‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 373 sur 415 · LIVRE SIXIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈMB

ci : Rendre un homme immobile sans le lier ni le blesser, ou plutôt ayant mis le petit doigt d'un homme dans l'oreille de ce môme homme, le rendre par cette posture comme immobile, en sorte qu'il ne puisse sortir du lieu où on Taura mis jusqu'à ce qu'il ôle son petit doigt de son oreille. Cela paraltitnpossible d'abord, et cela l'est en effet, car on peut fort bien marcher quoique l'on ait le petit doigt dans Toreille. Aussi y manque-t-il encore une condition, qui ôterait toute la difficulté si elle était exprimée. Cette condition est que l'on doit faire embrasser quelque colonne de lit ou quelque chose de semblable à celui qui met son petit doigt dans son oreille, en sorte que cette colonne soit enfermée entre son bras et son oreille, car il ne pourra sortir de sa place sans se débarrasser, et tirer son doigt de son oreille. L'on n'ajoute point pour une condition de la question, qu'il y a encore quelque autre chose à faire, afin que l'esprit ne s'arrête point à le chercher, et qu'on ne puisse ainsi le découvrir. Mais ceux qui entreprennent de résoudre ces sortes de questions doivent faire toutes les demandes nécessaires pour s'éclaircir du point où consiste la difQculté.

Ces questions arbitraires semblent être badines, et elles le sont en effet en un sens, car on n'apprend rien lorsqu'on les résout. Cependant elles ne sont pas si différentes des questions naturelles qu'on pourrait peutêtre se l'imaginer. II faut faire à peu près les mômes choses pour résoudre les unes et les autres. Car si l'adresse ou |la malice des hommes rend les questions arbitraires embarrassantes et difficiles à résoudre, les effets naturels sont aussi par leur nature environnés d'osbcurités et de ténèbres. Et il faut dissiper ces ténè* bres par l'attention de l'esprit et par des expériences qui sont des espèces de demandes que l'on fait à l'auteur de la nature, de môme qu'on ôte les équivoques et les

HQ REGHBBCHB DE LA VÉRITÉ.

eirCODstiances inutilésdes qiiestioos arbitraires par l'aitentioo de l'esprit et par les demandes adroites que l'on fait à ceux qui. nous les proposent. Expliquons ces choses par ordre et d'une manière plus sérieuse et plus instructive.

.. 'Il y a un très-grand nombre de questions qui semblent très-difficiles parce qu'on ne les entend pas, ci qui devraient plutôt passer pour des axiomes qui auraient pourtant besoin de quelque explication que pour de véritables questions : car il me semble qu'on ne doit pas mettre au nombre des questions certaines propositions qui sont incontestables, lorsqu'on en conçoit distinctement les termes.

On demande, par exemple, comme une question difficile à résoudre, si l'âme est immortelle, parce que ceux qui font cette question ou qui prétendent la résoudre n'en conçoivent pas distinctement les termes. Comme les mots d*dmtf et d'tmfiioi*^tf/ signifient différentes choses et qu'ils ne savent comment ils l'entendent, ils ne peuvent résoudre si Tâme est immortelle : car ils ne savent précisément ni ce qu'ils demandent ni ce qu'ils cherchent.

Par ce mot âme on peut entendre une substance qui pense, qui veut, qui sent, etc. On peut prendre Vàme pour le mouvement ou la circulation du sang, et pour U configuration des parties du corps; enfin on peut prendre l'âme pour le sang même et les esprits animaux. De même par ce mot immortel on entend ce qui ne peut périr par les forces ordinaires de la nature, ou bien ce qui ne peut changer, ou enfin ce qui ne peut se corrompre ni se dissiper comme une vapeur on de la fumée. Ainsi, supposé que l'on prenne les roots d'âme ei d'immortel en quelqu'une de ces significations, la moindre attention d'esprit fera juger si elle est immortelle ou si elle ne l'est pas.

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