EPITRE XXXIII
Abgumkbtt. — I. Les discours des Stoïques sont sentencieux. — II. Pour faire jugement d'un grand personnage, comme d'une belle femme, il faut tout voir. — III. Un homme d*âge ne doit pas toujours rapporter les dits d'autrui, mais doit raisonner luimême.
I. Vous voulez qu'en ces lettres comme aux précédentes, je mette quelques sentences de nos Stoïques : ils ne se sont point amusés à des fleurettes. Prenez-les par où vous voudrez , ils sont toujours mâles. Quand en une multitude une chose pai*oît par-dessus l'autre, il y a de l'inégalité. Un arbre quelque grand qu'il soit, n'est point admirable en une forêt qui est toute de même hauteur. Vous ne trouvez autre chose parmi les vers et dans les histoires, que les sentences que vous me demandez; et pour ce, je ne veux pas que vous les attiûbuiez à Epicure. Elles sont à tout le monde, et particulièrement aux Stoïques , mais on les remarque en lui plus qu'on ne fait ailleurs, pource qu'elles y sont rares, et qu'on s'étonne quand un homme qui fait profession d'une vie molle et délicieuse, lâche quelque parole où il y a de la rigueur. J'en parle selon l'opinion conmiune; car selon la mienne.
igo LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
tout joli qu'il est, avec ses manches pendantes ^, je trouve qu'il a du courage et de la force. On peut bien sentir le musc et Fambrè, et n'être ni moins galant, ni moins brave, que si on sentoit la poudre à canon '. Ne me demandez donc point de triage : ce qui se trouve par endroits chez les autres, est partout chez les Stoïques. Noos n'avons point de montre pour abuser les acheteurs, qui ne treuveront rien dans la boutique. Prenez-en un échan* tillon où bon vous semblera : nous ne faisons qu*une bourse tout ce que nous sommes; chaque sentence n*a point son auteur à part. Si nous les voulons séparer, de qui dirons-nous qu'elles sont.^ De Zenon, de Cléanthe, de Chrysippus, de Panétius ? Nous n'avons point de maître : chacun est à soi. Entre eux si Hermachus' ou Métrodorus disent quelque chose, tout est attribué à Epicure. S'il se traite quelque chose chez nous, c'est sous son nom et sous ses auspices. Toutes ces belles choses que nous avons sont en si grand nombre, et si semblables, que quand nous voudrions, il est impossible d'y rien choisir.
C'est au pauvre homme à compter son troupeau \
Envoyez vos yeux où vous voudrez , vous rencontrerez toujours quelque trait qui vous semblera triable* : si ce n'étoit que vous les voyez en une troupe, tout vous plairoit également.