IV
tenus à se répandre dans les parties extérieures du corps d'une manière propre pour le faire retirer. Ils demeurent d*accord que toutes ces choses ou de semblables se peuvent rencontrer dans les animaux , et qu'elles s'y rencontrent effectivement, parce qu'elles ne sont que des propriétés de corps. Et les péripatélîciens en conviennent.
Les cartésiens disent de plus que, dans les hommes, l'ébranlement des fibres du cerveau est accompagné du sentiment de chaleur et que le cours des esprits animaux vers le cœur et vers les viscères est suivi de la passion de haine ou d'aversion; mais ils nient que ces sentiments et ces passions de l'âme se rencontrent dans les bêtes. Les péripatéticiens assurent au contraire que les hèles sentent aussi bien que nous cette chaleur; qu'elles ont comme nous de l'aversion pour tout re qui les incommode ; et généralement qu'elles sont capables de tous les sentiments et de toutes les passions que nous ressentons. Les cartésiens ne pensent pas que les bêtes sentent de la douleur ou du plaisir, ni qu'elles aiment ou qu'elles haïssent aucune chose, parce qu'ils n'admettent rien que de matériel dans les bétes el qu'ils ne croient pas que les sentiments ni les passions soient des propriétés de la matière telle qu'elle puisse être. Quelques péripatéticiens, au contraire, pensent que la matière est capable de sentiment et de passion lorsqu'elle est, disent-ils, subtilisée ; que les bêles peuvent sentir par le moyen des esprits animaux, c'est-à-dire par le moyen d'une matière extrêmement subtile et délicate, et que l'âme même n'est capable de sentiment et de passion qu'à cause qu'elle est unie à cette matière.
Ainsi, pour résoudre la question si les bêtes ont onè Ame, irfalut rentirer en soi-même el considérer ave** toule l'alfetitioadont on^ist capifible Tidée que l'on a^l»
UVRB SIXIÈME. Hf
ia matière. Et si Ton conçoit que là matière, figurée d'une telle manière, comme en carré, en rond, en ovale, soit de la douleur, du plaisir, de la chaleur, de la couleur, de Todeur, du son, etc., on peut assurer que TAme des bêtes, quelque matérielle qu'elle soit, est capable de sentir. Si on ne le conçoit pas, il ne le faut pas dire, car il ne faut assurer que ce que Ton conçoit. De même si Ton conçoit que de la matière agitée de bas en haut, de haut en bas, en ligne circulaire, spirale, parabolique, elliptique, etc., soit un amour, une haine, une joie, une tristesse, etc., ori peut dire que les bêtes ont les mêmes passions que nous; si on ne le voit pas, il ne le faut pas dire, à moins qu'on ne veuille parler sans savoir ce qu'on dit. Mais je pense pouvoir assurer qu'on ne croira jamais qu'aucun mouvement de matière puisse être un amour ou une joie, pourvu que l'on y pense sérieusement. De sorte que, pour résoudre cette question, si les bêles sentent, il ne faut qu'avoir soin d'en ôter l'équivoque, comme font ceux qu'on se plaît d'appeler cartésiens; car on la réduira ainsi à une question si simple qu'une médiocre attention d'espritsuffira pour la résoudre. • Il est vrai que saint Augustin, supposant selon le préjugé commun à tous les hommes que les bêles ont une âme, au moins n'ai-je point lu qu'il Tait jamais examiné sérieusement dans ses ouvrages, ni qu'il l'ait révoqué en doute; et s'apercevant bien qu'il y a contradiction de dire qu'une ânxe ou une substance qui pense, qui sent, qui désire, etc., soit matérielle, il a
4tt REGUERCHE D£ LA VÉRITÉ.
qui s'imagine, qui craint, qui désire, etc., est nécessairement spirituel ; mais je n'ai point remarqué qo'il ait eu quelque raison d'assurer que les bêtes ont des âmes. Il ne se met pas môme en peine de le prouver, parce qu'il y a bien de l'apparence que de son temps il n'y avait personne qui en doutât.
Présentement qu'il y a des gens qui tâchent de se délivrer entièrement de leurs préjugés, et qui révoquent en doute toutes les opinions qui ne sont point appuyées sur des raisonnements clairs et démonstratifs, on commence à douter si les animaux ont une âme capable des mômes sentiments et des mômes passions que les nôtres. Mais il se trouve toujours plusieurs défenseurs des préjugés, qui prétendent prouver que les bôies sentent, veulent, pensent et raisonnent môme comme nous, quoique d'une manière beaucoup plus imparfaite.
Les chiens, disent-ils, connaissent leurs maîtres, ils les aiment, ils souffrent avec patience les coups qu'ils en reçoivent, parce qu'ils jugent qu'il leur est avantageux de ne point les abandonner ; mais pour les étrangers ils les haïssent de telle sorte qu'ils ne peuvent môme souffrir d'en être caressés. Tous les animaux ont de l'amour pour leurs petits ; et ces oiseaux qui font leurs nids à l'extrémité des branches font assez connaître qu'ils appréhendent que certains animaux ne les dévorent : ils jugent que ces branches sont trop faibles pour porter leurs ennemis, et assez fortes pour soutenir leurs petits et leurs nids tout ensemble. Il n'y a pas jusqu'aux araignées et jusqu'aux plus vils insectes qui ne donnent des marques qu'il y a quelque intelligence (lui les anime : car on ne peut s'empôcher d'admirer la conduite d'un animal qui, tout aveugle qu'il est, trouve moyen d'en surprendre dans ses filets d'autres qui ont des yeux et des ailes, et qui sont assez hardis