‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 217 sur 229 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

l'environnent est toujours le même, il ne se fait rien; et la conservation de ce rapport, je veux dire Tacîlion de la volonté de Dieu qui conserve ce rapport, n'est point différente de celle qui conserve le corps même.

S'il est vrai, comme je le conçois, que le repos ne soit que la privation du mouvement, le moindre mou-, vement, je veux dire celui du plus petit corps agité, renfermera plus de force et de puissance que le' repos du plus grand corps. Ainsi le moindre eiîort ou le plus petit corps que Ton concevra agité dans le vide contre un corps très-grand et très-vaste *, sera capable de le mouvoir quelque peu, puisque ce grand corps étant en repos, il n'aura aucune puissance pour résister à celle de ce petit corps qui viendra frapper contre lui. De sorte que la résistance que les parties des corps durs font pour empêcher leur séparation, vient nécessairement de quelque autre chose que de leur repos.

Mais il faut démontrer par des expériences sensibles ce que nous venons de prouver par des raisonnements abstraits, afin de voir si nos idées s'accordent avec les sensations que nous recevons des objets; car il arrive souvent que de tels raisonnements nous trompent, ou pour le moins qu'ils ne peuvent convaincre les autres, et ceux-là principalement qui sont préoccupés du contraire. L'autorité de M. Descartes fait un si grand effort sur la raison de quelques personnes, qu'il faut prouver en toutes manières que ce grand homme s'est trompé, afin de pouvoir les désabuser. Ce que je viens de dire entre bien dans l'esprit de ceux qui ne l'ont point rempli de l'opinion contraire, et même je vois bien qu'ils trouveront à redire que je m'arrête trop à prouver des choses qui leur paraissent incontestables.

• Par un corps dans le vide, j'entends un corps tellement séparé des autres tant durs que liquides^ qu'il n'y en ait aucun qui aido ni qui empêche la communication des mouvements.

iV. ^^

Mais les cartésiens méritent bien que l'on fasse effort pour les satisfaire. Les autres pourront passer ce qui sera capable de les ennuyer.

Voici donc quelques expériences qui prouvent sensiblement que le repos n'a aucune puissance pour résister au mouvement, et qui par conséquent font connaître que la volonté de Tauteur de la nature^ qui fait la puissance et la force que chaque corps a pour continuer dans l'état dans lequel' il est, ne regarde que le mouvement et non point le repos, puisque les corps n'ont aucune force par eux-mêmes.

L'expérience apprend que de fort grands vaisseaux, qui nagent dans Teau, peuvent être agités par de trèspetits corps qui viennent heurter contre eux. De là je prétends, malgré toutes les défaites de M. Descartes et des cartésiens, que si ces grands corps étaient dans le vide ils pourraient encore être agités avec plus de facilité. Car la raison pour laquelle il y a quelque légère difficulté à remuer un vaisseau dans l'eau^ c'est que l'eau résiste à la force du mouvement que l'on lui imprime^ ce qui n'arriverait pas dans le vide. Et ce qui fait manifestement voir que l'eau résiste au mouvement qu'on imprime au vaisseau, c'est que le vaisseau cesse d'être agité quelque temps après qu'il a été mu ; car cela n'arriverait pas, si le vaisseau ne perdait son mouvement en le communiquant à l'eau^ ou si l'eau lui cédait sans lui résister, ou enfin si elle lui donnait de son mouvement. Ainsi, puisqu'un vaisseau agité dans l'eau cesse peu à peu de se mouvoir, c'est une marque indubitable que Teau résiste à son mouvement au lieu de le faciliter comme le prétend M. Descartes; et par conséquent il serait encore infiniment plus facile d'agiter un grand corps dans le vide que dans l'eau, puisqu'il n'y aurait point de résistance de la part des corps d'alentour. Il est donc

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