‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 161 sur 415 · LIVRE TROISIÂME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÂME

hommes ne manquent jamais de juger qu'une chose est cause de quelque effet quand Tun et l'autre sont Joints ensemble, supposé que la véritable cause de cet effet leur soit inconnue. C'est pour cela que tout le monde conclut qu'une houle agitée qui en rencontre une autre est la véritable et la principale cause de l'agitation qu'elle lui communique, que la volonté de Tàme est la véritable et la principale cause du mouvement du bras et d'autres préjugés semblables; parce qu'il arrive toujours qu'une boule est agitée quand elle est rencontrée par un,e autre qui la choque, que nos bras sont remués presque toutes les fois que nous le voulons, et que nous ne voyons point sensiblement quelle autre chose pourrait être la cause de ces mouvements.

Mais lorsqu'un effet ne suit pas si souvent de quelque chose qui n'en est pas la cause, il ne laisse pas d'y . avoir toujours un fort grand nombre de personnes qui croient que cette chose est la cause de l'effet qui arrive ; mais tout le monde ne tombe pas dans cette erreur. 11 paraît, par exemple, une comète, et après cette comète un prince meurt; des pierres sont exposées à la lune, et elles sont mangées des vers; le soleil est joint avec Mars dans la nativité d'un enfant, et il arrive que cet enfant a quelque chose d'extraordinaire : cela sufiî^ à beaucoup de gens pour se persuader que la comèi^^*» la lune, la conjonction du soleil avec Mars sont les c^^" ses des effets que Ton vient de marquer et d'autr^^ même qui leur ressemblent, et la raison pour laq^eU*^ tout le monde ne le croît pas, c'est qu'on ne voit pa^ ^ tous momc^nis m\t>> ot^fi pffets suivent ««s choses.

388 RECUERCHE DE LA YERITE.

lion OU plutôt la présence des idées en est la véritable cause, parce qu'ils ne Toient rien dans le même temps à quoi ils la puissent attribuer et qu'ils s'imaginent que les idées ne sont plus dès que l'esprit ne les voit plus, et qu'elles recommencent à exister lorsqu'elles se représentent à l'esprit.

C'estaussi pour ces raisons-là que quelques-uns jugent que les objets de dehors envoient des images qui leur ressemblent, ainsi que nous venons de le dire dans le chapitre précédent. Car n'étant pas possible de voiries objets par eux-mêmes, mais seulement par leurs idées, ils jugent que l'esprit produit lidée parce que dès qu'il est présent ils le voient, dès qu'il est absent ils ne le voient plus, et que la présence de l'objet accompagne presque toujours l'idée qui nous le représente.

Toutefois, si les hommes ne se précipitaient point dans leurs jugements, de ce que les idées des choses sont présentes à leur esprit dès qu'ils le veulent, ils devraient seulement conclure que selon l'ordre de la nature leur volonté est ordinairement nécessaire aûn qu'ils aient ces idées ; mais non pas qne la volonté est la véritable et la principale cause qui les rende présentes à leur esprit, et encore moins que la volonté les produise de rien ou de la manière qu'ils l'expliquent. Ils ne doivent pas non plus conclure que les objets envoient des espèces qui leur ressemblent à cause que l'âme ne les aperçoit d'ordinaire que lorsqu'ils sont présents, mais seulement que l'objet est ordinairement nécessaire afin que l'idée soit présente à l'esprit. Enfin ils ne doivent pas juger qu'une boule agitée soit la principale et la véritable cause du mouvement de la boule qu'elle trouve dans son chemin, puisque la première n'a point elle-même la puissance de se mouvoir. Ils peuvent seulement juger que cette rencontre de deux boules est occasion à l'auteur du mouvement de la matière d'exé-

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