‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 225 sur 229 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

partage ne peut pleinement comprendre ce qui a quelque étendue. Enfin j'ai fait voir que le rapport et l'union naturelle que nous avons avec tous ceux avec qui nous vivons est l'occasion de beaucoup d'erreurs dans lesquelles nous tombons, et que nous communiquons aux autres, comme les aulres nous communiquent celles dans lesquelles ils sont tombés.

Dans le cinquième, en tâchant de donner quelque idée de nos passions, j'ai, ce me semble, assez fait voir qu'elles sont établies pour nous unir à toutes les choses sensibles, et pour nous faire prendre parmi elles la disposition que nous, devons avoir pour leur conservation et pour la nôtre ; que de môme que nos sens nous unissent à notre corps et répandent pour ainsi dire notre âme dans toutes les -parties qui le composent, ainsi nos émolions nous font comme sortir hors de nous-mêmes, pour nous répandre dans tout ce qui nous environne : qu'enfin elles nous représentent sans cesse les choses, non selon ce qu'elles sont en ellesmêmes peur former des jugements de vérité, mais selon le rapport qu'elles ont avec nous, pour former des jugements utiles à la conservation de notre être et de ceux avec lesquels nous sommes unis ou par la nature ou par notre volonté.

Après avoir essayé de découvrir les erreurs dans leurs causes, et de délivrer l'esprit des préjugés auxquels il est sujet, j'ai cru qu'enfin il était temps de le préparer à la recherche de la vérité. Ainsi j'ai exphqué dans le sixième livre les moyens qui me semblent les plus naturels pour augmenter l'attention et l'étendue de l'esprit, en montrant l'usage que l'on peut faire de ses sens, de ses passions et de son imagination, pour lui donner toute la force et toute la pénétration dont il est capable. Ensuite j'ai établi certaines règles qu'il faut nécessairement observer pour découvrir

quelque vérité que ce soit; je les ai expliquées par plusieurs exemples pour les rendre plus sensibles, et j'ai choisi ceux qui m'ont paru les plus utiles ou qui renfermaient des vérités plus fécondes et plus générales, afin qu'on les lût avec plus d'application, et qu'on se les rendit plus sensibles et plus familières.

Peut-être qu'on reconnaîtra par cet essai de méthode la nécessité qu'il y a de ne raisonner que sur des idées claires et évidentes, et dont on est intérieurement coavaincu que toutes les nations en conviennent, et de ne passer jamais aux choses composées avant que d'avoir suffisamment examiné les simples dont elles dépendent.

Que si l'on considère qu'Aristote et ses sectateurs n'ont point observé les règles que j'ai expliquées, comme Ton en doit être convaincu, tant par les preuves que j'en ai apportées que par la connaissance des opinions des plus zélés défenseurs de ce philosophe,, peut-être qu'on méprisera sa doctrine , malgré toutes les impressions avantageuses que nous en donnent ceux q*ui se laissent étourdir par des mots qu'ils n'entendent point.

Mais si l'on prend garde à la manière de philosopher de M. Descartes^ on ne pourra douter de sa solidité; car j'ai suffisamment montré qu'il ne raisonne que sur des idées claires et évidentes, et qu'il commence par les choses les plus simples avant que de passer aux plus composées qui en dépendent. Ceux qui liront les ouvrages de ce savant homme se convaincront pleinement de ce que je dis de lui, pourvu qu'ils les lisent civec toute l'application nécessaire pour les: comprendre, et ils sentiront une secrète joie d'être nés dans un siècle et dans un pays assez heureux pour nous délivrer de la peine d'aller chercher dans les siècles passés parmi les païens , et dans les extrémités de la terre

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