‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 403 sur 415 · IV · texte numérisé non relu

IV

47 0 RECUERCQB DE I.A VÉRITÉ.

Je ne parle point ici delacon tiguîté^ car il est visible que les choses contiguës se touchent si peu, qu'il y â toujours beaucoup de matière subtile qui passe entfe elles, et qui, faisant effort pour continuer son mouvement en ligne droite, les empêche de s'unir.

Pour Yunion qui se trouye entre deux marbres qui ont été polis Tun sur l'autre, je l'ai expliquée ; et il est facile de voir que, quoique la matière subtile passe toujours entre ces deux parties si unies qu'elles soient, l'air n'y peut passer, et qu'ainsi c'est son poids qui comprime et qui presse ces deux parties de marbre l'une sur l'autre, et qui fait qu'on a quelque peine i les désunir, si Ton ne les fait glisser de travers.

Il est visible de tout ceci que la continuité, la contiguïté et l'union des deux marbres ne seraient que la même chose dans le vide, car nous n'en avons point aussi d'idées différentes, de sorte que c^t dire ce qu'on n'entend point que de les faire différer absolument, et non par rapport aux corps qui les environnent.

Voici présentement quelques réflexions sur le sentiment de M. Descartes et sur l'origine de .son erreur. J'appelle son sentiment une erreur, parce que je ne trouve aucun moyen de défendre ce qu'il dit des règles du mouvement, et de la cause de la dureté des corps vers la fin de la seconde partie de ses Pfimdpe$ en plusieurs endroits, et qu'il me semble avoir asses prouvé la vérité du sentiment qui lui est contraire.

Ce grand homme concevant très-distinctement que la matière ne peut pas se mouvoir par elle-même, et que la force mouvante naturelle de tous les corps n'est autre chose que la volonté générale de l'auteur de la nature, et qu'ainsi la communication des mouvements des corps à leur rencontre mutuelle ne peut venir que de cette même volonté, il s'est laissé aller à

Page 1