I. Chaire, chaise
a. Voyez ci-dessus, p. 176, note i. Dans Tédition de i645, ont substitué recouvrée à recouverte.
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résolution opiniâtre à souffrir les fers et les feux. Vous vous abusez : les choses fortuites ont bien de la différence ; car on les estime plus ou moins, selon qu'elles apportent plus ou moins d'utilité. Tous biens ont un même but, qui est de consentir à nature. Ce consentement est aussi grand aux uns qu'aux autres. Quand en une assemblée nous suivons tous l'opinion de quelqu'un qui a parlé le premier, on ne peut pas dire : « Gettui-ci s'y accorde plus cjoe cettui-Ià. » Tous d'une voix se rangent à la même (^inion. J'en dis de même des vertus : elles s'accordent toutes à nature. J'en dis de même des biens : ils s'accordent tous à nature. L'un est mort jeune, l'autre vieil et l'autre au berceau. Tous ces trois n'étoient ni plus ni moins mortels l'un que l'autre, encore que la mort ait laissé faire plus de chemin à l'un , qu'elle ait tranché Tautre en sa fleur, et fait sortir l'autre du monde aussitôt qu'il y (ut entré. Un autre est mort en mangeant, un autre en dormant, un autre en passant son temps avec une femme. Opposez-leur à cette heure ceux que l'épée a tués, que la morsure d'un serpent a fait mourir, qui ont été brisés sous quelque ruine, ou qui, par une longue contraction de nerfs, avec des douleurs extrêmes, ont perdu l'usage du corps un membre après l'autre : on peut dire qu'entre ces sortes de mort il y en a de pires et de meilleures , mais c'est toujours une mort. Les chemins par où elle vient sont divers, mais ils se viennent tous rendre en un carrefour. D n'y a point de mort plus grande ni plus petite ; car en tous hommes généralement, elle se limite en la fin de la vie. Je vous en dis de même des biens ! l'un est parmi du sucre, l'autre parmi de l'absinthe; l'un a conduit l'indulgence de la fortune, l'autre a dompté sa violence. Quoique la matière où ils travaillent soit différente et que l'un marche à son aise en une campagne rase, Tautre avec peine grimpe contre un rocher, ils sont aussi bons l'un que l'autre et
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tous ont une même fin. Ils sont bons, ils sont louables et ne marchent qu'avec la raison et la vertu. La vertu ne veut rien avoir d'inégal entre les choses qu'elle avoue à soi ; et ne prenez pas ce que je vous dis pour une doctrine de Stoîques seulement. Epicure même fait deux sortes de biens, desquels il compose cette souveraine et parfaite ftiicité : qu'il n'y ait ni douleur au corps, ni trouble en l'esprit. VIIL Quand ces biens-là sont pleins, il n'y a moyen d'y rien ajouter; car comme mettrez- vous quelque chose en un vaisseau plein? Le corps n'a point de douleur : que se peut-il ajouter à cette indolence*? L'esprit n'a point de trouble : que se peut-il ajouter à cette tranquillité? Gomme le ciel éclairé d'un beau soleil et de tous cotés purgé de nuées n'est point susceptible de plus grande lumière, ainsi l'homme qui a soin du corps et de l'esprit, et qui bâtit sa félicité du repos de l'un et de l'autre, quand il a le corps sans douleur et l'esprit sans trouble, se peat dire au comble de ses désirs et en un état qui ne sauroit être meilleur. S'il y survient quelques délices extérieures, elles ne font point pour cela croître son bien , parce qn'il étoit déjà parfait : mais elles le confisent, par manière de dire, et lui donnent de l'entretien *. Quand un homme a la paix du corps et de l'esprit, il n'est pas possible que sa félicité puisse aller plus avant. Nous ne sommes pas les seuls qui parlons des biens de cette façon ; Epicure en fait une division pareille à la nôtre. Il dit qu'il est de certaines choses qu'il estime désirables, comme un repos de corps avec exemption de toutes incommodités, et un relâchement d'esprit, qui prend plaisir en la considération de son propre bien. Après ces premiers, il en met d'autres
I. Indolence est pris ici dans le sens du latin inJoUntia, c abience de douleur, b Les éditions de 1689, i645, 1648 portent ituoieiicit erreur corrigée dans les éditions de 1659 et 1667.
a. Sed^ ut ita dicam, eondiunt, dit Sénèque, et oblectant.
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qu'il confesse avoir du mérite. Mais il aimeroit mieux n'en avoir que faire. En ce rang il met la patience en quelque fâcheuse maladie, et la constance aux extrémités d'une douleur. Il étoit sujet à la pierre et à la colique, et en étoit si tourmenté, qu'il est impossible de l'être davantage. Et néanmoins, il dit que le jour même qu'il avoit quelque accès de Tune de ces maladies ne se passoit pas sans contentement. Or il n'y a point de contentement hors la jouissance du souverain bien. Il s'ensuit donc que ces choses que vous aimerez mieux n'éprouver point, et que toutefois quand l'occasion s'offre de s'en servir, vous avouez être chérissables , louables et dignes d'aller du pair avec les plus grands biens, sont estimées biens par Épicure. Aussi ne peut- on nier que les biens qui ont fait la clôture d'une vie bien heureuse, qu'Epicure même en mourant a remerciés, ne puissent faire comparaison avec les biens qu'on met au premier degré. Tout ce que je vous ai dit, Lucilius, n'est encore rien : il faut que vous me donniez congé de passer plus avant. S'il étoit possible qu'il y eût des biens plus grands les uns que les autres, je prendrois ceux qui vous sembleroient désagréables, et laisserois les doux et les délicats. Les prospérités sont plus aisées à conduire que les adversités à passer. Je sais bien que le même jugement qui nous rend modérés en la bonne fortune, nous garde en la mauvaise de perdre le cœur, et qu'un soldat qui sans peur aura été en garde hors de la tranchée en une nuit que l'ennemi n'aura point donné d'alarme, peut bien être aussi brave que celui qui, après avoir eu les jarrets coupés, aura combattu sur les genoux et ne se sera jamais voulu rendre. Mais quoi que ce soit, ceux qu'on voit revenir sanglants, ou d'im assaut ou d'une charge, ont des acclamations de louange et des bénédictions du peuple plus particulières et plus affectionnées que ceux qui, bien qu'ils aient aussi
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bien fait, toutefois ne rapportent point de nniarques d'y avoir été. G*est pourquoi, sans mentir, je ferois plus de cas de ces biens à qui la fortune a donné de Texercice, qui ont vu les tempêtes, et y ont fait preuve de leur suffisance, que de ceux qu'une bonace continuelle a laissé languir* en oisiveté. A quelle main entière du plus vaillant homme du monde ne préférerois-je celle de Mucins, toute tronçonnée et rôtie comme elle fut? Du même courage qu'il a voit méprisé les ennemis, il voulut mépriser les flammes, et ne se lassa de regarder fondre sa main dans le feu, que Porsenna, par envie d'un si bel acte, lui fit ôter en dépit qu'il en eût; et pour faire cesser sa gloire, fit cesser le plaisir qu'il prenoit en sa punition. Qui me gardera que je ne mette ce bien entre les premiers, et que je ne l'estime d'autant par-dessus ces biens paisibles et qui n'ont jamais senti secousse aucune deb fortune, que c'est chose plus nouvelle de vaincre avec une main perdue, qu'avec une main armée? — Et quoi donc, me desirerai-je ce bien? — Pourquoi non? Comme aurois-je le courage de faire une chose, si je n^avois k courage de la désirer; sinon que je pensasse être mieox à mon aise de bailler mes jambes à frotter à quelque ba^ dache déjà vieil, ou me faire chatouiller les doigts par je ne sais quelle femme, ou par quelque homme qui ne vandroit guère mieux? Pourquoi n'estimerai-je Mucius bien plus heureux, qui tendit sa main au feu, comme s'il l'eût présentée à quelque opérateur pour la manier ? U raccontra' tout ce qu'il avoit gâté; sans armes, et tout estropié qu'il étoit, il mit fin à la guerre, et avec un morceau de main emporta la victoire de deux rois.
I . Dans les diverses éditions : c a laissé languir, » sans accord du participe.
i. In integrum rettïtuit, dit le latin.
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