DébelUr (de&ellare), dompter
ÉPlTRE XLV. 4a5
tout aussitôt, sans faire mal à ceux qui sont dessous. A quelle fin m'amusez-vous à cette façon d'argumenter, que vous-même appelez mensongère, de laquelle on a tant écrit de livres? Si vous avez de la subtilité, ce n'est que mensonge que toute ma vie. Faites parottre votre bel eq>rit à me convaincre, et me réduisez à la vérité.
IV. J'estime une infinité de choses nécessaires, desquelles une grande partie est superflue, et celles qui ne le sont point ne peuvent rien contribuer à ma félicité. Ce sont là nos difficultés qu'il faut combattre, et les obscurités qu'il faut éclaircir; car il ne s'ensuit pas que tout aussitôt une chose soit bonne pource qu'elle est nécessaire. Si nous donnons le nom de bien à du pain, à de la bouillie et à tout plein d'autres choses dont nous ne nous pouvons passer, nous ne lui faisons pas beaucoup d'honneur: ce qui est bien est toujours nécessaire; ce qui est nécessaire n'est pas toujours bien; car il se trouve assez de choses qui ne sont d'aucun mérite, et qui cependant ne laissent pas d'être très-nécessaires.
y. 11 n'y a personne, à mon avis, si mal informé de rimportance du nom de bien, qu'il le veuille rabaisser à des choses qui n'ont autre commodité que de nous aider à passer une journée. Et quoi donc ? au lieu de ces distinctions de néant qui vous arrêtent, ne seroit-ce pas une plus digne et plus fi*uctueuse occupation pour votre esprit, de faire entendre au monde que la meilleure partie du temps se perd à la recherche des choses superflues, et que la vie bien souvent se trouve passée, tandis qu'on fait des provisions pour la passer ? Regardez tout ce qu'il y a d'hommes au monde, et les considérez un pour un S ou tous à la fois, vous n'en trouverez pas un qui ne re-
I. Un pour un^ un à un, ou c un [>ar nn, > comme on lit dam Tédition de lôSg.
4a6 LES ÉPlTRES DE SKNÈQUE.
mette sa vie au lendemain. Demandez-vous de quoi cela nuit? De plus qu'il ne se peut dire; car ils ne vivent pas, mais ils vivront; ils diffèrent toutes choses d'un jour à Vautre. Quand nous ne ferions autre chose qu'y penser, la vie nous devanceroit toujours; mais à cette heure étant lents et paresseux conmie nous sommes, elle passe au delà de nous, connue étrangère, et n'y a jour qu'elle ne se perde, bien qu'elle ne finisse qu'au dernier. Mais de peor de faire un livre plutôt qu'une lettre, et vous remplir les mains de papier, je me i*éserverai pour une autre fois ^ à disputer contre ces pointilleux si déliés, qui oublient de faire, tant ils sont empêchés à parler.