‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 225 sur 359 · I . Integri spiritus, dit Sénèqae · texte numérisé non relu

I . Integri spiritus, dit Sénèqae

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esprit une raison qui n ait aucun dé&ut. L'homme est on animal raisonnable; son bien est donc parfiadt, quand il est parfaitement ce que nature a voulu qu'il soit. Bfais que lui demande cette raison ? La chose du monde la plus aisée : qu'il vive selon nature. Tout ce qu'il y a d'empêchement, c'est une folie universelle qui le fait nattre. Nous tombons l'un sur l'autre dans les vices; le peuple nous pousse ; personne ne nous retient : conune seroit-fl possible de nous garantir?

ÉPÎTRE XLU.

Argumeitt. — I. Les hommes de bien sont rares. — II. A faute de puissance, et non de volonté, on cesse bien souvent de mal faire. ••—III. Nous ne savons faire choix des choses qui nous sont utiles. — rV. La perte des choses fortuites n*est point fâcheuse.

I. Je vois bien que celui de qui vous m'écrivez vous a déjà fait croire qu'il est homme de bien. Ce n'est pas chose qui se puisse ni faire ni reconnoître en si peu de temps. Save2>>vous ce que j'appelle en cet endroit honune de bien? Celui qui l'est aucunement; car quant à l'autre qui l'est* en perfection, il en est peut-être comme du phénix : il s'en voit un en cinq cents ans ; il ne s'en faut point ébahir : la fortune en la génération des choses grandes veut des intervalles, et les recommande par la rareté. Pour les médiocres, et qui naissent parmi la pi*esse, elle les produit ordinairement. Mais pour retourner à votre homme, il est encore bien loin de son compte; et s'il

I. Ainsi dans Tédition de i6/|5 ; celles de 1689 et de 1648 portent (fu'it est.

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savoit que c^est d*un homme de bien, il ne le penseroit encore être, et possible perdroit Tespérance de pouvoir jamais le devenir. S'il se fonde en ce que les méchants ne loi plaisent point , il ne fait rien en cela que les méchants mêmes ne fassent; et la plus rigoureuse punition que souffre la méchanceté, c'est qu'elle se déplaît à soimême, et que ceux qui la font ne Tapprouvent pas. S'il aUègue qu'il veut mal à ceux qui subitement arrivés à quelque grande puissance, s'y comportent insolemment; que sais-jc si, quand il pourra ce qu'ils peuvent, il ne fera point ce qu'ils font?

IL La foiblesse en beaucoup de gens cache les vices, qui sitôt qu'ils penseront avoir assez de force, n'auront pas moins d'envie de paroître, que ceux à qui la bonne fortune a donné déjà courage de se découvrir. La méchanceté y est, mais les instruments lui manquent; il n'y a de quoi la montrer. U n'est point de serpents si venimeux qu'on ne puisse manier sûrement tandis qu'ils sont roides de froid : le venin y est bien toujours, mais il est endormi. Il est assez de cruautés, d'ambitions et de luxures, capables d'aller du pair avec les plus signalés exemples qui s'en soient jamais vus : tout ce qui leur défaut, c'est que la fortune leur résiste et leur ôte le moyen de se produire. Donnez-leur la puissance des autres, vous leur trouverez la même volonté. Vous souvient-il qu'un jour que vous me parliez d'un homme de parmi le monde, et me disiez qu'il étoit du tout à vous, je vous dis que c'étoit un esprit volage, et que lui pensant tenir le bras, vous ne lui teniez que la manche? Fus-je menteur? Il a laissé la manche par où vous le teniez' : il s'en est enfui. Vous savez quels traits il vous a

I. Il y a dans Sénèqae : Te non pedem ejus tenere, sed pennam? Mentit us sum : pluma tenebatur, etc.

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joués depuis, et combien il vous a préparé de pièges, sans savoir que lui-même y devoit tomber. Il ne voyoit pas qu'en la perte des autres il procuroit la sienne, et qu*encore que ce qu'il demandoit lui pût servir de quelque chose, c'étoit néanmoins un fardeau sous lequel il seroit à la fin contraint de succomber.

III. C'est pourquoi quand nous affectons quelque chose, et que la passion nous la fait poursuivre avec beaucoup de labeur, il faut considérer, ou qu'elle est do tout inutile, ou qu'elle ne vaut pas l'inconmiodité que nous prenons pour y parvenir. Il est des choses superflues, et d'autres qui bien qu'elles ne le soient pas, toutefois n'ont pas de mérite assez pour nous travailler. Mais nous ne pénétrons pas si avant, et nous faisons accroire qu'on nous donne des choses qu'on nous vend bien cher ; et en cela se connoît notre peu de sens, que nous ne pensons acheter que ce qui nous fait mettre la main à la bourse, et croyons qu'on nous donne ce de quoi nous sommes nous-mêmes le payement. Nous nous impliquons de toutes sortes de sollicitudes, nous nous soumettons à toutes risques, et sommes contents de perdre l'honneur, le temps et la liberté, pour acquérir des choses où nous ne voudrions pas seulement penser, s'il nous faUoit vendre ou quelque maison ou quelque héritage pour les avoir : tant il n'y a rien de quoi nous fassions si bon marché que de nous-mêmes ! Quand donc nous voudrons délibérer quelque chose, ou si nous sommes sur le point de l'exécuter, faisons comme quand nous entrons chez un marchand-: sachons de quel prix est ce que nous voulons avoir; ce qui ne nous coûte rien nous coûte quelquefois bien cher. Je vous pourrois nonmier assez de choses de qui l'acquisition nous a fait perdre la liberté : pource qu'elles sont à nous, nous ne sommes plus à nous. lY. C'est ce que nous avons à considérer, quand nous

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