‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 309 sur 359 · Dans rédition de i645 : couronne · texte numérisé non relu

Dans rédition de i645 : couronne

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proclamation de notre victoire, mais une sécurité d'esprit immuable et une paix étemelle avec la fortune, qui défaite une fois, jamais plus n'aura Fassurance de nous attaquer. — Je sens une grande douleur. — Comme ne la sentiriez-vous , ayant le courage eiféminé conmie vous Tavez? Il est de la douleur comme d'un ennemi. Quand nous avons peur, nous lui donnons du courage. — Oui, mais ee que je porte est pesant. — Et quoi? si vous n'eussiez dû porter que des choses légères, pensez-vous que la nature vous eût fait si fort conmie vous êtes? Avisez lequel vous aimez le mieux, d'une longue et lente maladie ou d'une violente et courte. Une longue et lente avec des intermissions, vous donnera loisir de vous refaire, et par conséquent après avoir bien traîné, ce sera force qu'elle vous laisse guérir. Une courte et précipitée verra bientôt votre fin ou la sienne. Or soit que vous cessiez ou qu'elle cesse, que vous importe, puisque d'une façon ou de l'autre, vous serez hors de douleur? Vous avez aussi moyen de vous soulager en vous divertissant l'esprit, et l'occupant à quelque autre chose qu'à votre mal. Si vous avez fait quelque bel acte, représentez-levous : faites ramasser à votre mémoire tous ces exemples de patience que vous avez autrefois admirés ; ressouvenezvous de tous ceux que vous savez qui parmi les tourments les plus insupportables sont demeurés maîtres de la douleur; ou de celui qui tandis que le barbier lui coupoit des varices, ne leva jamais les yeux de dessus un livre; ou de l'autre qui en la torture ne cessa jamais de rire, et en cette contenance lassa toutes les sortes de gènes que la cruauté des bourreaux, provoquée par sa patience, inutilement essaya pour le faire soupirer. Ce qu'un autre a fait en riant, pourquoi ne le ferez-vous par le discours de la raison? Parlez tant qu'il vous plaira de défluxions, de toux qui fassent cracher les poumons, de fièvres qui met-

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tent le feu dans le corps, d'altérations véhémentes, de gouttes et de sciatiques : je vous dis que les tourments de It question sont toute autre chose ; et que cependant il s'est trouvé homme qui les a soufferts et ne s'est pas seulement plaint, n'a pas demandé miséricorde, n'a pas daigné répondre aux inten'ogations, mais au contraire en a ri toat à son aise et de bon cœur. Et quoi donc? après un exemple si magnanime, n'aurez-vous point l'assurance de vous moquer de la douleur? Oui, mais vous dites que la maladie ne vous laisse rien faire, et que toutes vos actions en sont incommodées. Il n'y a que le corps indisposé : la maladie ne touche point à votre esprit. Un laquais, un cordonnier, un maréchal , pourront faire la plainte que vous faites. Mais si vous avez accoutumé de vous servir de l'esprit, pourquoi ne pourrez-vous conseiller, enseigner, ouïr, apprendre, demander et vous ressouvenir comme vous faisiez auparavant? Au reste, ne pensez-vous rien faire, si vous vous savez bien conmiander en votre mal ? Si vous ne pouvez mieux, vous montrerez qu'une maladie peut bien être inexpugnable, mais non pas insupportable. Croyez-moi, que dans un lit même on a moyen de donner témoignage de sa vertu. Les armées et bataillons sont les sujets oixlinaires où les belles âmes font paroître une assurance ; mais quelquefois on ne la reconnoît pas moins sur Toreiller. Vous n'êtes point sans besogne. Luttez bien avec la maladie : si vous ne faites rien pour elle, si vous ne lui accordez rien, ni par obéissance, ni par gratification, vous aurez fait une preuve signalée de votre suffisance. Oh ! que si on venoit voir combattre les malades, comme les gladiateurs, qu'il y auroit une belle et bien ample matière d'acquérir de la réputation ! Soyez vous-même votre spectateur, et vous-même vous donnei de la gloire quand vous la mériterez. U faut considérer davantage qu'il y a des voluptés de deux sortes : pour

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celles ébt corps, la maladie les défend, et néanmoins ne Im ôte pas, mais au contraire, si vous voulez dire ce que vous en pensez, elle les excite. Quand on a soif, le boire semble meilleur, et la viande, quand on a faim. Quand on s'est abstenu quelque temps de Tun ou de Tautre, on y revient avec plus d'avidité. Quant aux voluptés de l'esprit, qui sont plus grandes et les plus certaines, les médecins ne les défendent jamais. Ceux qui les aiment et qui savent bien comme il les faut prendre n'estiment point les autres. Us se moquent de toutes ces ordures qui chatouiUent nos sentiments. O pauvre malade ! Pourquoi.*' pource qu'il n'aura point de neige à mettre dans son vin, ni point de morceaux de glace à rompre dedans, pource qu'on ne servira point d'huîtres de Liicrin sur sa table, pource que, quand il voudra souper, on n'oirra point une tempête de garçons de cuisine, qui apportent sur sa table autant de réchauds que de plats ; car à cette heure afin que la viande soit toute brûlante, et que le gosier pavé de ces gourmands ne trouve quelque morceau qui ne soit pas assez chaud, le luxe a trouvé cette invention, que la cuisine marche quand et le souper. O pauvre malade ! on ne lui baillera de la viande qu'autant qu'il en pourra digérer ; il n'aura point son assiette couverte de morceaux de gibier de toutes sortes : qu'importe? vous souperez en malade ou plutôt en homme sain une fois en votre vie; mais de la tisane* ou de l'eau bouillie, et de ces autres choses que ces délicats , plus malades d'esprit que de corps, ne peuvent seulement ouïr nommer, nous vous en laisserons prendre tant que vous voudrez. Pensons seulement à n'avoir plus la mort en honeur. Le moyen d'y parvenir, c'est de connoître la fin des gens de bien et des méchants. De cette façon, et non autrement, nous ne

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