ÉPÎTRE VU
Argubocst. — I. Fuir la multitude. — II. La compagnie nous gâte, n blâme les spectacles des gladiateurs. — IQ. Les vices s'insinuent par le nombre des exemples. — IV. Il ne faut point chercher Tapprobation du peuple.
I. Vous me demandez ce qu'il me semble que vous devez principalement éviter : la multitude ; vous n y serez pas encore bien sûrement. Pour moi, je confesse ma foiblesse. Quand je vais en compagnie, je n'en reviens jamais comme j'y suis allé : mon équipage n'est plus en l'ordre où je Tavois mis ; il ne rentre chez moi que quelcpie chose de ce que j 'a vois fait sortir. U arrive aux esprits C[ui se remettent de quelque vieille indisposition , comme aux corps qu'une longue maladie a mis si bas , qu'ils ne peuvent prendre si peu d'air qu'ils ne s'en treuvent mal.
II. La conversation de beaucoup de gens nous est contraire. Il n'y en a pas un qui ne nous loue de quelque vice, ou ne nous l'imprime, ou ne nous en laisse quelque tache , sans que nous nous en apercevions. Tant plus les compagnies sont grandes , et plus nous sommes en danger. Mais il n'y a rien où les bonnes mœurs courent plus de fortune qu'aux théâtres; car alors les vices coulent par la porte qu'on a ouverte à la volupté. Que pensez-vous que je die? J'en reviens plus avare, plus ambitieux et plus dissolu ; et qui plus est, je me trouve avec moins de douceur et d'humanité, pour avoir été parmi les hommes. D'aventure je me suis aujourd'hui trouvé au spectacle du midi*, pensant y voir quelque farce, ou quelque bouf-