I. Confidence^ voyez p. a $9, note i
ÉPlTRE LXXI. 557
trent en contestation avec elle. Les choses qui ne sont pas achevées ne sont jamais fermes : tantôt eUes s'en- Kr^onvrent, tantôt elles penchent, tantôt eUes se croulent et tantôt elles tombent tout à plat. Le remède, c'est de marcher toujours et s'évertuer ; car il ne sauroit y avoir li peu d'interruption à notre diligence, que ce ne soit Force de reculer. Quand vous avez quitté cette besogne et que vous y voulez retourner pas à pas, il ne faut pas penser de la reprendre à Tendroit où vous l'avez laissée. C^est à recommencer tout de nouveau. Pressons donc, et persévérons : il y a plus à faire qu'il n'y a de fait. Il est mi que c'est déjà quelque profit que d'avoir bonne volonté de profiter. Pour moi, je puis dire sans mentir qu'il [|*y a chose en ce monde que je désire avec plus de passion. Je vois bien aussi que de votre côté vous y avez do zèle, et que vous y marchez de bon pas. DépéchonstMms, afin d'avoir du contentement à vivre; car autretûenty avec assez peu d'honneur, que pouvons-nous dire, linon que nous sommes retenus en une demeure où nous ne voyons que des ordures et des saletés? Surtout faisons qae ce que nous avons de temps soit tout à nous : ce qui ae peut être que nous-mêmes ne soyons premièrement à nous. Quand sera-ce que j'aurai du courage assez pour mépriser l'une et l'autre fortune? Quand sera-ce qu'après avoir mis toutes mes passions sous le pied, je pourrai dire cette parole glorieuse : « J'ai vaincu ? » Demandez-vous qui? Non les Perses, non les extrémités des Mèdes, ni ce qu'il peut y avoir de nations belliqueuses au delà des Daces; mais l'ambition, l'avarice et la crainte de la mort, qui a vaincu ceux qui ont vaincu le monde.
558 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.