‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 327 sur 359 · I. Rompu^ interrompu · texte numérisé non relu

I. Rompu^ interrompu

Malherbe, ii /\i

64a LES EPITRES DE SÉNÈQUE.

trouver quelqu'un qui ne soit pas si fort. D dit que nous avons lui et moi une même crise , parce que les dents lui tombent, et à moi aussi. Il va déjà bien vite pour moi, et devant qu'il soit bien peu de jours , je me doute que je ne le pourrai plus atteindre. Vous voyez ce que sert une chose continuée. Quand de deux hommes Tun vient et l'autre va, ils se trouvent en peu de temps bien éloignés. Il monte, et je descends. Vous savez que Fun est bien plus tôt fait que l'autre. Toutefois je me suis mécompte; car en l'âge où je suis, on tombe plutôt qu'on ne descend. Si vous voulez savoir conune nous sommes demeurés aujourd'hui de notre combat, il nous est arrivé une chose qui n'est pas bien ordinaire entre des coureurs : nous avons été justement au but Fun quand et Tautre. Après m'étre ainsi lassé, car je puis mieux dire lassé qu'exercé, je me suis mis dans de l'eau froide; j'appelle ainsi de l'eau qui n'est qu'un peu chaude. Il a été un temps qne je faisois profession d'être grand baigneur, et que* tous les ans le premier jour de janvier, comme pour la cérémonie du jour je lisois, écrivois et disois quelque chose de particulier, je ne faillois point aussi de me jeter dans le canal de Teau pucelle^ . Depuis, je la trouvai trop froide, et me contentai de l'eau du Tibre, et enfin je suis réduit à celle de la cuve ; encore pour gaillard que je sois, je la fais tiédir au soleil, si bien que pour peu que j'y ajoutasse, je penserois être dans des étuves. Au partir de là, je mange du pain sec ; et de cette façon il ne me faut ni table pour dîner, ni eau pour laver les mains. Quand j'ai dîné, je dors

I. Malherbe traduit ainsi le latin Virgo^ nom d*un aqaedoc df Rome, qu*on appelait au»si Jqita virgo. Voici, pour tout ce morceau, le texte de Sénèque : lUe tantus psychrohttes^ qui kalendarits Januaras Euripum salutabam, qui j anno novo^ qitemadmodum légère^ scribertf dicere alîquid^ sic auspicahar in Vïrginem desitire; primum ad Tibeiim transtuli castra , deind^ ad hoc >o/îum quod.... sol temyerat .

ÉPlTRE LXXXIII. 643

fort peu. Vous savez comme j'en use : mon dormir n'est ni long ni bien ferme. Il me suffit que je fais trêve de veiller. Je sais bien quelquefois que j'ai dormi, et quelquefois je m'en doute. Là-dessus le bruit du Cirque me vient aux oreilles, et lors il n'y a plus d'ordre de dormir : il faut que je me réveille; mais tant s'en faut que cela me divertisse^, qu'il ne me trouble pas seulement. Je suis fort patient à telles tempêtes. Ces confusions de voix ne me sont non plus que le murmure des vagues, ou que le sifflement d'une forêt quand le vent donne au hautdes arbres, ou que quelque autre bruit semblable de choses qui n'ont point d'entendement. Je vous veux à cette heure dire àquoi je me suis appliqué : j'ai continué de rêver sur un ébahissement où je me mis hier. Qu'ont voulu dire tant de grands esprits qui en des choses d'importance ont employé des raisons si légères et si perplexes, qu'encore qu'elles soient véritables, elles ont apparence de mensonge?

III. Zenon, ce grand personnage, qui le premier a fondé cette secte, brave et religieuse plus que nulle autre , pour nous dégoûter de l'ivrognerie allègue qu'un homme de bien ne s'enivre point et le prouve de cette façon. Personne ne commet son secret à un homme ivre : or on commet son secret à un homme de bien : un homme de bien ne sera donc jamais ivre. Voyez comme avec une réponse toute telle que son argument il y a moyen de se moquer de lui; car d'une infinité qu'on lui pourroit faire, une suffira. Personne ne dit son secret à un qui dort : on dit son secret à un homme de bien : un homme de bien ne doit donc point dormir. Posidonius fait bien ce qu'il peut pour le défendre, mais il n'en trouve qu'un moyen , qui me semble bien foible. Il dit que ce mot d'iVr^ a deux significations. L'une, quand un homme a tant pris

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