LIVRE PREMIER
lilets sont agités au dehors par l'action des objets, et que leur agitation ne se communique point jusqu'au cerveau, comme il arrive dans le sommeil, l'âme n'en reçoit pour lors aucune sensation nouvelle. Mais si ces^ petits lilets sont remués dans le cerveau par le cours des esprits animaux ou par quelqù'autre cause, l'âme aperçoit quelque chose, quoique les parties de ces filets, qui sont hors du cerveau et répandus dans toutes les parties de notre corps, soient dans un parfait repos^ comme il arrive encore pendant qu'on dort.
III. Il est bon de remarquer ici, en passant, que l'expérience apprend qu'il peut arriver que nous sentions de la douleur dans des parties de notre corps qui nous ont été entièrement coupées, parce que les filets du cerveau, qui leur répondent, étant ébranlés de la même manière que si elles étaient effectivement blessées, l'âme sent dans ces parties imaginaires une douleur très-réelle. Car toutes ces choses montrent visiblement que l'âme réside immédiatement dans la partie du cerveau à laquelle tous les organes des sens aboutissent : je veux dire qu'elle y sent tous les changements qui s'y passent par rapport aux objets qui les ont causés ou qui ont accoutumé de les causer, et qu'elle n'aperçoit ce qui se passe au dehors decette partie que par l'entremise des fibres qui y aboutissent, ou, si l'on veut^ par les diverses secousses des esprits contenus dans ces fibres. Cela posé et bien conçu, il ne sera pas fort difficile de voir comment la sensation se fait: ce qu'il faut expliquer par quelque exemple.
IV. Lorsqu'on appuie la pointe d'une aiguille sur sa main^ celte pointe remue et sépare les fibres de la chair. Ces fibres sont étendues depuis cet endroit jusqu'au cerveau ; et, quand on veille, elles sont assez bandées pour ne pouvoir être ébranlées que celles du cerveau ne le soient. Il s'ensuit donc que les extrémités
iii. «
«6 . RECUUUCIiE UE LA VÉRITÉ.
(le ces fibres, qui sont dans le cerveau, sont aussi remuées. Si le mouvement des fibres de la main est modéré, celui des fibres du cerveau le sera aussi ; et si ce mouvement est* assez violent pour rompre quelque <;hose sur la main, il sera de môme plus fort et plus violent dans le cerveau.
De mômt, si on approche sa main du feu, les petiies parties du bois qu'il pousse continuellement en fort grand nombre et avec beaucoup de violence, comme la raison le démontre au défaut de la vue, viennent heurter contre ces fibres et leur communiquent une partie <le leur agitation. Si cette action est modérée, celle des extrémités des fibres du cerveau, qui répondent à la main, sera modérée ; et si ce mouvement est assez violent dans la main pour en séparer quelques parties, <;omme il arrive quand on se brûle, le mouvement des fibres intérieures du cerveau sera, à proportion, plus fort et plus violent. Voilà ce qu'on peut concevoir qui arrive à notre corps quand les objets nous frappent. Il faut maintenant voir ce qui arrive à notre âme.
y. Elle réside principalement, s'il est permis de le <lire ainsi, dans cette partie du cerveau où tous les filets de nos nerfs aboutissent ; elle y est pour entretenir et pour conserver toutes les parties de notre corps ; et, par conséquent, il faut qu'elle soit avertie de tous les changements qui y arrivent, et qu'elle puisse distinguer ceux qui sont conformes à la constitution de son corps d'avec les autres, parce qu'il lui serait inutile de les reconnaître absolun^ent et sans ce rapport à son corps. Ainsi, quoique tous ces changements de nos fibres ne consistent, selon la vérité, que dans des mouvements qui ne diffèrent ordinairement que du plus et du moins, il est nécessaire que l'âme les regaade comme des changements essentiellement différents car encore qu'en eux-mêmes ils ne diffèrent que très-