‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 108 sur 359 · LIVRE VI. CHAPITRE XXIV. igS · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE XXIV. igS

ptr la force ramendement que par la douceur on leur a ÎDQtilemeiit procuré. Ainsi des bienfaits qae les en&nts reçorrent*dei pères, les plus grands sont ceux qui leur sont &it8 sans qu'ils en aient ou la connoissance, ou la yalonté de les recevoir.

XXV. A cette manière d'ingrats, et qui rejettent les bioifiûts, non pour ne les vouloir, mais pour n'être tenus de s'en revancher, ressemblent certains autres, qui au contraire de ceux-ci sont trop ardents et trop précipités à reoonnoître, et prient ordinairement qu'il arrive quelque iMdbeur à ceux qui leur ont fait plaisir, afin de leur pouvoir témoigner qu'ils s'en souviennent, et qu'ils ne désirent rien tant que de s'en acquitter. La cpestion est s'ils font bien, et si leur zèle a de la piété. Je trouve qu'ib sont oomme ces esprits passionnés pour une femme , qui font des souhaits qu'elle soit contrainte par c[uelc[ue accident de quitter le pays, afin de lui faire compagnie en son ban- BÎMemerit; qu'elle soit pauvre, afin de lui faire connottre qu'ils n'ont rien qui ne soit à elle ; qu'elle soit malade, afin de ne bouger du chevet de son lit, et mériter sa bonne grice par la dfligence qu'ils apporteront à l'assister; finaloDent, amoureux conmie ils sont, ils font des vœux que des ennemis n'auroient pas le courage de s'imaginer. C'est pomrqnoi vous voyez souvent une haine et une amitié furieuse finir de même façon. Il en prend de même à ceux (pd désirent des inconvénients à leurs amis, afin de les en délivrer, et se veulent faire passage au bienfait par one injure, an lieu qu'ils feroient mieux de se reposer, que par une méchanceté chercher l'occasion de faire bien. Que diriez-vous d'un pilote qui souhaiteroit le mauvais • tempe, des tempêtes enragées et des tourbillons de vent, pour donner à sa suffisance plus de recommandation par k péril ? ou de quelque général d'armée qui prieroit aux Dieux que l'ennemi avec un grand nombre d'honmies le

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vînt attaquer dans son retranchement, comblât son fossé^ mît le désordre et Tépouvante en ses troupes, passât sur le ventre à ceux qai résisteroient, et déjà vainqueur absolo plantât ses drapeaux sur les portes, afin que les choses semblant par cet accident du tout renversées et hors d*e»pérance de salut, il eût davantage de gloire à les relever par sa valeur? C'est faire venir ses bienfaits par un détestable chemin, de souhaiter que la fortune combatte celui qu'on désire de défendre, et mette par terre cdui qu'on se promet de redresser. C'est un naturel inhumain , et perversement ambitieux de revanche , de ùm. des vœux contre celui qu'avec honneur on ne peut abandonner.

XXVI. Mais mon vœu, direz-vous, ne lui porte point de préjudice. Je lui souhaite le remède aussitôt que le péril. Cela s'appelle que vous avouez que vous faites qudque mal, mais non pas tant que si vous lui souhaitiez le péril sans le remède. Ce sont de mauvais traits, de plon^ ger un homme en l'eau pour l'en tirer, l'abattre pour le redresser, et l'enfermer pour le mettre dehors. L^intention d'une injure ne peut être bienfait, et n'y a jamais de mérite à faire cesser un inconvénient que vous avez fiât naître. J'aime mieux que vous ne me blessiez point, que de me guérir. Vous me pouvez obliger de me guérir si je suis blessé, mais non pas de me blesser pour être guéri. La cicatrice ne donne jamais de contentement, que quand on se souvient de la plaie ; et si nous prenons plaisir de la voir reprise, c'est en sorte que nous aimerions encore mieux qu'elle n'eût du tout point été. S'il y a de l'inhumanité de faire ce souhait contre une personne qui ne vous a jamais fait plaisir, combien pensez- vous qu'il y en ait davantage contre ceux à qui vous avez de l'obUgation?

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