‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 33 sur 359 · LIVRE III. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE XIII

Xm. Qaelqii*iin m'avoit &it plaisir, mais depuis il m*a hit une indignité. lugerez-vous, ou que par le bien qu'il m*a fait ii m*ait obligé à la patience de tout le mal qu^il me voudra (aire, on que Tinjure ait rayé le bien qu il m'a Ikitf en sorte que j'en demeure par ce moyen aussi quitte que si je Tavois reconnu? D'autre part, comme jugerezvousqai pèsera le plus, de ToffSense qu'il aura soufferte, ou do plaisir qu'il aura reçu ? Je n'aiurois jamais fait si je voulois particnlariser toutes les difficultés qui se présenteraient en cette matière. Vous me direz que ne faisant poiot faire de raison des bienfisiits qui ne sont point reooonus, et n'onlonnant point de châtiment à ceux qui les désavouent, vous serez cause qu'une autre fois on ne sera pas si prompt à faire plaisir. Mais dites au contraire qu'on ne sera pas si prompt aie prendre, quand on pensera qu'en le prenant on courra fortune d'avoir des procès, et de se trouver en peine de justifier son innocence : ce qui fera même que nous ne donnerons plus si volontiers; car il n'y a personne qui prenne plaisir de donner à ceux qui ne veulent point prendre. Mais celui qui est déjà disposé à bien faire, ou par la bonté de son inclination, ou par l'opinion qu'il a que c'est une chose louable, le fera encore de meilleure volonté, quand il saura que ceux qu'il oblige ne seront tenus à s'en ressentir qu'autant qu'il leur {rfaira. La gloire d'un bienfait ne peut être grande, quand on a si bien pourvu à son assurance qu'il n'est pas possible qu'il en arrive aucune incommodité.

XIV. Vous pourrez encore dire que certainement il se fera moins de plaisirs, mais que ceux qu'on fera seront plus véritables; et qu'aussi bien il n'y a point de mal de régler c«tte confusion qui y est; comme de fait l'intention de ceux qui n'en ont point fait de loi a été de nous faire donner avec plus de considération, et avec plus de considération élire ceux que nous voudrions gratifier. Le

64 TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNtQUE.

moyen de n'avoir jamais de procès ponr un bienfait, ni la peine même de le demander, c est de regarder plus d'uae fois à qui on le doit faire. Vous vous trompez si vous pensez que le juge vous en fasse raison. Il n^y a point de loi pour vous restituer en votre entier. Prenez garde seulement à la prud'homie de celui qui reçoit. De cette façon les bienfaits gardent leur autorité, et ne laissent pas d*avoir de la splendeur. Vous les gâterez si vous en &ites un séminaire de procès. La parole du monde la plus équitable, et qui se conforme le plus au droit commun, c'est : « Rends ce que tu dois. >» Mais de parler de rendre en matière de bienfaits, il n^y a rien de si vilain. Que vous rendra celui qui vous doit sa vie, son honneur, son repos, et sa santé? (^ sont toutes choses- trop grandes pour être rendues. Qu'il rende, direz-vous, quelque chose qui les vaille. C'est ce que je disois , que nous ferons perdre la réputation d'une chose si magnifique et si brave, si nous la traitons comme une marchandise. Les esprits n*ont point besoin qu on les induise à l'avarice, aux plaintes, et aux disputes; c'est chose où ils sont assez disposés d'eux-mêmes. Apportons plutôt tout ce qui nous sera possible pour leur en Ater le sujet, et les en retirer.

XV. Plût à Dieu qu'il y eût moyeu de persuader à ceux qui prêtent leur argent, de ne le redemander point, et de n'en prendre que de ceux qui en voudroient rendre ! Plût a Dieu qu'il n'y eût point de stipulation qui obligeât celui qui achète à celui qui vend ! Plût à Dieu qu'il ne fallût ni sceaux ni signes^ pour l'assurance de ces pactions*, et que la conscience et la foi en fussent les seules dépositaires ! Mais pource qu'on a reconnu que ce qui eût été très-bon n'eût pas été sûr, on a mieux aimé suivre ce qui est nécessaire, et contraindre la foi des hommes, que de se l'émettre à

i. Signe ^ seing, signature. — a. Paction, pacte.

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