I. Dans Tédition de 1645 : c Ce sont amitiés à la journée
ÉPlTRE IX. agi
pour la commodité plaira si longtemps^ qu'il en apportera. C'est pourcpioi vous ne voyez qu'amis de toutes parts auprès des belles fortunes, et rien que solitude aux maisons de ceux qui sont abattus. Les amis iuient les occasions d'être éprouvés, et de là viennent tant d'abominables exemples de ceux cpii par crainte abandonnent lâchement, et des autres qui trahissent infidèlement ceux qu'ils ont fait profession de bien aimer. Il ne faut pas (pie la fin en soit meiUeure que le commencement. Quiconque s'est fait ami ptnirce que c'étoit son profit de l'être, puisqu'en l'amitié il a prisé autre chose que l'amitié même, il n'y a point de doute que si l'argent l'en sollicite il ne prise quelque chose au préjudice de l'amitié. Qu'ai-je donc affaire d'avoir un ami, afin d'avoir quel(|u'un de qui j'assiste les nécessités, accompagne le bannissement et défende la vie aux dépens de la mienne quand il en aura besoin ? Cette amitié que vous décrivez n'est pas une amitié, mais une négociation, qui n'estime et ne regarde que le moyen qu'il y a de profiter. Il n'y a point de doute que la passion des amants n'ait quelque chose qui ressemble à l'amitié : on peut dire que c'est une amitié insensée. En voyez- vous quelqu'un qui aime sa maîtresse pour le gain, pour l'ambition ou pour l'honneur? L'amour a tant de contentement en soi-même, qu'il néglige toute considération extérieure , et n'allume l'âme d'autre désir que de la chose qui semble belle , et donne apparence de rendre une réciproque affection. Et quoi donc, se peutil faire qu'une cause qui est honnête fasse naître une volonté qui ne Test point? Vous me direz que ce n'est pas à cette heure qu'il faut disputer si l'amitié est chose désirable de soi-même, ou pour quelque autre sujet; car si de soi-même elle est désirable, il n'y a point de doute que