Prix du passage. Voyez tome I, p
i84 TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.
nous y doit coûter. On ne sauroit dire combien fait pour nous un qui nous étançonne une maison ruineuse, et la tient suspendue de tous côtés, sans autre appui que celui de son artifice émerveillable ; et toutefois peu de chose nous acquitte d'un si gi*and bien. Une muraille est la sûreté de tout un peuple contre les incursions des ennemis et des voleurs, et quelquefois il ai-rivera qu'une seule tour sera la conservation de Thonneur et de la vie de toutes les familles d'une ville, et néanmoins on sait combien les matières en coûtent, et combien les maçons (jui les font doivem avoir de leur peine par chacun jour.
XVI. Il n'y auroit jamais de fin à mes discours, si je voulois de tous côtés vous ramasser les exemples des choses qui ne coûtent guère et valent beaucoup. Pourquoi donc me dites-vous cp'après avoii* payé mon médecin et mon précepteur je leur dois encore quelque chose, et que le salaire que je leur baille ne suffit pas à m acquitter ? Pource que le médecin et le précepteur font quelque contrat d'amitié avec nous, et ne nous obUgent pas en la vente qu'ils nous font de leur science, mais au témoignage qu'ils nous rendent de quelque particulière afCection en notre endroit. Et pour ce, si un médecin ne fait autre chose que monter en ma chambre aux heures accoutumées de ses visites, me tâter le pouls, et m'ordonner vitement ce qae je dois faire ou ne &ire pas, sans se soucier autrement de l'événement de mon mal, quand je lui ai baillé son salaire je ne lui dois rien davantage, parce qu'il ne m'est pas venu voir comme son ami, mais connue un honrnie qai Tavoit envoyé quérir. Tout de même si un précepteur m'a mis au rang du commun, et sans affection particulière de m 'instruire a versé au milieu de sa classe ce que j'ai recueilli conmie les autres écoliers, il ne faut point qu'il attende rien de moi que ce qu'on a de coutume de lui payer. D'où vient donc cette