LIVRE SIXIÈME
Ton mesure pour en découvrir les rapports. Voici des exemples .
Lorsqu'on laisse nager librement un petit vase fort léger, d^ns lequel il y a une pierre d'aimant ; si Ton vient à présenter au pôle septentrional de cet aimant le même pôle d'un autre aimant que Ton tient entre ses mains, aussitôt on voit que le premier aimant se relire comme s'il était poussé par quelque vent violent. Et Ton désire savoir la cause de cet effet.
Il est ^ssez visible que, pour rendre raison du mouvement de cet aimant, il ne suffit pas de connaître les rapports qu'il a avec l'autre; car, quand môme on les connaîtrait parfaitement tous, on ne pourrait pas comprendre comment ces deux corps se pourraient pousser sans se rencontrer.
Il faut donc examiner quelles sont les choses que Ton connaît distinctement être capables, selon l'ordre de la nature, de remuer quelque corps; car il est question de découvrir la c^use naturelle du mouvement de l'ai-^ •mant, qui est certainement un corps. Ainsi, il ne faut point recourir à quelque qualité, à quelque forme ou à quelque entité que l'on ne connaît poinA clairement être capable de remuer les corps, ni même à quelque intelligence, car on ne sait point avec certitude que les intelligences soient les causes ordinaires des mouve* ments naturels des corps, ni môme si elles peuvent produire du mouvement.
On sait évidemment que c'est une loi de la nature que les corps se remuent les uns les autres lorsqu'ils se rencontrent ; il faut donc tâcher d'expliquer le mouvement de l'aimant par le moyen de quelque corps qui le rencontre. Il est vrai qu'il se peut faire qu'il y ait quelque autre chose qu'un corps qui le remue ; mais, si l'on n'a point d'idée distincte de cette chose, il ne faut point s'en servir comme d'un moyen recevable pour