LIVRE III. CHAPITRE XV
leor discrétion. On appelle des témoins de part et d'autre. L'on par Tentremise de courtiers se fait bailler pleige et ocmtre-pleige. L'autre plus défiant encore veut avoir des gages entre ses mains. O sale et vilaine confession de la maKce publique! On croit plus à nos cachets qu'à nos consciences. A quoi faire sont appelés ces personnes de qoalité? A quelle fin apposent-ils leurs cachets? N'est-ce pts afin que celui qui reçoit l'argent ne le puisse désavouer? Ne tenez-vous pas ceux que vous appelez ainsi pour gens de bien, et pour garants incorruptibles de la Térité? Il n'y a point de doute. Et toutefois, avec cette bonne opinion que vous avez d'eux , si tout à l'heure même ils vous prioient de leur prêter quelque chose, vous feriez les mêmes cérémonies avec eux qu'avec les autres, on ils n'auroient point de votre argent. Puisqu' ainsi est, ne ^tudroît-il pas mieux de se laisser tromper à quelques-uns, que de se défier de tous en général ? Rien ne manque plus à l'avarice, sinon qu'on ne fasse plus de plaisir sans répondant. C'est une action magnifique et généreuse que de profiter. Qui fait plaisir, imite les Dieux ; qui le redemande, les usuriers. Pourquoi faisons-nous ce tort à ceux qui donnent, sous couleur de les vouloir garder de perdre et de pourvoir à leur indemnité, de les mettre au rang de la plus basse et contemptible canaille qui soit en une ville?
XVI. Vous dites que s'il ne se fait point de recherche contre les ingrats, c'est le moyen d'en faire croître le nombre. Tout au contraire, il en sera moindre, parce qu'on sera plus diligent à s'informer du mérite des hommes devant que de leur faire plaisir. Et puis il n'est pas bon que tout le monde reconnoisse combien est grande la multitude des ingrats. Le nombre des pécheurs ùte la honte du péché. On ne se pique point Jnne reproche qu'on peut faire à tout le monde. Y a-t-il ^ojoord'hui une fenmie seule a qui le divorce fasse honte,
MàlMEMBE. u ^
depuis qu'on a vu celles des premières maisons ne compter plus les années par les consuls, mais par leurs maris, et ne se marier que pour faire divorce, ni faire divorce que pour se marier? Autant de temps que le divorce a été rare, autant il a été en honneur*. Mais pource qu'il ne se passe presque audience où il ne se publie quelque divorce, à force d*en ouïr parler elles ont appris à le faire. Comme auroit-on honte à cette heure de l'adultère, puisqu'on est venu à ce point qu'une femme ne prend un mari que pour inviter un ami à la rechercher? S'il en est quelqu'une chaste, sans la voir, et sans s'en informer davantage, on peut dire qu'elle est laide. Il n'y a si chétive ni si souillon qui se contente d'un couple de piqueui^. Elle en a pour toutes les heures, et n'y en a pas assez au jour pour en bailler à chacun la sienne. Si elle a failli à une assignation, c'a été pour se trouver à l'autre. Celle qui ne sait point que le mariage n'est autre chose que ne se donner du plaisir qu'avec un homme, on la tient pour une sotte, et pour une femme du vieux temps. Comme donc la honte de ces crimes s'est évanouie depuis que tant de gens ont commencé d'y avoir part, aussi les ingrats croîtront de nombre, et deviendront plus audacieux, s'ils reconnoissent une fois combien ils sont
XYII. Et quoi donc, l'ingratitude ne sera point punie? Et moi je vous demande, l'impiété, la mauvaise foi, l'avarice, l'insolence, la cruauté, ne le seront -elles point? Appelez-vous impuni celui qu'on ne voit qu'avec horreur? Estimez-vous qu'il y ait supplice plus rigoureux que la haine du monde? Il est puni, en ce qu'il n'ose ni pi*endre ni donner, qu'il est montré au doigt de tout le monde, ou pour le moins il le pense être, et privé de savoir que c'est que la chose la meilleure et la plus douce qu'il est possible
I . D faut sans doute lire : a en horreur ; » le latin est ttmebaiur»