CONCLUSION D£S TROIS DERNIERS LIVRES
J'ai, ce me semble, assez fait voir, dans le quatrième et cinquième livre, que les inclinations naturelles et les passions des hommes les font souvent tomber dans Terreur, parce qu'elles ne les portent pas tant à examiner les choses avec soin qu'à en juger [avec précipitation.
Dans le quatrième livre, j'ai montré que Tinclination pour le bien en général est cause de l'inquiétude de la volonté, que l'inquiétude de la volonté met l'esprit dans une agitation continuelle, et qu'un esprit inces> samment agité est entièrement incapable de découvrir les vérités un peu cachées; que l'amour des choses nouvelles et extraordinaires nous préoccupe souvent en leur faveur, et que tout ce qui porte le ca> ractère de l'infini est capable d'éblouir notre imagination et de nous séduire. J'ai expliqué comment l'inclination que nous avons pour la grandeur, l'élévation et l'indépendance nous engage insensiblement dans la fausse érudition, ou dans l'étude de toutes ces sciences vaines et inutiles qui flattent notre orgueil secret, parce qu'elles nous font admirer du commun des hommes. J'ai montré que l'inclination pour les plaisirs détourne sans cesse la vue de l'esprit de la contempl?tion des vérités abstraites, qui sont les plus simples et les plus fécondes, et qu'elle ne lui permet pas de considérer aucune chose avec assez d'attention et de désintéressement pour en bien juger; que les plaisirs étant des manières d'être de notre âme, ils partagent nécessairement la capacité de l'esprit, et qu'un esprit