‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 70 sur 415 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

. Idée générale de l'imagination. — II. Qu'elle renferme deux f:imkés, l'une active et l'autre passive. — III. Cause générale d<;s chanfementa qui arrivent à Timagination des hommes, et le fondement de ce second livre.

Dans le livre précédent nous avons traité des sens. Ngus avons lâché d'en expliquer la nature» et de marquer précisément l'usage que Ton en doil faire ; nous ayons découvert les principales et les plus générales erreurs dans lesquelles ils nous jettent, et nous avons tftebé de limiteff de telle sorte leur puissance, qu'on doit beaucoup espérer d'eux et n'en rien craindre si on les retient toujours dans les bornes que nous leur avons prescrites. Dans ce deuxième^ livre nous traiterons de l'imagination : l'ordre naturel nous y oblige, car il y a ua si grand rapport entre les sens et l'imagination, qu'on ne doit pas les séparer. On verra même dans la suite que ces deux facultés ne diffèrent entre elles que do plus et du moins.

Yoici l'ordre que nous gardons dans ce traité. Il est divisé en trois parties. Dans la première nous expliquons les causes physiques du dérèglement et des erreurs de rimaginalion; dans la deuxième nous faisons quelques applications de ces causes aux erreurs les plus générales de l'imagination, et nous parlons aussi des causes que l'on peut appeler morales de ces erreurs ; dans la troisième nous parlons de la communication contagieuse des imaginations fortes.

Si la plupart des choses que ce traité contient ne sont pas si nouvelles que celles que l'on a déjà dites en expliquant les erreurs des sens, elles ne seront pas toutefois moins utiles. Les personnes éclairées reconnaissent assez les erreurs et les causes mêmes des erreurs dont je traite, mais il y a très-peu de personnes qui y fassent assez de réflexion. Je ne prétends pas instruire tout le monde ;j*inslruis les ignorants, et j'avertis seulement les autres, ou plutôt je tâche ici de m'instruire et de m'avertir moi-même.

I. Nous avons dit dans le premier livre que les organes de nos sens étaient composés de petits filets, qui d*un côté se terminent aux parties extérieures du corps et à la peau, et de l'autre aboutissent vers le milieu du cerveau. Or ces petits filets peuvent être remués en deux manières, ou en commençant par les bouts qui se terminent dans le cerveau, ou par ceux qui se terminent au dehors. L'agitation de ces petits filets ne pouvant se communiquer jusqu'au cerveau que l'âme n'aperçoive quelque chose, si l'agitation commence par l'impression que les objets font sur la surface extérieure des filets de nos nerfs, et qu'elle se communique jusqu'au cerveau, alors l'âme sent et juge que ce qu'elle sent est au dehors, c'est-à-dire qu'elle aperçoit un objet comme présent. Mais s'il n'y a que les filets intérieurs qui soient agités par le cours des esprits animaux, ou de quelque

Page 1