c S« mêlent de toutes républiques. » (jtdUiom de i
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petit coin, pour entrer en un palais; et porté dans le ciel, reoonnott combien il étoit bas quand il montoit en ces chaires éminentes, que les grands du monde ont élevées pour Tostentation de leur vanité*. Retenez bien ce que je vous vais dii*e. Le sage n'est point sans affaires, puisijue le ciel et la terre sont devant lui. Je reviens à cette heure à ce que j'avois commencé de \ous conseiller : que . Il retraite que vous voulez faire soit secrète. Ne publiez point que c'est pour philosopher; trou\ez-lui quelqu 'autre prétexte : dites que vous vous trouvez mal, et que \ou8 vous aifoiblissez, ou que vous êtes lassé de travailler.
I. C'est une lâche ambition que de chercher de la gloire à se reposer. U est des bctes qui, de peur qu'on ne les trouve, brouillent leurs voies à l'cntour de leurs gîtes. 11 vous en faut faire de même : autrement vous ne faudrez pas d'être suivi. La plupart des hommes ne se soucient pas d'entrer où ils voient la porte ouverte, et si elle est dose, ils crochètent les serrures pour y entrer. Il n'y a rien qui sollicite plus un larron que ce qui est sous la clef. On ne fait jamais cas de ce qu'on n'enferme point. Ce qui est en prise n'arrête jamais les curieux. Le monde est ainsi fait : il n'y a si lourdaud à qui ce qui est tenu aecret ne fasse ouvrir les yeux. Vous ferez très-bien, si vous vous retirez, de ne publier point votre retraite. C'est nue manière de la publier, que de se cacher trop et ne se laisser voira personne. L'un s'est retiré à Tarente, l'autre s^est enfermé à Naples; un autre depuis longtemps n'a mis le pied hors de sa maison. C'est appeler le monde, que de faire une farce de sa solitude '.
U. Quand vous ferez votre retraite, pensez à parler
I . Dans le latin il y a simplement : quum sellam aut tribunal aseem» 9. £n latin : <\uUqmt otio suo aliquam fahulam imposuit.
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avec vous, et non à faire parler de vouB. Mais que me (1irai-je? Ce que les hommes se disent les uns des autres si volontiers. Vous vous direz du mal de vous-même. Contez-vous vos vérités, et vous accoutumez à les ouïr. Si vous sentez quelque chose en vous où plus qu*en nulle autre part vous reconnoissiez votre infirmité, c*est de quoi vous ferez votre principal entretien. Chacun sait les indispositions de son corps, et pour ce Tun se fait vomir pour se décharger Testomac, Tautre mange souvent pour le fortifier; Tautrc se dessèche par abstinence; Tautrese purge; lautre, qui est goutteux, se garde du vin et du bain. Et quoi qu'il en arrive, nous ne nous soucions pas du demeurant, pourvu que nous remédiions à ce qui nous presse le plus. Ainsi nous avons dans Tâme des parties intéressées qu'il est question de guérir. Que fais-je quand je me repose? je panse mon ulcère. Si je vous mon trois un pied enflé, une main livide ou les nerfs desséchés de quelque jambe raccourcie, vous ne trouveriez point mauvais que je ne bougeasse d'une place, et que je donnasse ordre à ma guérison. J'ai un mal plus grand que tout cela, mais je ne le vous puis montrer. L'abcès est intérieur ; je ne veux point que vous me donniez de louanges et que vous me prêchiez que je suis un grand homme, que j'ai tout méprisé, que pource que les folies de cette vie m'ont déplu, je m'en suis voulu séparer. Rien ne m'a déplu que moi-même. Vous n'avez que faire de venir à moi pour y profiler quelque chose. Vous vous trompez de penser que je vous doive donner du secours. Ce n'est pas un médecin qui se tient céans, c'est un malade. J'aime bien mieux, quand vous partirez d'avec moi, que vous disiez : « J'estimois cet homme-là bien heureux, je le tenois pour homme bien suffisant; j'avois porté les oreilles ouvertes, mais il m'a trompé : je n'ai rien vu ni rien ouï qui m'ait contenté , ni qui m'ait iait envie d'y
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retourner. » Si vous vous en allez avec cette opinion de moi, si vous en partez de cette façon, je suis bien : j'aime mieux que mon repos soit excusé qu'envié. Vous me direz à cette heure : « Et comment, Sénéque, me recommandez-vous le repos? Vous tenez le langage d un Épicurien. ** Je vous recommande le repos, il est vrai ; mais c*est un repos où j'entends que vous ayez des occupations plus belles et plus laborieuses que celles que vous avez laissées. Être toujours à la porte de quelque grand, tenir une liste des vieillards qui n'ont point d'enfants, avoir du crédit en cour, ce sont choses sujettes à l'envie, de peu de durée, et à quoi, sans mentir, un homme d'honneur se fait tort de s'arrêter. Cettui-ci a plus de réputation au Palais que je n'ai ; cet autre est mieux suivi ; je ne puis avoir tant de train que l'un, ni tant de faveur que l'autre. Il ne m'en chaut que tout le monde me vainque, pourvu que je vainque la fortune. Plût à Dieu que vous eussiez pris il y a longtemps le chemin que vous prenez à cette heure ! Mais c'est la coutume d'attendre à deviser de la félicité de la vie, qu'on soit en la présence de la mort. Quoi que c'en soit, contentons-nous d'avoir été si longs, et ne différons plus à l'avenir : puisque nous n'avons voulu croire la raison de beaucoup de choses qu'elle nous disoit être supei*flue8 et ridicules, croyons-en l'expérience que le temps nous en a donnée.
ni. Faisons comme ceux qui sont partis tard et veulent regagner le temps. Piquons : nous avons un âge le plus propre du monde à cette étude. Il a jeté son écume et laissé les vices qu'en la chaleur de nos pi*emiers ans il étoit impossible de dompter. Il ne faut plus guère de choses pour les éteindre du tout. Oui ; mais quand ferai-je mon pro&t d'une chose que je commence d'apprendre quand je suis prêt de mourir? Si vous n'en tirez autre conmiodité, vous en mourrez plus homme de bien. Mais
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cependant ne pensez pas qu'il y ait Age si propre à hire une bonne conscience, que celui qui par la connoissance des affaires du monde, et par une longue et fréquente patience de beaucoup de choses, a perdu la fougue de ses passions et s'est disposé du tout à la recherche de son salut. C'est le peu de temps que nous avons pour Fem* ployer à l'acquisition d'un si grand bien. Quiconque se fait sage en vieillesse, il en a l'obligation à ses années.
EPITRE LXJX.
Abgumkht. — (. Les voyages font perdre le fruit de la rie contemplative, et replongent TAme dans le vice. — II. Le sage médite continuellement la mort.
L Je n'approuve pas que vous changiez souvent de lieu, et que tantôt vous soyez en l'un, tantôt en Tautre, sans faire autre chose que d'être toujours par le chemin. Premièrement, pource que tous ces voyages témoignent un esprit mal arrêté. Vous ne pouvez bien établir votre repos, si vous regardez toujours après les nouveautés, et ne faites autre métier que de courir. Ayez le corps fermCi si vous voulez que l'esprit le soit. Après cette raison, il J en a une autre. C'est que les remèdes, s'ils ne sont continués, ne peuvent profiter. Le repos et l'oubli de la vie passée ne veulent point d'interruption. Donnez loisir à vos yeux d'apprendre à se passer des choses qu'autrefois ils ont tant pris de plaisir à regarder. Ac<;outumez vos oreilles à de meilleures paroles que celles qu'elles ont ouïes par le passé. Vous ne sauriez sortir, que vous ne rencontriez quelque chose qui rallumera vos cupidités. Ck)mme pour oublier une maîtresse à bon escient, il se
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faut garder de rien voir qui nous la ramentoive, parce qo*il n'est point de plaies qui se cicatrisent si tard, ni qui phis tôt se remettent à saigner que celles de Tamour : ainsi poar ne retomber jamais au désir des choses qui vous ont passionné, ne rendez plus à vos yeux ni à vos oreilles les objets que vous leur avez ôtés. L'affection est prompte à se rebeller. De quelque côté qu'elle se tourne, si elle se veut occuper, elle trouvera qui lui donnera de la besogne, et des gages. U n'est rien de si mauvais qui n'ait sa récompense. L'avarice promet de l'argent; la luxure, beaucoup de plaisirs, et de beaucoup de sortes; l'ambition, des états, du crédit, de la grandeur, et tout ce qui en dépend. Les vices ne se font point servir sans payer, mais auprès de la vertu chacun vit à ses dépens et sur sa bourse. Quand nous donnerions tout un siècle à dompter les vices, la licence qu'ils ont prise de longue main les a tellement jenflés que je ne sais si nous en pourrions venir à bout. Je vous laisse à penser ce que nous pourrons (aire en un temps si court comme celui de notre vie, et encore le coupant en tant de morceaux comme nous faisons. Veillons continuellement en une choac, et y tenons toujours l'esprit bandé : tout ce que nous pourrons faire ce sera de la mettre à quelque chose ffrèê de sa perfection.
II. Si vous me croyez, n'ayez autre méditation, ni antre exercice que de vous préparer non-seulement à recevoir la mort, mais à l'envoyer quérir, si l'occasion se présente que vous en ayez besoin. Autant vaut-il aller vers elle, comme attendre qu'elle vienne vers nous : tout revient à un^ C'est une parole très-mal dite, et vraiment digne de la bouche des ignorants, où elle est ordinai-
I . Tout revient à un, c'est-à-dire : tout revient à une seule chose, lo même.
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rement, qa*un homme est bien heureux de mourir den belle mort. Et puis vous pouvez penser encore une autre chose : que vous ne pouvez mourir que votre jour ne soit venu. Quand vous mourrez, vous avez eu le temps que vous deviez avoir. Vous ne laissez rien du vôtre : ce qui demeure est pour les autres.