LIVRE SIX1ÈM
et la plupart de ceux qui pensent qu'elles en ont, sont, sans le savoir, du sentiment de ceux qui pensent qu'elles n'en ont pas.
L'on peut prendre l'âme pour quelque chose de corporel répandu par tout le corps qui lui donne le mouvement et la vie, ou bien pour quelque chose de spirituel. Ceux qui disent que les animaux n'ont point d'âme ^'entendent dans le second sens; car jamais homme ne nia qu'il y eût dans les animaux quelque chose de corporel qui fût le principe de leur vie ou de leur mouvement, puisqu'on ne peut môme le nier des montres. Ceux, au contraire, qui assurent que les animaux ont des âmes, l'entendent dans le premier sens ; car il y en a peu qui croient que les animaux aient une âme spirituelle et indivisible. De sorte que les péripatéticiens et les cartésiens croient que les bêtes ont une âme, c'est-à-dire un principe corporel de leur mouvement; et les uns et les autres croient qu'elles n'en ont point, c'est-à-dire qu'il n'y a rien en elles de spirituel et d'indivisible.
Ainsi, la différence qu'il y a entre les péripatéticiens et ceux que l'on appelle cartésiens n'est pas en ce que les premiers croient que les bêtes ont des âmes et que les autres ne le croient pas ; mais seulement en ce que les premiers croient que les animaux sont capables de sentir de la douleur, du plaisir, de voir les couleurs, d'entendre les sons, et d'avoir généralement toutes les sensations et toutes les passions que nous avons, et que les cartésiens croient le contraire. Les cartésiens distinguent les mots de sentiment pour en ôter l'équivoque . Car, par exemple, ils disent que lorsqu'on est trop proche du feu, les parties du bois viennent heurter contre la main; qu'elles en ébranlent les fibres, que cet ébranlement se communique jusqu'au cerveau, qu'il détermine les esprits animaux qui y sont con-^