LIVRE SIXIÈME
raient du moins obligés de reconnaître le véritable moteur s'ils ne voulaient pas reconnaître le véritable créateur. Mais la philosophie ordinaire leur fournit assez de quoi s'aveugler et soutenir leurs erreurs; car elle leur parle de certaines vertus impresses, de certaines facultés motrices, en un mot, d'une certaine nature qui est le principe du mouvement de chaque chose^ et, quoiqu'ils n'en aient aucune idée distincte, ils sont bien aises, à cause de la corruption de leur cœur, de la mettre à la place du vrai Dieu, en s'imagtnant que c'est elle qui fait toutes les merveilles que nous voyons.
lêHAPlTRE V
Explication des principes de la philosophie d'Aristote, où l'on fait voir qu'il n'a jamais observé la seconde partie do la règle générale, et où l'on examine ses quatre éléments, et aes qualités élémentaires.
AQq que Ton puisse faire quelque comparaison de la philosophie de Descaries avec celle d'Aristole, il est à propos que je représente en abrégé ce que celui-ci a pensé des éléments et des corps naturels en générai, ce que les plus savants croient qu'il a fait dans ses quatre livres Du ciel; car les huit livres de physique appartiennent plutôt à la logique ou^ si Ton veut, à la métaphysique qu'à la physique, puisque ce ne sont que des mots vagues et généraux qui ne représentent point à Tespril d'idée distincte et particulière. Ces quatre livres sont intitulés Du ciely parce que le ciel est le principal des corps simples dont il traite.
Ce philosophe commence cet ouvrage par prouver que le mondeest parfait, et voici sa preuve. Tous les corps . ont trois dimensions ; ils n'en peuvent pas avoir davantagCf car le nombre de trois comprend tout/ selon les pythagoriciens. Or, le monde est l'assemblage de tous les corps : donc le monde est parfait. On pourrait, par celte plaisante preuve, démontrer aussi que le monde ne peut être plus imparfait qu'il est, puisqu'il ne peut être composé de parties qui aient moins de trois dimensions.