‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 133 sur 229 · IV · texte numérisé non relu

IV

son imagination ; de sorte que, comme il s'applique uniquement à l'objet de sa passion, la lumière se réfléchit, et il semble que ces fantômes aient un corps véritable à cause qu'ils repoussent quelques faibles rayons de la lumière qui les frappe.

Mais quand on supposerait dans ces esprits assez de docilité et de réflexion pour écouter et pour comprendre des raisons capables de dissiper leurs erreurs, leur imagination étant déréglée par la crainte, et leur cœur corrompu par la haine et par le faux zèle, ces raisons, toutes solides qu'elles seraient en elles-mêmes, ne pourraient arrêter longtemps le mouvement impétueux de ces passions violentes, ni empêcher qu'elles ne se justifiassent bientôt par des preuves sensibles et convaincantes.

Car on doit remarquer qu'il y a des passions qui passent et qui ne reviennent plus, et qu'il y en a d'autres constantes et qui subsistent longtemps. Celles qui ne sont point soutenues par la vue de l'esprit et par quelque raison vraisemblable, mais qui sont seulement produites et fortifiées par la vue sensible de quelque objet et par la fermentation du sang, ne durent pas; elles meurent pour l'ordinaire incontinent après leur naissance. Mais celles qui sont accompagnées de la vue de Tesprit sont constantes, car le principe qui les produit n'est pas sujet au changement comme le sang et les humeurs. De sorte que la haine, la crainte et toutes les autres passions qui s'excitent ou qui se conservent en nous par la connaissance de l'esprit et non point par la vue sensible de quelque mal, doivent subsister longtemps. Ces passions sont donc les plus durables^ les plus violentes^ les plus injustes, mais elles ne sont pas les plus vives et les plus sensibles, commô on le va faire voir.

La perception du bien et du mal^ laquelle excite les

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