‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 216 sur 359 · I . Premier qu'avec moi^ avant d'être avec moi · texte numérisé non relu

I . Premier qu'avec moi^ avant d'être avec moi

a. Prenez garde si, considérez si. En latin : Ohserva an.

ÉPlTRE XXXVI. 397

quitté sa bonne fortune , et préféré Tombre d'une vie paisible à la splendeur des charges honorables où il étoit capable de parvenir. Il ne se passera jour qu'il ne leur fasse parottre Tutilité de sa résolution. Ceux de qui la eondition est enviée, auront toujours quelques nouvelles atteintes. Les uns seront froissés, les autres donneront da nez à terre. La félicité n'est que tumulte : elle se donne des agitations et des tournoiements de tête de toutes sortes. Elle passionne les uns après la gi^andeur, et les bouffit d'imaginations ambitieuses. Elle amuse les antres aux délices, et les amollit et relâche entièrement. Vous me direz qu'il en est qui la portent bien : je vous Tavoue; aussi en est-il qui portent bien leur vin. Il ne &at donc pas qu'ils vous fassent croire qu'un homme soit heureux qui a sa basse-cour pleine de gens qui ont affaire i lui ; ce leur est une fontaine : ils l'épuisent et la trou* blent. Ils disent que ce n'est qu'un causeur et un fainéant. Vous savez bien qu'il est des personnes de qui il hul prendre les paroles à contre-poil.

II. Ils l'appellent heureux. Et quoi? l'étoit-il auparavant? Il y en a qui le trouvent trop sauvage et trop hagard': je ne fais non plus de cas de ceux-là que des autres. Ariston disoit qu'il aimoit mieux une froideur morne en un jeune homme, qu'une humeur plaisante qui le rendît agréable en compagnie. Un vin rude en sa nouveauté sera délicat en l'anîère-saison. Celui qui ne se garde point, a la couleur belle aussitôt qu'il sort de la cuve. Quand' ils l'appellent mélancolique, et ennemi de son avancement, qu'il les laisse dire, pourvu qu'il continue d'aimer la vertu, et de prendre comme il faut la teinture des bonnes lettres. Son austérité se trouvera de bon goût avec le

I. C*est le texte de i645 et de 1648. L'édition de 1689 porte par erreur et trop de hasard^ ce qui n*ofîre pas de sens. Il y a dans le latin : N'tmîs horridi anïmi et tetrici.

398 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.

temps : il est à cette heure en la vraie saison d'apprendre. Et quoi? n'en est-il point toujours saison? Si est; mais comme il est toujours bienséant d'étudier toute leçon, il n^est pas convenable à tout âge. Ce ne seroit guère d'honneur à un vieillard d'apprendre à lire : il faut acquérir quand on est jeune, pour jouir quand on est vieil.

III. Vous aurez beaucoup fait pour vous, s'il devient honnête homme par votre moyen. C'est de ces choses-là, qui sont aussi bonnes à donner qu'à prendre, que le commerce est louable entre les amis, et non pas des biens qui sont en la disposition de la fortune, pour les croître et diminuer conmie il lui plaît. Il ne s'en peut plus dédire, sa parole est donnée ; il y a moins de honte de faire banqueroute à un créancier qu'à son honneur. Pour payer une dette, le marchand a besoin d'une heureuse navigation, le laboureur de la fertilité de la teiTC et de la faveur du ciel; mais il ne lui* faut qu'une bonne volonté pour payer.

IV . La fortune n'a point de jurisdiction sur les mœurs ; qu'il avise à vous donner une règle si droite, et mette son esprit en telle assiette, que pour bon ou mauvais succès qu'il lui arrive, il ne se glorifie d'avoir gagné, ni se plaigne d'avoir perdu, mais que riche ou pauvre il soit toujours égal à soi-même, et ne se montre jamais, pour une condition ni pour l'autre, plus haut ni plus rabaissé. S'il étoit né entre les Parthes, il sauroit tirer de l'arc plus tôt qif\] ne sauroit parler. Si en Allemagne, il seroit encore au berceau, qu'il sauroit jeter le javelot. S'il eût été du temps de nos pères, il eût su piquer un cheval aussitôt que le monter, et manier une épée aussitôt que la tenir. Chacun se dispose à la discipline et aux exercices de sa nation. Au lieu de tout cela, je veux qu'il apprenne une

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