‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 109 sur 229 · LIVRET CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRET CINQUIÈME

doivent avoir par rapport à ceux qui les environnent ; car cela est absolument nécessaire pour leur conservation. El si les oiseaux, ou quelques autres animaux, n'ont point la disposition du corps propre pour prendre cet air, c'est qu'ils n'ont pas besoin de flécbir ceux dont ils peuvent, par la fuite, éviter le courroux, et dont ils peuvent se passer pour la conservation de leur vie.

On ne peut trop considérer que toutes les passions, qui sont excitées en nous à la vue de quelque chose qui est hors de nous, répandent machinalement sur le visage de ceux qui en sont frappés l'air qui leur convient, c'est-à-dire un air qui, par son impression, dispose machinalement tous ceux qui le voient à des passions et à des mouvements utiles au bien de la société. L'admiration môme, lorsqu'elle n'est causée en nous que par la vue de quelque chose qui est hors de nous et que les autres peuvent considérer, produit sur notre visage un air qui imprime machinalement l'admiration dans les autres, et qui agit même sur leur cerveau d'une manière si bien réglée, que les esprits qui y sont contenus sont poussés dans les muscles de leur visage pour y former un air tout semblable au nôtre.

Cette communication des passions dé l'âme et des mouvements des esprits animaux, pour unir ensemble les hommes par rapport au bien et au mal, et pour les rendre entièrement semblables les uns aux autres, non-seulement par la disposition de leur esprit, mais encore par la situation de leur corps, est d^autant plus grande et plus remarquable que les passions sont plus violentes; parce qu'alors les esprits animaux sont agités avec plus de force. Or, cela doit être ainsi, parce que les biens et les maux étant plus grands ou plus présents, il faut s'y appliquer davantage, et s'unir plus fortement les uns avec les autres pour les

pour les rechercher. Mais lorsque les passions 't modérées, comme Test ordinairement Tadn, «lies ne se communiquent pas sensibleît ne répandent presque pas Tair par lequel t coutume de se communiquer; comme rien se, il n'est pas à propos qu'elles fassent effort lagination des autres, ni qu'elles les détourleurs occupations, auxquelles il est peut-être cessaire qu'ils s'emploient, qu'à considérer les ie ces passions.

a rien de plus merveilleux que celte économie passions et que cette disposition de notre corps port aux objets qui nous environnent. Tout ie passe en nous machinalement est très-digne igesse de celui qui nous a faits; et comme )us a rendus capables de toutes les passions is agitent, afin principalement de nous lier lies les choses sensibles pour la conservation )ciété et de notre être sensible, son dessein e si fidèlement par la construction de son ou- [u'on ne peut s'empêcher d'en admirer l'arti- !S ressorts.

idant nos passions et tous ces liens impercepar lesquels nous tenons à tout ce qui nous le, sont souvent, par notre faute, des causes sidérables de nos erreurs et de nos désordres, is ne faisons point l'usage que nous devrions nos passions ; nous leur permettons toutes et nous ne savons pas même les bornes que vons prescrire à leur puissance. Ainsi les pasêmes qui, comme l'admiration, sont très-fai- [ui nous agitent le moins, ont assez de force js faire tomber dans l'erreur. En voici quelmples.

le les hommes^ et principalement ceux qui

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