I. Languide, voyez plus haut, p. 35i, note i
a. Tout ce qu*ils sont^ voyez plus haut, p. i56y note t.
ÉPiTRE LXXIX. 6i3
bien différence d'une chose faite, ou seulement ébauchée. I^ matière et les inventions croissent d'un jour à l'autre; et puis la condition des derniers est toujours la meilleiu^, parce qu'ils trouvent les paroles toutes prêtes, et n'ont peine que de les déguiser. On ne peut dire pourtant qu'ils les dérobent, parce qu'elles sont publiques. Les jurisconsultes tiennent qu'en une chose publique il n'y a point d'usucapion. Ou je ne connois point votre humeur, ou Etna vous fait venir l'eau à la bouche ^ Vous avez envie d'en écrire quelque chose de grand, et qui ne vaudra pas moins que ce que les premiers y ont fait. Je dirois plus, mais j'pffenserois votre modestie, qui est si grande que si vous pensiez mieuk faire qu'eux, vous retrancheriez quelque chose du vôtre, pour le respect et la révérence que vous leur portez. La philosophie a beaucoup de bonnes choses, mais cette-ci entre autres, que ceux qui la vont trouver, tandis qu'ils sont en chemin peuvent avoir avantage l'un sur l'autre : comme ils sont arrivés, tout est égal; il n'y a plus moyen de passer outre, il se faut arrêter. Le soleil n'ajoute rien à sa grandeur; la lune demeure toujours en un état; les mers ne croissent point; le monde va toujours d'une sorte. Les choses qui ont la grandeur qu'elles doivent avoir ne se haussent point davantage.
IL Qu'il soit des hommes sages plus que du sable' s'il est possible, ils seront tous égaux. Chacun aura bien quelque grâce particulière : Fun sera plus gracieux, l'autre plus vif, l'autre parlera plus promptement, l'autre dira mieux ; mais en ce de quoi principalement il est question, qui est la félicité de l'homme, ils sont tous aussi grands l'un que l'autre. Je ne sais pas si votre montagne de Sicile