‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 374 sur 415 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Car, premièrement, il est clair qne Vâme, prise dans le premier sens^ c'est-à-dire pour une substance qui pense, est immortelle, si Ton prend aussi immortel dans le premier sens et pour ce qui ne peut périr par les forces ordinaires de la nature ; car il n'est pas même concevable qu'aucune substance puisse devenir rien» 11 faut recourir à une puissance de Dieu tout extraOrr dinalre pour concevoir que cela soit possible.

Secondement, Tàme est immortelle, si Ton prend immortel dans le second sens, et pour ce qui ne peut se corrompre ni se résoudre en vapeur ou en fumée t car il est évident que ce qui ne peut se diviser en une infinité de parties peut se corrompre ou se résoudre eQ vapeur.

Troisièmement, l'âme n'est point immortelle, en prenant immortel dans le troisième sens, et pour ce qui ne peut changer : car nous avons assez de preuves con* vaincantes des changements de noire àme ; que tantôt elle sent de la douleur et tantôt du plaisir; qu'elle veut quelquefois certaines choses et qu'elle cesse de les vouloir ; qu'étant unie au corps elle en peut être séparée, etc.

Si Ton prend le mot d'àme dans quelque autre signir fication, il sera de môme très-facile de voir si elle est immortelle en prenant le mot d'immortel en un sçns fixe et arrêté. De sorte que ce qui rend ces quesr tions difficiles, c'est qu'on ne les conçoit pas distincte: ment, et que les termes qui les expriment sont équir voques : si bien qu'elles oat plutôt besoin d'explication que de preuve. . .

Il est vrai qu'il y a quelques pet^onnes assez stur pides et quelques autres asse^ im^iginatives pour prendre sans cesse Tâme pour une- certaine configuration des parties du cervea,ii et pour le mouvemenil des esprits ; et il est ceptAinement impossible de prQUr

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▼er à ces sortes de gens que Tâme est immortelle et qu'elle ne peut périr : car il est au contraire évidenl que i*lme, prise au sens qu'ils l'entendent, est mortelle.

Ainsi, ce n'est point une question qu'il soit difficile de résoudre; mais c'est une proposition qu'il est difficile de faire entendre àdesgeùs qui n'ont point les mêmes idées que nous, et qui font tous leurs efforts pour ne les point avoir pour s'aveugler.

Lors donc qu'on demande si l'âme est immortelle ou quelque autre question que ce soit, il faut d'abord ôter l'équivoque des termes et savoir en quel sens on les prend, afin de concevoir distinctement l'état de la question; et si ceux qui la proposent ne savent comment ik Tentendent, il faut les interroger pour les éclairer et pour les déterminer : si en les interrogeant on reconnaît que leurs idées ne s'accommodent point avec les n6tres, il est inutile de leur répondre. Car, que répondre à un homme qui s'imagine qu'an désir par exemple n'est autre chose que le mouvement de quelques esprits; qu'une pensée n'est qu'une trace ou qu'une image que les objets ou les esprits ont formée dans le cervean, et que tous les raisonnements des hommes ne oonsistent que dans la différente situation de quelques petits corps qui s'arrangent diversement dans la tète ? lui répondre que l'âme, prise dans le sens qu'il l'en* tend, est immortelle, c'est le tromper ou se rendre ridicule dans son esprit ; mais lui répondre qu'elle est mortelle, c'est en un sens le confirmer dans une erreur de très-grande conséquence. 11 ne faut donc point lai répondre, mais seulement tâcher de le faire rentrer en lui-même, afin qu'il reçoive les mêmes idées que nous, de celui qui est seul capable de l'éclairer.

C'est encore une question qui parait asseï difficile à résoudre, savoir si les bêtes ont une âme; cependant, lorsqu'on ôte l'équivoque, elle ne parait plus difficile,

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