‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 219 sur 229 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

repos pour unir les parties qui composent le clou, la barre de fer étant cent mille fois plus grosse que le clou, devrait^ selon- la cinquième règle de M. Descartes et selon la raison, communiquer quelque peu de son mouvement à la partie du clou qu'elle choquerait, c'est-à-dire le rompre et passer outre, quand môme cette barre glisserait par un mctuvement très-lent. Ainsi, il faut chercher une autre cause que le repos des parties pour rendre les corps durs ou capables de résister à TefFort que Ton fait, lorsqu'on les veut rompre, puisque le repos n'a point de force pour résister au mouvement, et je crois que ces expériences suffisent pour faire connaître que les preuves abstraites que nous avons apportées ne sont point fausses.

Il faut donc examiner la troisième chose que nous avons dite auparavant pouvoir être la cause de l'union étroite qui se trouve entre les parties des corps durs, savoir, une matière invisible qui les environne, laquelle étant extrêmement agitée, pousse avec beaucoup de violence les parties extérieures et intérieures de ces corps, et les comprime ainsi de telle sorte, que pour les séparer il faut avoir plus de force que n'en a cette matière invisible, laquelle est extrêmement agitée.

Il semble que je puis conclure que l'union des parties dont les corps durs sont composés, dépend de la ma* tière subtile qui les environne et qui les comprime, puisque les deux autres choses que l'on peut penser être les causes de cette union, ne le sont véritablement points comme nous venons de voir. Car, puisque je trouve de la résistance à rompre un morceau de fer, et que cette résistance ne vient point du fer ni de la volonté de Dieu, comme je crois l'avoir prouvé, il faut nécessairement qu'elle vienne de quelque matière invisible, qui ne peut être autre que celle qui l'environne

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immédiatement et qui le comprime. J'explique et je prouve ce sentiment*.

Lorsqu'on prend une boule de quelque métal, creuse au dedans et coupée en deux hémisphères, que Ton joint ces deux hémisphères en collant une petite bande de cire à l'endroit de leur union, et que l'on en tire l'air ; l'expérience apprend que ces deux hémisphères se joignent l'une à l'autre de telle sorte que plusieurs chevaux, que l'on y attelle par le moyen de quelques boucles, les uns d'un côté les autres de l'autre, ne peuvent les séparer, supposé que les hémisphères soient grandes à proportion du nombre des chevaux. Cependant, si Tony laisse rentrer l'air, une seule personne les sépare sans aucune difficulté. Il est facile de conclure de cette expérience que ce qui unissait si fortement ces deux hémisphères l'une avec l'autre, ve-. naitde ce qu'étant comprimées à leur surface extérieure et convexe par l'air qui les environnait, elles ne l'étaient point en même temps dans leur surface concave et intérieure. De sorte que l'action des chevaux qui tiraient les deux hémisphères de deux côtés, ne pouvait pas vaincre l'effort d'une infinité de petites parties d'air qui leur résistaient en pressant ces deux hémisphères. Mais la moindre force est capable de les séparer, lorsque l'air étant rentré dans la sphère de cuivre, pousse les surfaces concaves et intérieures, autant que l'air de dehors presse les surfaces extérieures et convexes. .

Que si au contraire on prend une vessie de carpe et qu'on la mette dans un vase dont on tire l'air, celte vessie étant pleine d'air crève et se rompi, parce qu'alors il n'y a point d'air au dehors de la vessie qui résiste à celui qui est dedans. C'est eucore pour cela que deux

* Voyez les Expériences de Magdeboupg, d'Otton, de Gnericke, liv. 3.

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