I. En latin : Ltbrorum utic inopiam esse querer'u
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rimportance est qu'ils soient bons. Je sais bien que li diversité des lectures donne du plaisir; mais il y a plus de profit à n'en faire qu une. Le moyœ d'être bientôt où vous avez envie d'aller, c'est de n'alW que par un chemin, sans vous égarer d'un sentier à l'autre. Ce n'est pas marcher, c'est rôder. Vous me direz que vous me demandez des livres, et non pas du conseil. Je suis prêt de vous envoyer tout ce que j'en ai, et ne m'en laisser pas un. Je suis bien marri que moi-même je ne vous puis aller trouver, et vous jure que si ce n'étoit que j'espère que vous aurez bientôt fait votre commission % tout vieil et indisposé comme je suis, j'eusse encore entrepris ce voyage, et qiM ni Scylle, ni Charybde, ni tout ce que les fables nous content de la difficulté de ce trajet, ne m'en eussent retenu. S'il ne se fût point trouvé de vaisseau, jefiisse plutôt passé à nage, tant j'ai d'envie de vous embrasser, et de voir le progrès que vous avez fait. Au demeurant, pouroe que vous me demandez mes livres, je ne m'en estime point plus habile homme ; non plus que je m^estimerois beau fils', si vous m'aviez demandé mon portrait. Ce que vous en faites est pour me faire plaisir, plutôt que pour bonne opinion que vous en ayez ; et c'est l'amitié que vous me portez qui vous abuse. Tels qu'ils sont, lisez-les, comme d'un homme à qui la vérité plaît, et qui ne la sachant point encore, contre toutes les difficultés qui s'y treuvent demeui*e opiniâtre à la chercher; carde moi, je n'ai point de maître : je ne porte le nom de personne. J'honore beaucoup le jugement des honnêtes honunes, mais je ne méprise pas le mien. Ils ont cherché conmie nous sans rien trouver : ce que possible ils eussent fait, s'ils n'eussent désiré que les choses nécessaires, et ne se fussent
I . C'est-à-dire que vous sortirez bientôt de charge et rerieDdrex io* a . Formosum piUarem, dit le latin.
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point amusés aux superflues. La subtilité des paroles et les disputes captieuses leur ont fait perdre beaucoup de temps. Nous faisons des nœuds, sans autre fin que pour les délier, tant nous avons de loisir : nous savons déjà vivre, nous savons déjà mourir. Quand il est question de nous garder d'être trompés aux choses, et non point aux paroles, c'est une besogne où noti'e esprit a besoin de toute sa force : il ne faut point qu'il oublie rien à la maison. A quoi peut servir cette distinction de similitudes de paroles, où personne hors de la dispute ne se peut tromper?
II . Ce sont les choses qui nous abusent : ce sont donc les choses qu'il faut discerner. Nous prenons les mauvaises pour les bonnes. Quand nous avons fait un souhait, nous en faisons un contraire ; nos vœux sont combattus par nos vœux, et nos conseils se font la guerre l'un à Fautre. En combien de choses se conforme la flatterie à l'amitié? Il ne lui suffit pas de l'imiter; elle fait davantage et passe encore plus avant. Les oreilles s'ouvrent quand elle parle, et avec une réception favorable la font descendre jusques au cœur. Ce qui en est le plus dangereux, c^est ce qu'on y trouve le plus doux. Apprene^moi à connottre cette simihtude. Un ennemi se présente à moi sous un visage d'ami. Le vice me veut surprendre; de peur que je ne le reconnoisse, il emprunte le nom de la vertu : la témérité se fait appeler valeur, la fainéantise discrétion, et la timidité bon jugement. C'est en cela qu'il y a du danger d'être trompé : donnez-moi de certaines marques pour les connottre. Un homme à qui on demande s'il a des cornes n'est pas si malavisé que de se porter la main au front, pour savoir ce qui en est, ni si grossier, qu'il ne sache bien qu'il n'en a point. Vous avez beau prêcher, s'il vous en dit* : ce sont tromperies, qui
I. s'il votu en d'u^ c'est-à-dire, « si le cœuryoos en dit, si tous êtes
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non plus que celles des joueurs de gobelets, ne sont point dangereuses. Au contraire, quand on y est bien trompé, c'est quand on y prend bien du plaisir. Nous demandons qu'on nous trompe encore une fois : refaites, que j'entende conmie cela se fait : il ne m'en souvient plus. J'en dis de même de ces captions ^ ; car conune voulez-vous que je les appelle autrement ? il y a aussi peu de bien à les savoir, que de mal à ne les savoir point.
III. Si vous avez envie d'éclaircir des ambiguïtés, apprenez-nous que celui que le commun appelle heureux, ne l'est point; que celui qui a ses coffres pleins d'argent, n'est point riche; mais celui qui porte son bien en l'âme, qui haut et brave, foule aux pieds ce qui est merveille aux autres, qui ne voit personne avec qui il voulût changer de condition, qui n'estime l'homme que par cette seule partie qui le fait homme, qui sait le chemin que la nature lui montre, et se conforme à ce qu'elle ordonne; à qui nulle violence ne peut rien ôter, qui convertit le mal en bien; judicieux aux doutes, et ferme aux secousses; inétonnable' aux frayeurs, impénétrable aux mouvements; à qui la fortune, quand de toute sa force elle lui a tiré la plus dangereuse de toutes ses flèches, ne fait point de plaie, mais seulement quelque légère égratignure, bien à peine, et bien rarement; car pour les traits communs desquels elle débelle* ordinairement le reste des hommes, ils bondissent sur lui conmie la grêle, qui fait bien quelque bruit sur les tuiles de nos maisons, mais se résout
d*huineur à cela. » Ce membre de phrase a été retranché dans l'édidon de 1659, où on lit : a Vous avez beau le lui persuader: ce sont, etc. •
1. Caption, sophisme. Sénèque nous dit lui-même qu*il traduit iophisma par captio,
a. Inétonnable à,,., « qui ne peut être étonné par.... » étonme\ avec la force de sens du latin atton'itut (stupéfait, épouvanté) .