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ÉPlTRE LXXXIII. 641
de moi, qui pensez que je ne sais rien que je ne veuille bien que vous sachiez. Et certainement il seroit bon de ynyre^ comme si nous avions toujours un témoin auprès de nous; et pour nous obliger même à ne rien penser qui ne fût bien honnête, nous imaginer que nous avons un verre devant Testomac, et que les yeux peuvent pénétrer jnsques à ce que nous pensons de plus secret. Et de fait, n*en est- il pas qui y pénètrent? Que nous sert de nous epeher des honunes, puisqu'il n'est rien qui ne soit découvert à Dieu? n se voit au fond de nos âmes, et quelquefois ae trouve présent à nos cogitations : je dis quelquefois, parce qu'il n'y est pas toujoura. Je ferai donc ce que vous Meconmandez : je vous écrirai fort volontiers toutes mes actions et Tordre dont j'y procède. Je veux pour cet effet y prendre garde à l'avenir, et, ce qui est le principal, je ferai tous les soirs revue conune j'aurai passé le jour.
II. Ce qui nous gâte, c'est que nous ne regardons jamais derrière nous : il ne nous chaut du passé. Nous pensons à ce que nous devons faire, et bien souvent encore le iaisons-nous sans y penser ; mais quand nous avons fait quelque chose, elle est aussitôt hors de notre mémoire que de nos mains. Et toutefois les délibérations de l'avenir ne se peuvent résoudre, sans la considération du passé. Je n'ai point été rompu ^ de tout aujourd'hui. J'ai toujours été ou sur le lit ou sur le livre. Je me suis exercé le corps, mais fort peu ; car j'ai cette obligation à ma vieillesse que j'en suis quitte à bon marché. Les robustes même finissent quand ils sont las, et je le suis aussitôt que je me suis remué. Demandez- vous qui sont les compagnons de mes exercices? Il ne m'en faut point d'autre qu'Earinus. Vous savez que son humeur est fort douce et fort amiable; mais il se va changer. Je suis après d'en