‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 340 sur 359 · o LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

o LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE

non pour la volupté? L'eau n'y éloil pas versée conune elle est , et n'y sourdoit pas chaude , comme elle fait. Il leur senibloit que puisque c'étoit pour recevoir les ordures, c'étoit tout un qu'elle fût claire ou épaisse. Mais à votre avis, combien avoit-on de plaisir d'entrer en ces étuves , toutes obscures et plâtrées comme elles étoient, quand on pensoit que Caton, Fabius Maximus, ou quelqu'un des Cornéliens avoit pris la peine de les faire accommoder, et quelquefois même d'y mettre la main ! car alors les édiles, de quelque bonne maison qu'ils fussent, ne dédaignoient point d'entrer en ces lieux, destinés à la commodité du peuple, pour faire qu'on y fût nettement servi, et qu'il n'y eût de la chaleur que bien à propos; non comme aujourd'hui, qu'on les chauffe d'une façon qu'un esclave qui auroit fait quelque insigne méchanceté sembleroit assez puni d'y être jeté tout vif. Pour moi, je dirois qu'on les veut plutôt brûler que chauffer. Je m'assure que la plupart de ceux d'aujourd'hui tiennent que Scipion n'étoit qu'un lourdaud, de n'avoir pas fait de belles grandes vitres à ses étuves , afin de voir clair à se rôtir, et n'en partir point jusqu'à la fin de sa digestion. Oh le pauvre homme ! il ne savoit pas que c'est de vivre, il ne prenoit pas seulement garde que l'eau où il se lavoit fût reposée; il s'y mettoit bien souvent qu'elle étoit toute trouble, de manière que s'il pleuvoit un peu fort, il y avoit plus de bourbe que d'eau. Mais aussi n'a voit-il que faire d'être si curieux, puisqu'il ne se lavoit que pour se décrasser, et non comme on fait à cette heure pour se déparfumer. Combien pensez-vous qu'il v a aujourd'hui de mignons, qui vous diront qu'ils ne portent point d'envie à Scipion , et que vraiment il se pouvoit dire banni . puisqu'il étoit réduit à se laver si chétivement? Encore, afin que vous le sachiez, il ne se lavoit pas tous les jours; car, comme disent ceux qui en ont écrit, la coutume du

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vieil temps étoit de se laver tous les jours les bras et les jambes, pour la poudre que d'une heure à l'autre on pouvoit amasser en travaillant ; mais pour le reste, ils se contentoient de le laver une fois la semaine. Quelqu'un dira qu'ils étoient donc bien sales. Que pensez-vous qu'ils sentoient? Les armes, la sueur, l'homme. Les hommes ne furent jamais si ords que depuis que les étuves ont été si nettes. Quand Horace veut décrire un homme infâme, et signalé par la superfluité de ses délices, que dit-il ?

Rufillc sent le musc*.

Si le RufiUus de son temps vivoit du nôtre et qu'il ne fût point mieux parfumé qu'il étoit, on lui diroit ce que dit le même Horace de ce Gorgonius qu'il lui oppose, qu'il sentiroit le bouc. Ce n'est rien aujourd'hui de prendre du parfum, qui ne le renouvelle deux ou trois fois le jour, de peur que l'air ne le fasse évanouir. Mais que direzvous qu'ils s'en glorifient, comme s'ils sentoient ainsi naturellement? Si vous trouvez que ces discours soient trop mélancoliques, pensez que c'est la maison où je suis qui les produit. iËgialus à qui elle est aujourd'hui, et qui est un grand homme en matière de ménage , m'a appris qu'il n'y a si vieil arbre qui ne se puisse transplanter. C'est une chose nécessaire à savoir pour nous autres vieillards, qui plantons ordinairement des oliviers à qui nous ne verrons jamais porter de fruits. Pour moi, je vous puis dire, sans mentir, que j'ai vu transplanter tout un jardin de trois ou quatre ans , parce que les fruits ne se trouvoient pas d'un goût bien agi'éable. Vous trouverez encore à vous couvrir sous un arbre

Qui réserve tardif son ombrage aux neveux',

comme dit Virgile, qui ne prend quelquefois pas tant

I. Satires f liv. I, sat. ir, v. u;*. — a. GéorgiqucSy liv. U, v, 58.

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