LIVRE VI. CHAPITRE XV. iS
[^leiMl, et pour ce encore que vous les ayez aciietées, vous m*en devez quelque chose qui n'est point au marché. Premièrement, qu'importe combien elles valent, puisqu'on est d'accord de ce qu'on en doit payer? Et puis vousmême en avez fait le prix, et non pas moi. Elles valent mieux que ce qu'on les] a vendues ^ Oui, mais on ne les a pu vendre davantage. Les saisons donnent le prix aux choses. Estimez-les tant que vous voudrez ; quand elles sont payées au plus haut prix qu'elles peuvent aller, elles 'sont payées ce (ju'elles valent. Au reste l'acheteur est quitte au vendeur, quand il a bien payé ce qu'il a pris. Et puis quand ces choses vaudroient <kvantage, puisqu'il n'y va rien du vôtre, pourquoi les voulez-vous estimer par leur effet et par leur usage, et non pas par la coutume, et selon que les vivres sont chers ou à bon marché ? Quel payement assez grand sauriez-vous faire à un qui dans son vaisseau vous passe la mer d'un monde à l'autre, qui en haute mer, quand vous avez perdu la terre de vue, vous fait tenir une route assurée, prévoit les tempêtes iutores, et plein de sollicitudes, cependant que les autres ne pensent qu'à se donner du bon temps, fait plier les voiles, abattre le mât, et tenir toutes choses préparées pour l'inconvénient ou d'un coup de vague ou d'un tourbillon ? Et toutefois vous êtes quitte à lui d'une chose de si grande importance quand vous lui avez payé son naulis'. Combien estimez-vous le contentement de trouver un logis quand vous avez passé quelcpe fâcheuse lande, un couvert quand il tombe une grosse pluie, et une étuve ou un bon feu quand vous avez bien froid ? Tout cela se trouve en ime hôtellerie, et cependant nous savons combin il
1. Ce qui est entre crochets avait été sauté dans Tédition de i()3o «t a été rétabli dans l'édition de i63i.