CHAPITRE PREMIER
Dé la nature et de Torigine des passions en général.
L'esprit de Thomme a deux rapports essentiels ou nécessaires fort différents : l'un à Dieu, l'autre à son corps. Comme pur esprit, il est essentiellement uni au | Verbe de Dieu, à la sagesse et à la vérité éternelle, c'est-à-dire à la souveraine raison ; car ce n'est que par cette union qu'il est capable de penser, ainsi que Ton a vu dans le troisième livre. Comme esprit humain, il a un rapport essentiel à son corps; car c'est à cause qu'il lui est uni qu'il sent et qu'il imagime, comme i'on a expliqué dans le premier et dans le second livre. On appelle sens ou imagination l'esprit, lorsque son corps est cause naturelle ou occasionnelle de ses pensées ; et on l'appelle entendement lorsqu'il agit par luimême, ou plutôt lorsque Dieu agit en lui et que sa lumière l'éclairé en plusieurs façons différentes sans aucun rapport nécessaire à ce qui se passe dans son corps.
Il en est de même de la volonté de l'homme* Comme
volonté, elle dépend essentiellement de l'amour que Dieu se porte à lui-même et de la loi éternelle, en un mot, de la volonté de Dieu. Ce n'est que parce que Dieu s'aime que nous aimons quelque chose ; et si Dieu ne s'aimait pas, ou s'il n'imprimait sans cesse dans l'âme de l'homme un amour pareil au sien, c'est-à-dire ce mouvement d'amour que nous sentons pour le bien en général, nous n'aimerions rien, nous ne voudrions rien, et par conséquent nous serions sans volonté ; puisque la volonté n'est autre chose que l'impression de la nature qui nous porte vers le bien en général, comme nous avons déjà dit plusieurs fois.
Mais la volonté, comme volonté d'un homme, dépend essentiellement du corps ; car ce n'est qu'à cause des mouvements du sang, ou plutôt des esprits animaux, qu'elle sesentagitéedetoutes les émotions sensibles. J'ai donc appelé mc/maftow.« naturelles tous le*-ï»ôuvemenls de l'âme qui nous~s6nt communs avec les pures intelligences ; et quelques-uns de ceux auxquels le corps a beaucoup de part, mais dont il n'est qu'indirectement et la cause et la fin, je les ai expliqués dans le livre précédent; et j'appelle ici passions toutes les émotions que l'âme ressent naturellement à l'occasion des mouvements extraordinaires des esprits animaux et du sang. Ce sont ces émotions sensibles qui feront le sujet de ce livre.
Quoique les passions soient inséparables des inclinations et que les hommes ne soient capables de quelque amour ou de quelque haine sensible que parce qu'ils sont capables d'un amour et d'une haine spirituelle; on a cru cependant qu'il était à propos de les traiter séparément, afin d'éviter la confusion. Si Ton considère que les passions sont beaucoup plus fortes et plus vives que les inclinations naturelles, qu'elles ont pour l'ordinaire d'autres objets, et qu'elles sont toujours