I. Bêchée j becquée
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rien ne peut être plus propre que ce qui est propre, ni plus plein que ce qui est plein. Vous ne pouvez pas dire, de deux choses qui sont égales à une troisième, que Tune lui soit plus égale que T autre. Aussi ne pouvex-vous dire qu'il y ait rien^ plus honnête que ce qui est honnête. Que si toutes vertus ont pareille nature, il en faut autant croire des trois sortes de biens ; et de là je conclus que la modération est aussi louable à se fâcher qu*à se réjouir.
VI. Cette joie n'a point d'avantage sur une constance qui ne s'ébranle point aux tortures et qui, sous les coups que les bourreaux lui donnent, sait dévorer les gémissements. Ces premiers biens sont désirables, et les seconds merveilleux ; et néanmoins ils ne laissent pas d'être égaux, pource que tout ce qu'il y a d'incommode demeure couvert sous un plus grand bien . Quiconque les juge inégaux, il regarde les choses extérieures et non pas la vertu. Les vrais biens sont de même port et ont même étendue les uns que les autres. Les faux ont plus de vide que de plein. La montre en est belle ; mais comme vous les venez à peser, vous trouvez que ce n'est pas ce qu'il sembloit. II est conune je le vous dis, Lucilius : tout ce qui a passe-port de la raison est solide, ne périt jamais, fortifie l'esprit et le relève en une hauteur d'où jamais il ne descend. Les choses que le vulgaire loue et qu'il appelle bonnes, enflent ceux qui se paissent de vanités. Celles qu'il estime mauvaises donnent aux âmes cette même frayeur qu'aux bêtes ombrageuses les lieux qui leur font imaginer quelque péril. Mais comme il n'y a point de sujet de se réjouir aux uns, il n'y en a point de craindre aux autres. La raison seule, pource qu'elle ne s'assujettit point aux sens, mais leur commande, est immuable, et ne se révoque jamais,
I. On lit dans les diverses éditions : « quUl n^ ait rien. » Lew est de trop ; ergo, dit Sénèque, nec honesto honestius quidquam têt.
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quand une fois elle a fait un jugement. La raison est égale à la raison, comme une chose droite à Tautre ; et par conséquent la vertu , qui n'est autre chose qu'une droite raison, est égale à la vertu. Toutes les vertus sont raisons. Sont-elles raisons, elles sont donc droites; si elles sont droites, elles sont égales; car étant semblables à la raison, elles sont semblables entre elles. Or je dis que les actions sont semblables entre elles en tant que T honneur et la justice les accompagnent ; autrement il y a de la différence, selon que la matière est plus large ou plus étroite, précieuse ou vile, et générale ou particulière. Quoi quHl en soit, ce qu'elles ont de meilleur est toujours égal : comme les gens de bien sont tous égaux en ce qu'ils sont gens de bien ; mais quelquefois l'âge les fait différer : l'un est vieil et l'autre jeune ; quelquefois la forme du corps : l'un est beau, l'autre laid; et quelquefois la fortune : l'un est riche, l'autre pauvre; l'un, plein de crédit et d'honneur, a du renom par tout le monde, et l'autre, bas et contemptible, bien à peine est connu de ses voisins ; mais en ce qu'ils sont gens de bien, ils sont égaux. Le sens n'est pas juge de ce qui est bon ou mauvais. Il ne sait ce qui est utile ou inutile. S'il ne voit ou s'il ne touche l'objet, il n'en sauroit que dire. Il ne peut ni prévoir les choses futures ni se ramentevoir les passées ; et partant il n'en peut savoir les conséquences : or c'est de cela que s'enfile l'ordre et l'entresuite des choses, et cette uniformité de vie qui s'achemine à la perfection.
VII. C'est donc à la raison de décider ce qui proprement se doit appeler bien ou mal. Elle ne fait point de cas d'une chose mendiée d'ailleurs, et qui ne naît point en l'homme : ce qui n'est ni bon ni mauvais lui semble de peu d'importance ; tout ce qu'elle estime bien est en l'esprit. Au reste il y a des biens qu'elle met au premier rang, comme la victoire, des enfants qui soient gens de
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bien , le salut du pays; et à ceux-là elle s^achemine de propos délibéré. D'autres seconds, qui ne se montrent qu'aux mauvaises fortunes, comme la patience aux incommodités d'une grande maladie ou en l'affliction d'un bannissement ; et d'autres encore, qui sont autant selon que contre nature, comme de marcher discrètement, avoir bonne grâce en une chaire S car le seoir est aussi naturel que l'être debout ou le marcher. Entre ces deux précédents, il y a de la différence ; car les premiers sont selon nature , comme se réjouir d'avoir des en&nts qui soient gens de bien, et de voir les affaires publiques en bon état. Les seconds contre nature, comme être dans les tourments et ne gémir point, avoir une fièvre chaude et se passer de boire. Et quoi donc? est-il possible qu'il y ait quelque bien qui soit contre nature? Non; mais quelquefois le sujet où il est est contre nature. Mais contre tous ces maux avoir une ftme inexpugnable, c'est chose qui est selon nature. Et pour le faire plus court, la nniatière da bien est quelquefois contre nature ; mais le bien jamais, pource qu'il n'y a point de bien sans raison : or la raison se range à la nature. Qu'est-ce donc que raison ? Imitation de nature. Qu'est-ce que le souverain bien de l'homme? S'acconmioder à ce que nature veut. Vous direz sans doute qu'une paix qui ne vit jamais d'épée hors du fourreau est bien plus heureuse qu'une qui a coûté beaucoup de sang; et une santé qui ne fut jamais ébranlée, plus douce qu'une que, par l'observation d'une diète rigoureuse et par la continuation de prendre des médecines, on a finalement recouverte', après avoir été longtemps hors d'espérance de guérir ; et que par même moyen il ne faut point douter qu'une pure joie ne soit meilleure qu'une