‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 284 sur 359 · ÉPITRE LXX · texte numérisé non relu

ÉPITRE LXX

AiGciiBirr. — I. La vie passe sans qu'on s*en aperçoive. — II. Qa^on doit quelquefois désirer la mort, et ne la fuir jamais : il n'importe pas de mourir tôt ou tard, mais de bien ou mal mourir. — m. Qu*il ne faut point conserver la vie par une action lâche. — rV. Si on doit attendre ou prévenir la mort. — V, D'où vient l'appréhension de la mort. — VI. Que les méditations de tooi les accidents humains, hormis de la mort, peuvent être superflues. — Vn. Que les gens de basse condition ont méprisé la mort amii bien que Caton et que les autres grands personnages.

I. Je suis allé visiter vos Pompées*, qu^il y avoit longtemps que je n^avois vus. Ils m'ont tellement représenté mes jeunes ans qu'il m'étoit avis que j'en venois de partir, et que j'y devois encore faire ce qu'autrefois j'y avois fait. Nous laissons la vie derrière nous, et comme à oeox qui sont en la mer.

Les villes et les champs loin des yeux se reculent*.

Ainsi en la rapide vitesse des années, nous perdons premièrement notre enfance, puis l'adolescence, puis ce qui est entre le jeune homme et le vieil aux confins

I . Vos Pompéies, Pompeiot Uios, u. Virgile, Enéide ^ liv, III, v. 7a.

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deux âges, puis ce qu'il y a de meilleures années en la vieillesse même; et finalement commence à parottre cette &n générale de tout ce qu'il y a d'hommes au monde.

I[. Pensons-nous que ce soit un écueil, sots et malavisés que nous sommes? C'est un port que nous devons quelquefois désirer, et jamais fuir. Celui qui de ses premiers ans y est arrivé, n'a non plus de sujet de se plaindre que celui qui auroit bientôt fait un voyage, qu'il pensoit devoir être bien long; car aux navigations, comme vous savez, quelquefois faute de vent nous sommes si longtemps à branler sur l'eau, que la bonace nous importune; et quelquefois aussi nous en avons un n bon que nous sommes tous ébahis que nous voyons la terre, et qu'il faut descendre du vaisseau. Pensez qu'il en est de même en la vie. Quelquefois ceux mêmes qui n'ont point de hâte se trouvent en un moment portés où ils doivent aller, et quelquefois ils sont menés si bellement que le chagrin les dessèche, et que bien souvent en cette longueur il arrive des occasions pour lesquelles ils seroient bien aises de ne vivre point ; car le vivre de soi n'est pas désirable, mais le bien vivre. C'est pourquoi le sage ne vit jamais qu'autant qu'il doit, et non autant qu'il peut. Il regarde le lieu où il doit vivre, et en quelle compagnie, comment et ce qu'il doit faire; il pense toujours quelle sera sa vie, non combien longue. S'il se voit pressé d'incommodités et de traverses qui lui empêchent le repos, il s'ouvre la porte lui-même, et n'attend pas toujours à le faire qu'il se voie à l'extrémité; mais aussitôt qu'il commence à se défier de la fortune, il prend garde à ses affaires et considère si c'est point là qu'il faut jeter Fancre ' . Ce lui est tout un qu'il se donne lui-même la

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