‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 258 sur 359 · I. Cest-à-dire : mais bien · texte numérisé non relu

I. Cest-à-dire : mais bien

a. Propria Platoms supeUex est^ dit Sénèque.

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d'hommes, de poissons et d'arbres, un nombre infini, sur lesquels elle prend tout ce qu'elle veut produire. La quatrième sorte de choses, c'est ce qu'il appelle la figure. Je vous dirai que c'est ; mais soyez attentif, et si vous treuvez la chose difficile, ne vous en prenez pas à moi, mais à Platon : il n'y a point de subtilité qui ne donne de la peine. Je me suis tantôt servi de la similitude du peintre. Voulant pourtraire Virgile, il le i*egardoit. Le visage de Virgile étoit l'idée et le patron de la besogne qu'il alloit faire. Ce que le peinti^e tire de cette idée pour l'employer en son ouvrage, c'est la figure. Demandezvous quelle différence il y a? L'un est le patron, et l'autre la chose tirée sur le patron, et mise en la besogne. Le peintre en imite l'une, et fait l'autre. La face d'une statue, c'est la figure. La face du patron sur lequel le sculpteur a fait la statue, c'est l'idée. En voulez-vous une autre distinction? La figure est en l'ouvrage* et l'idée hors de l'ouvrage, et non-seulement hors de l'ouvrage, mais aussi devant l'ouvrage. La cinquième sorte est des choses qui sont communément. Celles-ci commencent de nous appartenir, comme les hommes, les bétes, et toutes choses. La sixième est de celles qui sont presque, mais non du tout, comme le vide, et le temps.

II. Quant aux choses que nous voyons et que nous touchons, Platon ne les met pas au nombre de ce qui est proprement; car elles ont un flux perpétuel, et ne font que croîti*e et diminuer. Personne n'est en vieillesse celui même qu'il étoit en jeunesse, ni au soir celui qu'il étoit au matin. Nos coips sont emportés conune l'eau d'une rivière : tout court avec le temps. Il n'y a rien de permanent en ce que nous voyons ; et tandis que je sais

I .• On lit ici dans tontes les éditions : c La figure en est Touyrage, » ce qui n*a pas de sens. Sénèque dit : /dos (c?do^ in opère est.

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que tout change, je suis changé moi-même. Cest ce que dit HéracHte : que jamais nous n'entrons deux fois en une même rivière. Elle a bien toujours le même nom, mais ce n'est plus Feau qui y étoit. On ne s'aperçoit pas si bien de ce changement en un homme qu'en une rivière ; mais pourtant nous ne laissons pas de couler aussi vite, et pour ce je m'étonne de notre folie, de faire tant de cas d'une chose si (iigitive comme le corps, et craindre de mourir un jour, vu que tous les moments de notre vie sont autant de morts de l'état où nous étions auparavant. Avez-vous peur que ce qui se fait tous les joura se fasse une fois? Je vous ai parlé de l'homme, qui est une matière fluide, caduque et sujette à toute sorte d'inconvénients; mais parlons du monde. C'est une chose éternelle, et inexpugnable à tout accident; et cependant il est sujet à mutation, et ne demeure pas en un état; car encore qu'il continue d'avoir toutes les choses qu'il a eues, il les a d'autre façon qu'il ne les avoit; ou bien elles vont d'un autre ordre. Me demandez-vous de quoi vous servira cette subtilité? De rien; mais comme un graveur, qui a les yeux lassés de les avoir longuement tenus sur sa besogne, les jette sur quelque autre chose pour les soulager, ainsi devons-nous quelquefois nous relâcher l'esprit, et le réjouir par quelque divertissement. Toutefois en ce divertissement même, il ne faut pas être du tout oisif. Vous y trouverez de quoi faire votre profit, pourvu que vous y preniez garde. C'est chose que je pratique ordinairement, et ne lis rien de si éloigné de la philosophie, d'où je ne tâche de tirer quelque chose et le convertir à mon utihté. Que prendi*ai-je en ces discours que je viens de faire, qui ne touchent en façon du monde à la réformation des mœurs? Quelle correction de mes vices trouverai-je dans les idées de Platon? Quelle discipline à mes passions? Si je n'y trouve

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mieux , au moins y aurai-je appris que tous ces objets de nos sentiments, qui nous allument et nous irritent, n'ont point une essence véritable, mais sont fimtômes, qui n'ont pris un visage que pour un temps. Il n'y a rien de stable ni de solide ; et cependant nous ne laissons pas de les désirer conmie perpétuelles, et conune les devant posséder perpétuellement.

m. Nous avons une foiblesse qui nous fait arrêter à chaque pas : c'est à la considération de l'éternité qu'il faut envoyer nos âmes. Ce sont ces formes universelles, élevées au-^lessus de nous, qu'il leur faut faire admirer, et Dieu au milieu d'elles, donnant ordre à faire vivre les choses, que pour le vice de la matière il n'a pu faire immortelles, et remédiant par sa prévoyance aux imperfections de ce qu'il a créé. L'ouvrage du monde ne se maintient pas pour être éternel^ (car il ne l'est pas), mais pour la résistance que le soin de son conducteur fait à sa corruption. Les choses inmiortelles subsistent, même sans qu'on les défende : les mortelles sont en la protection de celui qui les a faites, qui par sa vertu leur donne ce que la fragilité de leur matière leur a dénié.

lY. Ne faisons point de cas des choses qui sont de si peu de prix, que même on révoque en doute si elles sont, et accompagnons cette considération d'une autre : c'est que si Dieu par sa providence fait vivre le monde, qui n'est non plus immortel que l'homme, et le soutient parmi tant de choses qui l'ébranlent, nous avons de notre côté quelque moyen de donner du répit à notre vie, si nous nous rendons maîtres de nos voluptés, et les bannissons de notre commerce, comme cause principale des incommodités ordinaires que nous souffrons en notre santé. Platon n'a vécu longtemps que par le soin qu'il eut de

f . Pour être, c'est-à-dire parce qu*il est.

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