‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 224 sur 359 · I. JEdituuSy dit Sénèque · texte numérisé non relu

I. JEdituuSy dit Sénèque

4ia LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.

laxation faite non de main d'honune, mais par la nature même', porte le faix d'une montagne, vous avez aussitôt Tàme frappée de quelque scrupule de religion. Nous tenons les commencements des grands fleuves pour vénérables, et donnons des autels à la saillie subite de quelque large rivière qui sort de dessous terre. Nous portons du respect aux fontaines des eaux chaudes. L'opacité sombre ou la profondeur immense de quelques étangs les a fait estimer sacrés. Si vous voyez un honnne inef&ayable aux dangers, impénétrable aux passions, heureux en adversité, calme en la tempête, plus haut que le reste des hommes et aussi haut que les Dieux , ne serez- vous pas touché de quelque ressentiment qui vous induise à le vénérer? Ne direz -vous pas : Il y a là quelque chose de trop grand et de trop haut pour en faire comparaison à si peu de chose que le corps? Sans doute quelque vertu divine y est descendue, et n'est pas* croyable qu'une âme si excellente, si mesurée, et qui avec un mépris si généreux estime toutes choses inférieures à son mérite, et si courageusement se moque de ces objets qui font naître des craintes et des désirs, puisse avoir son mouvement d'ailleurs, que de quelque puissance du ciel. Une chose de cette grandeur ne sauroit demeurer debout, si quelque Dieu ne la soutenoit. C'est pourquoi la part de lui la plus grande est au lieu d'où elle est descendue. Conmie les rayons du soleil nous touchent bien, mais ils ne laissent pas d'être au ciel, d'où ils sont envoyés sur la terre, tout de même une âme grande et sacrée, transmise au monde pour nous faire voir de plus près la divinité, converse bien avec nous; mais toujours par un de ses bouts

I. En latin : Specus,,,, non manu facUis^ sed naturalibtu cousit in tantam iojcitatem excavatiu.

a. Et n'est pas, c'est-à-dire : et il n'est pas.

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elle tient à son origine et ne s'en détache point. Elle y est suspendue, elle y tourne les yeux et s'y appuie. Ce qu'elle est parmi nous, c'est pour être notre guide, et comme plus judicieuse, assister à nos actions et nous apprendre à les gouverner.

II. Mais comme la connoîtrez-vous? quand vous la verrez ne se pai*er d'autre chose que du sien ; car est-il rien de si hors de propos que de louer un homme pour des choses qui ne sont pas à lui? N'est-ce pas n'avoir point de sens, que d'admirer ce qui d'un moment à l'autre peut changer de possesseur? La selle de velours et le mors doré ne font point la bonté d'un cheval. Voyez un lion que le commerce des honmies ait réduit à se laisser dorer le crin et recevoir les embellissements qu'il plaît à son gouverneur de lui donner; et en voyez un autre qui ferme, nerveux, et d'une haleine entière*, n'a pour ornement que cette hideur effroyable avec laquelle la nature l'a fait naître dans les déserts; je ne doute point que vous ne trouviez cettui-ci de meilleure grâce que l'autre, à qui par un long apprivoisement vous verrez souffrir des choses si éloignées de son impérieux et magnanime naturel. C'est une folie à un homme de se glorifier de ce qui n'est pointa lui. Le nombre des raisins, et la pesanteur des grappes qui font ployer les échalas, est la louange d'une vigne : quand elle est fertile, elle est belle. En un homme il faut louer ce qui est sien, et non autre chose. Il a de beaux enfants, une belle maison, beaucoup de terres labourables, et force argent en rente; tout cela est près de lui, je l'avoue; mais dans lui il n'y en a rien. Donnez-lui des louanges des choses qu'on ne lui peut ôter ni donner, et qui proprement appartiennent à l'homme. Demandez-vous que c'est? L'esprit, et en cet

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