I. L'art'ifiee^ c'est-À-dire la mise en œuvre
a. C'est éTidemment là le texte de Malherbe. Sénèqoe dit : Ergo in statua materia ms fuit. Toutes les éditions que nous avons sous les yeux ont substitué par erreur dont k donc^ et rattaché cette phrase k la précédente, dont elles ne la séparent que par une virgule : c Et un artisan qui doiinât un visage à la matière, en la statue dont le bronze, ele. i
5o4 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
façonner. La troisième cause, c est la forme; car on ne diroit point une statue à lance, une statue à diadème, si Tune n'a voit une lance, et l'autre un diadème. La quatrième cause, c'est le dessein de l'ouvrier, sans lequel il n'auroit point travaillé. Qu'appelez-vous le dessein? Ce qui a convié l'ouvrier et l'a mis en besogne , comme l'argent, s'il l'a faite pour la vendre, la gloire, s'il a cherché d'avoir de la réputation, ou la dévotion, si son buta été d'en faire une offrande à quelque temple ; et pour œ, ce qui a été occasion de la faire se peut appeler cause. Ne pensez-vous point qu'entre les causes de l'ouvrage, il faille compter une chose sans laquelle l'ouvrage n'auroit point été fait? A ces quatre causes Platon en ajoute uae cinquième, qu'il appelle idée. C'est le patron sur qui* l'ouvrier jette la vue, pour faire ce qu'il s'est proposé, ft* il n'importe pas que le patron soit un objet extérieur que l'ouvrier tienne devant ses yeux, ou une conception intérieure qu'il se figure en l'esprit. Ces exemplaires de toutes choses, les nombres de tous les ouvrages qui sont faits, et leurs mesures, sont compris en l'intelligence de Dieu. Il est tout plein de ces figures, que Platon appdk idées immortelles, immuables, infatigables. C'est pourquoi l'homme est périssable ; mais l'humanité sur laquelle est prise la forme de l'homme est permanente ; et quoi qui advienne à l'homme, elle ne reçoit point d'altération. Il y a donc cinq causes, selon Platon : de quoi, par quoi , comme quoi , suivant quoi , et pourquoi ; et enfin ce qui procède de toutes ces causes par leur asseroblement : comme en la statue, puisque nous avons pris cet exemple, le de quoi, c'est le bronze; le par quoi, c'est l'ouvrier; le comme quoi, c'est la forme qui lui est
I. Dans l'édition de 1667 : c sur quoi, » comme à la fin du chapitre.
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appropriée ; le suivant quoi, cVst le patron sur quoi Tourner a travaillé ; le pourquoi, c'est l'intention de l'ouvrier ; ce qui en procède, c'est la statue.
II. Tout cela, conune dit Platon, se trouve en l'édifice du monde : Dieu est l'ouvrier ; ce de quoi il est fait, est la matière, la forme, l'agencement et l'ordre que nous y voyons ; le patron, cette imagination sur laquelle Dieu a conçu la merveille de son ouvrage; l'intention, ce pour quoi il Ta fait. Vous me demanderez quelle peut avoir été son intention? Sa bonté; pour le moins Platon le dit ainsi. Quelle cause a eu* Dieu de faire le monde? 11 est bon, il a voulu faire des choses qui fussent bonnes. Celui qui est bon ne porte envie à rien qui soit bon. Voilà pourquoi il l'a fait le meilleur qu'il lui a été possible. Donnez donc à cette heure votre jugement et déclarez laquelle de ces opinions vous trouvez la plus vraisemblable : je ne dis pas la plus vraie, parce que le vrai est autant par-dessus nous que la vérité même. Cette multitude de causes, mises par Platon et par Aristote, comprend ou trop, ou trop peu. Que s'ils mettent au nombre des causes toutes choses généralement sans lesquelles l'ouvrage ne peut être fait, ils en ont nommé trop peu ; car il faut qu'ils y mettent le temps, puisque sans temps rien ne peut être fait. Il faut aussi qu'ils y mettent le lieu, parce qu'on ne peut faire une chose qu'il n'y ait un lieu pour la faire. Et faut enfin qu'ils y mettent le mouvement, parce que sans mouvement il ne se fait rien, sans mouvement rien ne se corrompt. Il y a des mouvements en tous arts; et n'est possible qu'il se fasse mutation quelconque, qu'il ne se fasse du mouvement. Mais l'importance est de savoir qui est la cause première et générale. Il faut qu'elle soit simple; car la matière l'est : vou-