‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 217 sur 359 · I . Imî, à TOtrc ami · texte numérisé non relu

I . Imî, à TOtrc ami

ÉPtTRE XXXVI. 399

chose qui le rende impénétrable à toutes flèches, et inexpugnable à tous ennemis : c'est le mépris de la mort.

V. J'avoue bien qu'en cette imagination il y a quelque chose d'épouvantable, qui ne se peut représenter sans quelque trouble, parce que ce nous est chose naturelle de nous aimer. Mais aussi quel besoin auroit-il de persuasion ni d'accoutumance en une chose où l'inclination volontaire le porteroit? On n'apprend point à pouvoir en une nécessité coucher sur des roses : c'est pour la souffrance des choses dures qu'un homme se prépare, afin que parmi les tourments sa foi ne fléchisse point, et que s'il en est besoin, debout et blessé même, il passe la nuit en garde dans une tranchée, et ne s'ose pas seulement appuyer de ses armes, de peui* que le repos ne lui donnât occasion de s'endormir. Si la mort étoit inconunode, il faudroit qu'il y eût quelque chose qui en reçût l'incommodité.

VI. Si vous avez si grande envie de vivre, souvenezvous que rien de ce que vous voyez partir de devant vos yeux ne se consume. Tout retourne en ce même sein de la nature, pour en sortir la seconde fois comme il en est sorti la première : les choses cessent, elles ne périssent point. La mort même, qui nous est si formidable et que nous fuyons avec tant de soin, ne nous ôte point la vie, mais seulement lui donne quelque intermission. Un jour viendra que nous serons remis au monde : ce qu'assez de personnes refuseroient, si ce n'est qu'ils ne se souviendroient pas d'y avoir été. Mais je réserverai cette matière pour une autre fois : qui doit revenir, doit partir sans regret. Considérez le tournoiement de toutes choses en ce monde conune en un cercle ; il n'y en a point qui s'anéantissent. Elles ne sont faites que pour monter et descendre alternativement. L'été qui s'en va, reviendra en l'année qui vient. L'hiver est passé, décembre le ramènera. La nuit a fait perdre la présence du soleil : le jour lui fera

4oo LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.

bientôt quitter la place. Quelque chose qui passe, cette révolution perpétuelle d'étoiles nous Tétablit : une moitié du ciel hausse, Fautre baisse. Je finirai ma lettre, quand j'aurai dit encore un mot : c'est que les fols ni les en&nts ne craignent point la mort, et que c'est une vergogne, que la raison ne nous puisse donner cette assurance que la faute du jugement nous fait avoir.

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