‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 7 sur 174 · DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

DE LA VÉRITÉ

I. De la nature et des propriétés de rentendeinent. — II. De la nature et des propriétés du la volonté, et ce que c'est que la liberté.

L'erreur est lacaiise de la misère des hommes; c'est le mauvais principe qui a produit le mal dans le monde ; c'est elle qui a fait nailre et qui entretient dans notre urne tous les maux qui nous afffligent, et nous ne devons point espérer de bonheur solide et véritable qu'en travaillant sérieusement à l'éviter. L'Écriture Sainte nous apprend que les hommes ne sont misera- I blés que parce qu'ils sont pécheurs et criminels ; et ils ne seraient I ni pécheurs, ni criminels, s'ils ne se rendaient point esclaves du I péché en consentant à l'eiTeur.

S'il est donc vrai que l'erreur soit l'origine de la misère dos hommes, il est bien juste que les hommes fassent effort pour s'en délivrer. Certainement leur effort ne sera point inutile et sans récompense, quoiqu'il n'ait pas tout l'effet qu'ils pourraient souhaiter. Si les hommes ne deviennent pas infaillibles, ils se tromperont beaucoup moins, et s'ils ne se délivrent pas entièrement de leurs maux ils en éviteront au moins quelques-uns. On ne doit pas en cette vie espérer une entière félicité, parce qu'ici-bas on ne doit pas prétendre à rinfaillibilité ; mais on doit travailler sans cesse à ne se point tromper, puisqu'on souhaite sans cesse do se délivrer de ses misères. En un mot, cuaune on dcsiio avec ardeur un bonheur U. i

sans l'espérer, on doit tendre avec effort à l'infaillibilité sans y prétendre.

Il ne faut pas s'imaginer qu'il y ait beaucoup à souffrir dans la recherche de la vérité ; il ne faut que se rendre attentif aux idées claires que chacun trouve en soi-même, et suivre exactement quelques règles que nous donnerons dans la suites L'exactitude de l'esprit n'a presque rien de pénible ; ce n'est point une servitude comme l'imagination la représente ; et si nous y trouvons d'abord quelque difficulté, nous en recevons bientôt des satisfactions qui nous récompensent abondamment de nos peines^ car enfin il n'y a qu'elle qui produise la lumière et qui nous découvre la vérité.

Mais sans nous arrêter davantage à préparer l'esprit des lecteurs, qu'il est bien plus juste de croire assez portés d'eux-mêmes à la recherche de la vérité, examinons les causes et la nature de nos erreurs; et puisque la méthodç qui examine les choses en les considérant dans leur naissance- et dans leur origine a plus d'ordre et de lumière, et les fait connaître plus à fond que les autres, tâchons delà mettre ici en usage.

I. L'esprit de l'homme n'étant point matériel ou étendu, est sans doute une substance simple, indivisible, et sans aucune composition de parties; mais cependant on a coutume de distinguer en lui deux facultés, savoir : Ventendement et la volonté, lesquelles il est nécessaire d'expliquer d'abord, car il semble que les notions ou les idées qu'on a de ces dt^x facultés, ne sont pas assez nettes ni assez distinctes.

Mais parce que ces idées sont fort abstraites et qu'elles ne tombent point sous l'imagination, il semble à propos de les exprimer par rapport aux propriétés qui conviennent à la matière, lesquelles se pouvant facilement imaginer, rendront les notions qu'il est bon d'attacher à ces deux mots entendement et volonté, plus distinctes et même plus familières. 11 faudra seulement prendre garde que ces rapports de l'esprit et de la matière ne sont pas entièrement justes, et qu'on ne compare ensemble ces deux choses que pour rendre l'esprit plus attentif et faire comme sentir aux autres ce que l'on veut dire.

La matière ou l'étendue renferme en elle deux propriétés ou deux facultés. La première faculté est celle de recevoir différentes figures. et la seconde est la capacité d'être mue. De même l'esprit de l'homme renferme deux facultés : la première qui est Ventendement, est celle de recevoir plusieurs idées, c'est-à-dire d'apercevoir plusieurs choses ; la seconde , qui est la volonté , est celle de recevoir plusieurs

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