livre: QUATRIEME. 3Y
que nous savons d'ailleurs que Tesprit de l'homme n'en saurait découvrir la vérité. La plupart des questions que l'on traite dans la morale et principalement dans la physique sont de cette nature, et nous devons, par cette raison, nous défier beaucoup des livres que l'on compose tous les jours sur ces matières très-obscnres et très-embarrassées . Car, quoique absolument parlant, les questions qu'ils contiennent se puissent résoudre, cependant il y a encore si peu de vérités découvertes et il y en a tant d'autres à savoir avant que de venir à celles dont traitent ces livres, qu'on peut ne les pas lire sans se hasarder de perdre beaucoup.
Cependant ce n'est pas ainsi que les hommes se conduisent, ils font tout le contraire. Ils n'examinent point si ce qu'on leur dit est possible. 11 n'y a qu'à leur pro* mettre des choses extraordinaires, comme la réparation de la chaleur naturelle, éeV humide radical, des esprits vitaux, ou d'autres choses qu'ils n'entendent point, pour exciter leur vaine curiosité et pour les préoccuper. Il suffit pour les éblouir et pour les gagner de leur proposer des paradoxes; de se servir de paroles obscures, de termes d'influences, de l'autorité de quelques auteurs inconnus, ou bien de faire quelque expérience fort sensible et fort extraordinaire, quoiqu'elle n'ait môme aucun rapport à ce qu'on avance, car il suffit de les étourdir pour les convaincre*
Si un médecin, un chirurgien, un empirique citent des passages grecs et latins et se servent de termes nouveaux et extraordinaires pour ceux qui les écoutent, ce sont de grands hommes. On leur donne droit de vie et de mort ; on les croit comme des oracles ; ils s'imaginent eux-mêmes qu'ils sont bien au-dessus du commun des hommes et qu'ils pénètrent le fond des choses ; et si l'on est assez indiscret pour témoigner qu'on ne prend pas pour raison cinq ou six mois qui ne signifient et qui