‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 271 sur 359 · ÉPÎTRE LXV · texte numérisé non relu

ÉPÎTRE LXV

Ahguvkmt. — I. Combien il y a de principes des choses, saitaiit ropinion de Platon , d'Aristote et des Stoîcpies. — -> II. Comment et pourquoi Dieu a créé le monde. — HI. Que la mWtatioD dsi premiers principes nous porte k la ocmnoissance de Dieu et tu désir d*dtre réunis à lui, — IV. Nom deront plBt6t penser an bien de l'âme qa*à celui du corps.

Hier au matin j*étois un .peu mal fait * : toutefois après midi cela s' étant passé, je me mis à lire; et par cet essai me trouvant assez en état de travailler, je voulus passer plus outre. J'avois en main un sujet assez difficile et de quoi j'étois résolu de venir à bout. Je conamencaî d^en écrire quelque chose et de m'y bander plus que je ne fais ordinairement Là -dessus il me survint quelques amis qui m'ôtérent de dessus la besogne, et me tancèrent comme un malade qui ne se garde pas, et qui ne fait point de cas de sa santé. Les discours furent mis en la place de Técriture ; et sur ce que nous ne pûmes pas demeurer d'accord de tout ce qui fut mis en avant, vous fûtes nommé pour arbitre; tellement que c'est à cette heure à vous de nous appointer*. Vous avez plus de besogne que vous ne pensez : il y a trois parties.

I . Mal fait, mal portant. Hesternum diem dtpisi cum mmla pmUtudme, dit le latin.

a. Cest-à-dire : de nous mettre d*accord.

ÉPlTRE LXV. 5o3

I. Nos Stoïques, oomme vous savez, font deux prin* cipes de toutes choses, la cause et la matière. La matière demeure oisive et ne fait qu'attendre qu on la mette en œuvre; mais au reste elle ne bougera, si personne ne la bouge. Or la cause, c'est-à-dire la raison, donne forme à la matière et la tourne comme bon lui semble : d*où vient toute cette diversité d'ouvrages que nous voyons. Il &ut donc qu'en une chose il y ait ce de quoi elle est fidte, et ce qui la fait : l'un, la cause, et l'autre, la matière. Toute science est une imitation de la nature, et pour oe rapportons ce que j'ai dit de l'ouvrage de l'univers à ce qui est de l'opération particulière de l'homme. En une statue il a fallu qu'il y ait eu de la matière qui reçût l'artifice*, et un artisan qui donnât un visage à la matière. En la statue donc' le bronze a été là matière, la cause, l'ouvrier. Toutes autres choses en sont de même. Elles sont composées de ce qui est fait et de ce qui fait. Les Stoïques ne reconnoissent point d'autre cause que ce qui fait. Aristote en met de trois sortes : la première, la matière, sans laquelle rien ne se fait ; la seconde, l'ouvrier; et la troisième, la forme, qui est donnée aux ouvrages, comme à une statue, et l'appelle el$oç. Il y ajoute encore une quatrième, qui est l'intention de l'ouvrage. Je m'en vais vous dire ce que c'est. Le bronze est la première cause de la statue ; car pour la faire, il étoit nécessaire d^avoir ce de quoi elle devoit être faite. La seconde cause, c'est l'ouvrier; car ce bronze n'eût jamais été statue, sans la dextérité de quelque main capable de le

Page 1