du durable de quelque force ou substance hors de nous. Ce sont les conditions nécessaires de toute pensée, de toute existence individuelle aperçue ou sentie. Ce sont des faits primitifs qui, pom* être confondus, déguisés sous la variété des impressions sensibles qui les obscurcissent ou les altèrent par leur mélange, n'en subsistent pas moins invariablement au fond du sens intime de chacun, où nous pouvons les reconnaître.
Mais par quel moyen, par quelle faculté pouvonsnous apprendre à reconnaître ces faits simples et primitifs, les séparer ou les abstraire de tout ce qui n'est pas eux, transformer en idées ou notions les sentiments confus que nous en avons, préciser enfin ce qui nous fait penser ? Cette pensée intime est-elle possible, et comment l'est-elle ? De quelle nature sont ces produits ? Sont-ce de pures abstractions ? Sont-ce des réalités ? Ou plutôt l'abstrait lui-même n'est-il pas ici le réel ?
Cette dernière question se trouve résolue à l'avance
par ce que nou3 avons dit de l'exercice d'un toucher actif, qui serait réduit au sens de l'effort, et dénué de toutes les formes de la sensibilité extérieure. Nous avons vu comment ce qui n'existe pour nous qu'en abstraction : le point, la ligne mathématique et les rapports invariables des formes et des nombres, se trouverait naturellement dans le point de vue d'une double aperception médiate et immédiate, externe et interne, et constituerait un monde de réalités sur lequel l'imagination et la sensibilité ne répandraient plus ces apparences variables qui fournissent au scepticisme ses moyens de ruine et de destruction universelle.
Mais on pourrait nous reprocher de n'établir que sur des hypothèses la science des réalités, dont nous cherchons les principes, et d'avoir substitué des abstractions, ouvrages de l'esprit, aux: faits réels et primitifs de la nature pensante, sur lesquels cette science peut reposer. Pour éloigner ces reproches, lever tous les doutes qui pourraient rester encore sur la ttature des faits primitifs, et mettre en évidence les lois de la faculté de réflexion qui leur est seule appropriée. Je suivrai ici une méthode plus rapprochée de l'expérience.
J'appelle réflexion cette faculté par laquelle l'esprit aperçoit, dans un groupe de sensations ou dans une combinaison de phénomènes quelconques, les rapports communs de tous les éléments à une unité fondamentale, comme de plusieurs modes ou qualités à l'unité de résistance, de plusieurs effets divers à une même cause, des modifications variables au même moi, sujet d'inhérence, et, avant tout, des mouvements répétés à la même force productive ou à la même volonté moi.
La réflexion a son origine dans cette aperception interne de l'effort ou des mouvements que la volonté
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détermine; elle commence avec le premier effort voulu, c'est-à-dire avec le fait primitif de conscience. Mais cette conscience de l'effort s'enveloppe dans les affections passives avec qui elle se trouve imie dès l'origine. Elle s'enveloppe dans le sentiment des modes qui résultent en tout ou en partie de l'effort volontaii-e, et que l'attention distingue les uns des autres, sans pouvoir en distinguer le sujet d'inhérence ou la cause productive. C'est ainsi, comme nous l'avons dit, que les opérations actives du toucher se confondent avec les impressions des qualités tactiles, celles du regard avec les représentations des couleurs et ainsi des autres sens. Ainsi nous nous regardons comme passifs dans des perceptions qui résultent du déploiement de l'activité la plus expresse; ainsi nous pouvons répéter librement une série d'actes quelconques, sans avoir la conscience distincte de l'exercice du pouvoir ou de la puissance qui effectue ces actes.
C'est une loi bien remarquable de notre nature agissante et pensante, soumise à toute l'influence de l'habitude, qui faoilite toutes ses opérations en mêuie temps qu'elle l'aveugle sur leur commun principe; c'est, dis-je, une loi de cette nature que, dans une série plus ou moins longue d'actes ou de mouvements volontaires, associés chacmi à une impression, une image ou un mode passif et leur servant de signes, l'effet de ces signes disparaît au regard de la conscience, et la série entière devient comme passive et spontanée. Qu'est-ce donc qui pourra nous rendre le sentiment distinct de notre effort, ou plutôt nous donner la première idée de notre activité, exercée dans la perception même, nous faire apercevoir l'unité de cause dans la variété des effets qu'elle produit, l'unité de substance dans la multiplicité des modes, et
de là nous conduire, par une suite de progrès plus étendus, quoique toujours soumis à la même loi, à concevoir l'unité, l'identité d'un principe, d'une notion fondamentale, dans la variété des conséquences ou des idées qui s'en déduisent ?
Si l'être moteur et pensant était réduit au sens de l'effort, il aurait l'aperception interne de tous les mouvements déterminés par la même volonté une qui les effectue. Il pourrait être dit les réfléchir, puisque, dans la libre répétition de ces mouvements, et en faisant abstraction des effets de l'habitude, il aurait la connaissance du pouvoir ou de la cause qui les effectue. Mais ce n'est là qu'une hypothèse abstraite à laquelle il est pourtant nécessaire de remonter pour trouver l'origine de nos premières idées d'existence, de cause, etc.
Tel que nous l'avons considéré jusqu'ici, le sens de l'effort n'est point isolé, dans la nature, des organes de nos impressions passives, auxquelles s'unissent tous ses produits, et dans lesquelles ils s'enveloppent, comme nous l'avons dit. Pour que ces produits pussent se développer, et pour que la réflexion, qui y trouve son fondement ou son mobile propre, pût y demeurer attaché, il faudrait que le sens de l'effort se trouvât lié à quelque organe de sensation, de telle manière que ses produits se trouvassent revêtus, pour ainsi dire, d'une forme sensible exclusivement subordonnée comme lui ou par lui à la volonté, de telle manière que l'être moteur et sensible, qui s'attribuerait les mouvements comme en étant la cause unique, s'attribuât par là même les impressions qui résulteraient de ces mouvements, ou de l'effort qui les détermine sans le concours d'aucune force étrangère. Alors, et seulement alors, l'attention qui s'attache toujours aux résultats extérieurs de nos actes volontaires, ne diffé-
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rerait plus de la réflexion concentrée dans le sentiment du pouvoir libre qui les effectue, et cett€ dernière faculté trouverait son origine et sa base dans une certaine espèce de sensations ou dans un mode particulier de Texercice d'un sens.
Or, les conditions que nous venons d'exposer se trouvent remplies naturellement, et non plus par hypothèse abstraite, dans le sens de l'ouïe imi à la voix. L'analyse des circonstances et des résultats de cette imion ou de cette correspondance établie par la nature entre les mouvements vocaux et les impressions auditives, nous fera découvrir peut-être les lois originelles de la faculté supérieure dont il s'agit.
L'exercice actif du sens du toucher, comme nous l'avons vu, renferme deux fonctions : l'une sensitive ou relative à la connaissance que nous prenons des qualités tactiles secondaires ou de leur rapport variable à la sensibilité qu'elles modifient; l'autre motrice, relative à la ■ onnaissance des qualités premières et des rapports premiers qu'elles ont entre elles ou avec les substances dont elles sont inséparables. Les deux fonctions se trouvent réunies dans le même organe; voilà pourquoi les deux sortes de rapports dont nous venons de parler ont si sujets à se confondre et pourquoi aussi cette abstraction .>>iu- laquelle se fondent les vérités réelles absolues de la physique générale et des mathématiques est d'abord si difficile à concevoir par des esprits accoutumés aux impressions sensibles et aux images.
Le sens de l'ouïe, considéré dans son union intime
avec la voix, réunit aussi éminemment les deux fonctions
ensitive et motrice, mais ici elles se trouvent naturel-
iement séparées. La première, ayant pour siège l'organe
de l'ouïe, est destinée à nous mettre en rapport avec
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les êtres ou les objets du dehors qui se manifestent par les qualités sonores ; la seconde est concentrée dans l'orgaiie vooâl ou oral, au moyen duquel s'établit Une oommunioation intérieure fixe et constante entre la faculté de mouvoir, d'articuler et ultérieurement de penser, et celle d'entendre, de s'entendre soi-même. D'une part, la séparation oîi se trouve l'organe sur lequel la volonté agit immédiatement, du sens qui recueille les produits de cette action, empêche celle-ci de se confondre avec ses résultats ; d'autre part, l'union du sens avec son organe mobile répétiteur est tout intérieur et n'admet aucun intermédiaire extérieur : deux circonstances qui favorisent également l'exercice de la réflexion.
A chaque impression de son reçue par l'ouïe extérieure correspond une détermination motrice instantanée qui va mettre en jeu la touche correspondante de l'instrument vocal : le son du dehors est imité, redoublé. Pendant que l'ouïe externe est frappée d'une sensation directe, l'ouïe intérieure est frappée d'une impression réfléchie, comme par un écho animé. Mais cet écho d'une impression externe a une activité indépendante des choses du dehors (1). L'être doué de la faculté de rendre des sons, d'articuler et de s'entendre dans cette libre répétition, emploie un organe ou un instrument dont il dispose pour impressionner un sens passif en lui-même. Il se donne une suite de perceptions dont sa volonté motrice tire du dedans la matière en même temps que la forme. C'est ici la harpe animée qui se pince elle-même. Les autres sens sont comme ces harpes éoliennes qui
(1) Echo externorum et tamen ah externis independens, dit Leibnitz en parlant de la monade qui perçoit des impressions quelconques. {Epistolœ (1(1 P. de Bosses, édit, Dutens, t. II, part. I, p, 319.) On peut ajjpliquer cette expression du génie aux perceptions des sons iniités et reproduits par la voix humaine.
DK L'OBIOENK de la BÉFLEXIOK 4 Kl
attendent que les vents fa.^sent frémir et vibrer leiu^ cordes sensibles.
Pans le regard le plus actif, iœil ne s'éclaire pas luimême, et si dans le toucher la résistance n'est aperçue que dans un efifort que la volonté détermine, il n'en est pas moins vrai, quoi qu'en puissent dire les idéalistes ^ans bonne foi, que la matière et la forme de la perception ne viennent pas de la même source; que le sujet ne s'oppose point à lui-même, ou ne limita pas l'effort qu'il crée par une résistance absolue indépendante. Mais, dans l'exercice simultané de l'ouïe et de la voix, le mouvement et le son qui en est le produit émanent bien de la même source, et s'adressent au même sujet qui les réfléchit, étant approprié également au double effet dont il est cause. Le son étranger qui vient affecter l'ouïe extérieure est vraiment distingué du son articulé que la volonté détermine, comme un mouvement libre, volontaire, ou accompagné d'effort, est distinct dun mouvement contraint, dénué de tout sentiment de pouvoir. Dans le premier cas, c'est le moi qui est cause; dans l'autre, c'est une cause non-moi, sous laquelle l'individu est ou se sent passif; et nous retrouvons encore là, dans ce contraste, un double fondement à la croyance et au jugement d'extériorité.
L'organe vocal, comme ceux de la locomotion dont il fait partie, est d'abord mis en jeu par les impulsions sympathiques de l'instinct. Les vagissements de l'enfant qui vient de naître, les cris inarticulées de la douleiu" ou du plaisir, enfin tous ceux qu'arrachent à la sensibilité des affections vives, subites ou profondes, composent ce que l'on pourrait appeler un langage primitif naturel, s'il y avait lui langage pour l'être purement sensitif, qui n'a pas l'intention de rien signifier, pom* qui il n'y a pas
encore d'idée à exprimer, ni de volonté déterminée à manifester au dehors. L'être qui pense peut seul interpréter le signe involontaire de la nature et en former une langue proprement dite ; lui seul peut intellectualiser en quelque sorte l'interjection et y renfermer la valeur d'une proposition tout entière (1). Je dis l'y renfermer et non pas l'en déduire, car la proposition ou le jugement qu'elle exprime n'est sûrement pas dans la sensation animale.
En tant que l'organe vocal est ainsi en rapport sympathique avec les affections de l'instinct, ses fonctions sont étrangères aux perceptions de l'ouïe, et par suite à tout développement intellectuel. Les enfants qui naissent sourds-muets ont comme les autres les vagissements, le cri, l'interjection du plaisir ou de la douleur; mais il y a loin de ces signes instinctifs aux signes proprement dits que la volonté instituera dans la suite, et dont elle composera la langue des idées. Ce passage, si important et si peu remarqué, commence à être franchi aussitôt que l'enfant transforme les cris interjectifs en signes de réclame. Alors il est une personne individuelle, et il a une intention, une volonté qui s'exprime ou se manifeste au dehors. Alors aussi il commence à s'imiter lui-même, c'est-à-dire à répéter volontairement les sons que l'organe voirai avait produits d'abord par l'impulsion de l'instinct sensitif , et puis par un effet de la motilité spontanée (2). Il dispose des perceptions de l'ouïe comme de l'effort et des mouvements vocaux; il est ou se sent cause de ses perceptions, comme il est ou se sent cause de ses mouvements. L'activité qui produit immé-
(1) Voyez la Grammaire de M. de Tracy.
(2) Voyez ce qui a été dit dans la première partie de l'ouvrage sur le passage des mouvements instinctifs aux mouvements volontaires.
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diatenient les uns se réfléchit dans les autres ; l'individu qui émet le son et s'écout€, a la perception redoublée de son activité. Dans la libre répétition des actes que sa volonté détermine, il a la conscience du pouvoir qui les exécute, il aperçoit la cause dans son effet et l'effet dans la cause : il a le sentiment distinct des deux termes de ce rapport fondamental, en un mot il réfléchit.
Cet exemple est imique dans l'analyse des sensations ; il était digne, ce semble, d'attirer l'attention des philosophes qui se sont occupés de l'origine et de la génération des facultés humaines, comme de la liaison des signes avec les idées. L'exercice du sens de l'ouïe interne, considéré dans son union ou sa correspondance intime avec l'organe vocal, premier instrument de la volonté, est le seul sens par lequel l'être sensible et moteiu* puisse se modifier lui-même sans le concours d'aucune cause étrangère à sa propre force motrice. Dans les autres sens, le vouloir et l'effort ont toujours un terme ou im objet extérieur, dont l'impression distrait ou absorbe le sentiment interne de la cause qui concourt à la produire. Ici, l'effort et le mouvement n'émanent profondément du sujet que poiu- s'y réfléchir sous les formes d'une perception sensible, que l'être actif adopte et reconnaît comme son ouvrage.
En comparant d'ime manière plus expresse les fonctions de l'ouïe jointe à la voix avec celles des autres sens de l'intelligence, le toucher et la vue, dont nous avons fait l'analyse, on pourrait dire que les mouvements vocaux sont aux sensations auditives ce que les simples mouvements volontaires sont aux sensations tactiles, et ce que les perceptions complètes du toucher sont aux intuitions immédiates du sens de la vue. Mais, dans ces dernières associations d'un sens actif avec un organe
^84 ESSAI SUR :ÇiES rONElEMîJîfTS DE :^A PSYCHOLOGIE
passif, réléna^:pt sensible projeté dans l'espace attirç* l'att^i^tioii au dehors et la fixe sur l'objet, étranger; l'effort n'est pas distii^gué de son produit, l'individu ignp;re 1^ p^rt q.u'il prend à sa modification, il ne réfléchit pi^s,. AV) coiitr^ire, dans l'association de la voix avec l'ouilp,^ l'ï^çtipn §t ^ot^ résultat swit ^evix éléments hpnipgènes, égalen^ent appropriés à l'aperception interne. Au surplus, çpnime la main imite tPMtes les forces et les reproduit q^ lesi ^ée ui^e seco^pd^i fois, la yolx imite tous les sons et sert à reproduire d^ns la pensée tout ce qui pei^t être associé à ces perceptions directes.
Ainsi activée pay la voix articulée, l'ouïe est le sens imrn.é4i^t de la réfle^io:^ : c'est celui qvw répète pu redit tout, jusqu'aux modes lés plus intimes de la pensée, auxquels il fournit des signes de distinction et de rappel. Qp peut di^-e que c'est par excellence le sens de l'entendeniei^t, puisque c'est par lui seul que l'être qui pense, en tant qu'il agit et meut, entend, dans toutes la propriété du mot, toutes les idées qu'il conçoit, tous les actes qu'il détermine-
Pour bien apprécier l'espèce (^'influence que les sp^ a;ticulé^, considérés comme signes des idées ^u:^quelles ils spnt associés,^ qnt siur la formation, ^e rappel de ces idées et les diverses opérations intellectuelies qui s'y rapportent, il importait d'abord de déterminer la nature et le caractère ^as perceptions qui servent de signes à toutes les autifes, il fallait partii" des signes ^e la nature pensante pour mieux déterminer les bases de l'institutip;ti (les signes de l'art.
Le^ sons articulés ne communiquent en effet W caractère plus réflécbi à tpus les modes pu idées auxquels ils s'associent que parce qu'ils ont eux-mênies un tel caractère. Ils ne rendent l'exercice de nos facultés diTerses
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disponible que parce qu'ils sont eux-mêmes à la disposition de la volonté qui les crée sans avoir besoin d'auxiliaire étranger; ils ne donnent l'ordre successif de la pensée à tout ce qui est simultané dans la sensation que arce qu'il est dans la nature de la voix et de l'ouïe de procéder par succession ; enfin, ils ne communiquent une forme sensible aux notions abstraites, ou aux produits intellectuels, que parce qu'ils sont eux-mêmes des actes de vouloir sensibilisés. On a trop négligé l'analyse de ces phénomènes de l'ordre sensible auxquels se rattachent les signes institués et qui rendent leur institution possible.
C'est par là que Locke a mérité le reproche que lui adresse Condillac (1), d'avoir considété la réflexion comme une faculté innée ou n'ayant aucune origine dans l'expérience ; c'est par là aussi que Condillac lui-même, en mettant en évidence le grand principe de la liaison des idées entre elles et avec les signes constitués, n'est point remonté jusqu'à l'origine de cette institution et a fini par en méconnaître les résultats les plus essentiels (2). Voyons comment cette omission peut être réparée par l'application des analyses qui précèdent.
(1) Extrait raisonné du Traité des fenaations.
(2) Voyez le Traité des senaatiotis.